Qui est Catillon, la dernière femme brûlée pour sorcellerie?
Accusée de sorcellerie et exécutée en 1731, Catillon est devenue une figure marquante de l’histoire fribourgeoise.

Accusée de sorcellerie, torturée puis exécutée en 1731, Catillon est devenue une figure incontournable de l’histoire fribourgeoise. Vera Conde Lateltin guide-interprète du patrimoine depuis plus de 20 ans, propose une balade à travers la ville pour retracer son histoire. Rencontre.
Frapp: Qui était Catillon ?
Vera Conde Lateltin: Catillon, de son vrai nom Catherine Repond, était une femme originaire de Villarvolard. Elle vivait de mendicité avec sa sœur, qui était célibataire comme elle. Elle a été accusée de sorcellerie en 1731, à une époque où l’on ne cherchait pourtant plus tellement de personnes à accuser de ces pratiques.
Elle a été jugée et torturée au château de Corbières entre avril et juillet 1731, avant d’être transférée à Fribourg. Elle y a de nouveau été torturée jusqu’au 15 septembre, date de son exécution.
Comment est-elle devenue une figure aussi connue à Fribourg ?
Vera Conde Lateltin: Son histoire est entrée dans la légende. Mais derrière cette légende, il y a une réalité beaucoup plus dure. Quand on se penche sur le parcours de Catherine Repond, on découvre qu’elle n’était pas une guérisseuse ou une femme dotée de pouvoirs magiques. C’était une femme pauvre, devenue un bouc émissaire.
Son procès est notamment parti d’une enquête menée par le bailli de Corbières. Il était peut-être un peu frustré par sa chasse, mais c’est toute une histoire. Ce qui m’intéresse, c’est justement de dépasser la légende pour comprendre ce qui s’est réellement passé.
Pourquoi avoir choisi de raconter son histoire à travers une visite guidée ?
Vera Conde Lateltin: L’idée m’a été proposée par Béatrice Ackermann-Clair, qui savait qu’une place allait être inaugurée en mémoire de Catillon. Elle m’a demandé si je pouvais préparer une visite. J’ai accepté avec plaisir.
J’ai alors fait beaucoup de recherches, notamment à la bibliothèque. J’ai moi-même été fascinée par cette histoire. Aujourd’hui encore, des livres paraissent sur le sujet et je pense qu’on n’a pas fini de la découvrir.
Que découvre-t-on pendant cette balade dans Fribourg ?
Vera Conde Lateltin: On part des lieux où Catillon a été enfermée, torturée et où elle est décédée. Puis on suit le cortège mortuaire jusqu’au Guintzet, où elle a été exécutée. Au fil des étapes, on découvre un Fribourg enfermé dans ses croyances, à une époque particulièrement dure sous le régime patricien. Puis, à mesure que l’on avance, on change d’époque et l’on arrive dans une ville qui cherche à s’embellir et à tourner le regard vers d’autres choses.
En quoi l’histoire de Catillon nous parle-t-elle encore aujourd’hui ?
Vera Conde Lateltin: Pour moi, cette histoire montre à quel point on peut vite être dénoncé et jugé. À l’époque, l’accusation de sorcellerie pouvait être une arme pour se débarrasser d’une personne. C’est aussi ce qui rend cette histoire importante à transmettre. Elle nous rappelle qu’une personne peut devenir une victime parce que la société décide de la désigner comme telle.
Catillon a-t-elle retrouvé sa place dans la mémoire fribourgeoise ?
Vera Conde Lateltin: En 2009, le Grand Conseil fribourgeois a décidé de procéder à sa réhabilitation morale. Il ne s’agissait pas de réhabiliter juridiquement une seule personne, alors que de nombreuses victimes avaient subi des injustices à cette époque, mais de rétablir sa mémoire. Des personnes engagées et des historiens ont contribué à lui redonner une place dans la société fribourgeoise. Aujourd’hui, une place porte son nom.
Je trouve cela important, notamment parce qu’il y a encore très peu de places à Fribourg qui portent des noms de femmes. Il ne faut pas seulement se souvenir des victimes : il y a aussi des femmes qui ont contribué à l’histoire de la ville et du canton.
Peut-on encore suivre cette visite guidée ?
Vera Conde Lateltin: Les visites prévues cette année sont terminées. Une nouvelle date devrait être proposée l’année prochaine, probablement à l’automne. Les personnes intéressées peuvent consulter le site de l’Association suisse des guides-interprètes du patrimoine (ASGIP). Il est aussi possible de demander une visite pour un petit groupe.
Ce que j’aime dans ces balades, c’est qu’elles font découvrir aux participant·es des choses qu’ils ne connaissaient pas forcément, parfois même sur eux-mêmes. On est tous un peu magiques et on a tous un don insoupçonné, conclut Vera Conde Lateltin.


