Pascal Jaussi: "Je n'ai jamais voulu m'enrichir"

Lors du deuxième jour d’audience à Granges-Paccot, Pascal Jaussi est longuement revenu sur ses opérations financières et son agression en forêt en août 2016.

Swiss Space Systems voulait organiser des vols en apesenteur. © Keystone

Il se dit blessé par ce qu’il lit dans la presse. "Je n’ai jamais voulu m’enrichir personnellement." Pascal Jaussi, l’ancien patron de Swiss Space Systems (S3), s’est longuement expliqué ce lundi devant le Tribunal pénal économique.

Au deuxième jour de son procès, l’ingénieur de 49 ans a répondu une à une aux questions du président : gestion de la comptabilité de la start-up basée à Payerne, emprunts bancaires, recherche d’investisseurs, prise de risques dans le secteur aérospatial.

Assis jambes croisées, petit veston sur les épaules, l’homme s’est montré sûr de lui, détaillant sa "business line". Il y a dix ans, S3 a promis des vols en apesanteur qui n’ont jamais eu lieu. La faillite de la start-up a laissé un trou de plus de 30 millions de francs.

"C’est révoltant!"

Mais le ton a changé quand le président lui a demandé : "Qu’est-ce que vous voulez dire aujourd’hui au Tribunal concernant votre agression ?" La voix du prévenu est montée dans les aigus. "C'est révoltant !", a-t-il lancé les larmes aux yeux. Pour rappel le Ministère public l’accuse d’avoir mis en scène cette dernière pour retarder la faillite de son entreprise

Pascal Jaussi se plaint de n’avoir jamais été considéré en tant que victime. Il est longuement revenu sur la reconstitution de la scène, affirmant que le mannequin utilisé n’avait pas été brûlé par le retour de flamme. Selon lui, cela prouve qu’il n’a pas pu incendier lui-même la voiture, le 26 août 2016, dans une forêt de la Broye fribourgeoise au dessus de Cugy. Il a demandé aux juges de rechercher les vrais coupables.

Pascal Jaussi a également insisté sur les séquelles de cet épisode: stress post-traumatique, mémoire dissociative, paranoïa. Il bénéficie aujourd'hui d'un suivi psychiatrique deux fois par mois et doit prendre des traitements médicamenteux. Quant on lui demande de se projeter à moyen terme, il répond qu'il ne voit "clairement pas l’avenir en rose". L’ancien ingénieur a aujourd’hui retrouvé un travail dans une entreprise de mécanique de précision à Ilanz dans les Grisons. Après avoir été coordinateur, et responsable de secteur, il en est même devenu directeur ce printemps. Mais il s’inquiète pour sa réputation: que vont dire les médias romands de son procès ? Que va-t-il dire à ses enfants de 11 et 13 ans quand ils lui demanderont "pourquoi papa est un menteur et un manipulateur"? Reste à savoir si ces arguments ont attendri les juges. Le verdict sera rendu le mois prochain.

L’audience reprendra le 1er juin avec les réquisitoires du Ministère public et les plaidoiries.

Frapp / RadioFr. - Karin Baumgartner / mp
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