Thierry Steiert: "C'est le bon moment pour laisser ma place"
Thierry Steiert s'apprête à quitter le conseil communal de la ville de Fribourg à la fin de la législature. Interview après 15 ans à la tête de Fribourg.

Alors, ça fait 15 ans que vous êtes au Conseil communal et même 10 ans que vous êtes le syndic de la Ville de Fribourg. Avant cela, vous représentiez notamment le Parti socialiste au Conseil général. À 63 ans, vous avez décidé de dire stop à tout ça. Pourquoi ne pas vous représenter?
Il faut toujours choisir le bon moment. Pour moi, c’est le bon moment. Une fonction de conseiller communal et, a fortiori, de syndic d’une ville comme la nôtre a un impact important sur la vie privée et sur l’énergie. Je pense que c’est le bon moment pour laisser la place à de plus jeunes, avec de nouvelles idées.
Cela faisait longtemps que vous y réfléchissiez ou la décision est plus récente?
Pour moi, c’était assez clair d’emblée. J’ai commencé au Conseil communal à 48 ans. Je savais que 15 ans plus tard, j’aurais 63 ans. On est alors très proche de l’âge de la retraite. Je pense que c’est le bon moment.
À un mois de quitter votre bureau, quel bilan tirez-vous personnellement de votre passage à l’exécutif?
Je peux tirer un bilan positif. J’ai vu la ville évoluer. Bien sûr, je ne suis pas seul à l’origine de cette évolution. Beaucoup de facteurs y ont contribué, notamment une situation financière favorable et des conditions-cadres posées par nos prédécesseurs que nous avons pu poursuivre.
C’est une grande satisfaction de voir, par exemple, la requalification du quartier du Bourg prendre forme, avec tout le secteur autour de la cathédrale. Le site de Saint-Léonard aussi: si l’on se rappelle ce que c’était il y a 15 ans, on voit aujourd’hui qu’il devient un nouveau pôle urbain. C’est un vrai plaisir.
La requalification de la place de la gare, en revanche, n’a pas avancé. Est-ce un regret?
Oui, c’est un regret. Dans d’autres villes suisses – La Chaux-de-Fonds, Winterthour, Saint-Gall, Bienne – ces requalifications ont été réalisées. C’est une carte de visite quand on sort de la gare.
Chez nous, le projet est dans le pipeline, il va se faire, j’en suis confiant. Mais c’est aussi le prix d’un État de droit qui fonctionne: il faut assumer les oppositions et les voies de droit, parfois utilisées à outrance. C’est comme ça.
Y a-t-il un dossier que vous regrettez de ne pas pouvoir mener jusqu’au bout?
La piscine est un projet de longue haleine. Mais un projet d’une telle importance prend 15 à 20 ans avant de pouvoir couper le ruban. C’était clair pour moi que je ne serais pas celui qui le couperait.
Je me réjouis toutefois d’avoir pu le faire évoluer. Nous avons franchi un seuil en engageant un directeur de projet qui sera le visage et l’ambassadeur de ce projet.
La politique a-t-elle changé entre 2011 et 2026?
Oui, évidemment. On parle souvent de polarisation, du renforcement des extrêmes. Parfois je me demande si c’est subjectif ou si l’on peut objectivement constater ces changements.
On voit quand même une évolution : heureusement, nous ne sommes pas dans des situations à l’américaine où toutes les valeurs ont disparu et où l’on dit des mensonges effrontés quotidiennement. Mais la culture politique s’est durcie, les discours aussi. Les attaques personnelles sont parfois à la limite. On assume, mais on le regrette.
En 15 ans, vous avez reçu des milliers d’invitations. Y a-t-il des moments particulièrement marquants?
Il y en a tellement qu’il serait difficile d’en choisir un seul. Je retiens notamment les ouvertures du FIFF, qui sont toujours des événements magnifiques et qui font rayonner Fribourg.
Grâce à Thierry Jobin, j’ai pu partager un repas avec Ken Loach, dont je suis un grand fan. Pouvoir échanger avec lui en direct était un immense plaisir. Il y a aussi le repas avec le Conseil fédéral lors de sa sortie à Fribourg. Ce sont des souvenirs mémorables.
Votre poste va-t-il vous manquer? Est-ce un soulagement?
Certaines choses vont sans doute me manquer. À partir du jour où l’on n’est plus là, on n’est plus syndic: toutes ces expériences intéressantes et géniales seront vécues par quelqu’un d’autre.
Mais je retiens surtout le privilège d’avoir servi pendant 15 ans au sein de l’exécutif de la Ville de Fribourg. Pour moi, c’est bien de tourner la page.
Vous aurez votre portrait dans la salle du Conseil communal, parmi les anciens syndics. C’est la classe ça!
Cela fait partie des traditions. Chaque ville a les siennes. Chez nous, ce sont les portraits. Je suis bien sûr très content que cette tradition se poursuive. J’aurai mon portrait dans la salle du Conseil communal.
Vous êtes encore élu au Grand Conseil. Allez-vous continuer?
Nous aurons des discussions au sein du parti après les élections communales pour définir les candidats au Grand Conseil. Je n’ai pas encore pris de décision définitive. Cela se fera après les élections communales.
Après une vie à 120% dédiée à la politique, quels sont vos projets?
Je me réjouis de pouvoir faire des voyages à vélo un peu plus longs, de m’occuper davantage de ma famille et de m’investir dans des activités associatives qui me tiennent à cœur. Et d’avoir une vie un peu moins agitée.
Vous n’avez pas peur de l’ennui?
Pas du tout. J’ai suffisamment d’intérêts personnels pour ne pas m’ennuyer une seconde.


