Que penser du plan climat cantonal, deuxième génération?

Décryptage avec une membre du projet OK Climat de l'Alliance climatique, qui évalue les politiques climatiques des collectivités.

Améliorer encore l'efficacité énergétique des bâtiments, continuer à développer les transports publics, mieux valoriser les déchets: voilà les mesures préconisées par le plan climat du canton, deuxième génération. © KEYSTONE

RadioFr.Le canton de Fribourg a mis en consultation en avril son plan climat deuxième génération, avec un bilan carbone et de mesures pour adapter les infrastructures au changement climatique et réduire les émissions de gaz à effet de serre pour la période 2027-2031. Quels sont les points positifs selon vous?

Ella-Mona Chevalley, membre du projet OK Climat: Ce plan climat donne un nouveau bilan carbone avec des données actualisées de 2023. C'est positif. Surtout, pour la première fois, il donne des trajectoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre par secteur, mobilité, bâtiments, agriculture etc. Avant l'objectif, était général, là cela permet de préciser quelle baisse d'émissions est visée. Ensuite, le renforcement de l'action dans le domaine de l'agriculture est aussi bienvenu.

Quelles mesures vous saluez en particulier dans le domaine agricole?

L'agriculture représente encore 30% des émissions du territoire fribourgeois. Ce plan climat deuxième génération prévoit de poursuivre les efforts dans le domaine agricole, en soutenant la production agricole de protéines végétales pour l'alimentation humaine ou encore en faisant la promotion des pratiques agricoles qui favorisent le stockage du carbone ou la fertilité des sols.

La mobilité est aussi un poste d'émissions directes élevé. Le secteur représente 31% des émissions de gaz à effet de serre. Le canton en fait-il assez dans ce domaine?

Le canton dit favoriser un transfert modal, favoriser le développement des transports publics, mais il ne donne aucun objectif concret pour s'assurer que cela soit possible. Des objectifs en termes d'extension du réseau de transports publics par exemple. Dans ce domaine, il y a vraiment besoin de renforcer les actions pour encourager les habitants à renoncer à leur voiture. Ce n'est d'ailleurs pas trop la tendance du moment avec les projets de nouvelles routes de contournement...

On sait que l'argent est le nerf de la guerre. Au niveau des moyens, on parle ici de 40 millions de francs pour la mise en œuvre de ce plan climat deuxième génération, de 30 millions pour les investissements pour des projets sectoriels. Comment jugez-vous ce montant?

Un plan climat, cela donne toujours très envie, les mesures sont souvent positives et porteuses d'espoir. La question c'est toujours comment s'assurer que ces mesures seront mises en œuvre et seront efficaces aussi. Et effectivement, la question d'avoir un budget est centrale. Pour mettre les choses en perspective, le canton de Vaud avait par exemple annoncé 209 millions pour les mesures emblématiques de leur plan climat. La grève du climat à Fribourg et les grands-parents pour le climat à Fribourg avaient, eux, demandé un budget de 500 millions pour les mesures climatiques et environnementales. Le budget actuel est un premier pas, mais cela paraît insuffisant face à cet immense défi.

Vous critiquez enfin, dans ce plan climat deuxième génération qui est en consultation jusqu'en juillet, la place des émissions indirectes, celles qui ne sont pas émises directement sur le territoire comme les objets produits à l'étranger, le transport par avion ou le secteur financier...

Il y a certes certaines mesures de sensibilisation qui visent à agir sur ces émissions, mais cela reste insuffisant, alors que c'est le plus gros poste d'émission du canton. Ces émissions indirectes représentent plus de 67% des émissions globales, mais elles ne sont visées par aucun objectif de baisse d'émissions. Ce n'est pas qu'un problème au niveau de Fribourg d'ailleurs, c'est un problème au niveau plus large de la comptabilisation de ces émissions.

RadioFr. - Maëlle Robert
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