Fripe Center, un grossiste de la seconde main ouvert à tous

Fripe Center ouvre samedi à Granges-Paccot. Un pari hybride à grande échelle, qui s'installe dans une filière textile sous haute pression.

A la tête de Fripe Center, Benjamin Wantz-Hayoz a une expérience de gestion dans le textile de seconde main. © Frapp

Fripe Center ouvre ce samedi au Poya Centre de Granges-Paccot. Sur 500 mètres carrés, le magasin propose des vêtements d'occasion à la pièce et en gros, entre 1 et 15 francs — un modèle hybride, encore rare en Suisse romande, qui s'adresse autant aux particuliers qu'aux revendeurs, friperies et associations.

Chaînes au plafond, portants métalliques, sol brut : l'ambiance est volontairement industrielle. "Pas de chichi", résume son fondateur Benjamin Wantz-Hayoz. Des milliers de pièces sont disponibles en continu, avec l'objectif d'en écouler plusieurs tonnes par mois.

D'où viennent les vêtements?

Les habits sont collectés en Suisse romande parmi le système de collecte textile, puis envoyés en Tunisie où ils sont triés dans une usine qui consacre une chaîne spécialement à Fripe Center. Pourquoi pas en Suisse? "C'est possible, mais pour arriver à un tel volume et une telle qualité, il faudrait investir des montants colossaux pour développer l'infrastructure nécessaire", répond le responsable.

Un modèle grossiste qui séduit déjà

Les autres magasins de seconde main pourront se fournir chez Fripe Center. des cartons entiers de vêtements à 12 francs le kilo. "Les prix bas, c'est une manière d'attirer des clientèles qui achètent des volumes importants", poursuit Benjamin Wantz-Hayoz, qui mise beaucoup sur ce concept de grossiste.

La vente en gros séduit déjà Moule Frip', boutique de seconde main à Fribourg. "Quand j'ai appris qu'ils faisaient aussi de la vente en gros pour les friperies, ça m'a intéressée", affirme sa co-directrice Audrey Brunisholz, qui perçoit Fripe Center comme un acteur complémentaire. "Nous, on fait une sélection plus pointue, plus travaillée, qui sort un peu du lot."

Audrey Brunisholz, co-directrice de la friperie Moule Frip'

ZigZag, leader à défendre

À Fribourg, Bulle et Payerne, les boutiques ZigZag de la Croix-Rouge fribourgeoise tournent avec succès: 374'000 articles vendus en 2025 (+6%), un total de 150'000 visiteurs par an. Le chiffre d'affaires est stable ces dernières années, indique l'organisation, sans entrer dans le détail.

C'est précisément ce modèle qu'a côtoyé Benjamin Wantz-Hayoz en tant que responsable textile de la Croix-Rouge fribourgeoise pendant cinq ans, avant de lancer son projet d'entreprise. Sur cette transition, il préfère la métaphore sportive. "Comme Federer et Nadal, la concurrence peut élever tout le monde. J'espère être le chaînon qui va faire que les gens vont plus acheter des vêtements d'occasion."

La Croix-Rouge fribourgeoise récolte chaque année plus de 1800 tonnes d’habits via un réseau cantonal de 250 containers. A l'intérieur des bennes, la fast fashion dégrade la qualité moyenne des dons. "Les charges augmentent, liées à un surplus de marchandises de mauvaise qualité. Nos équipes doivent trier toujours plus pour maintenir notre niveau d'exigence", reconnaît Vincent Brodard, directeur.

Face à Fripe Center, il voit "une concurrence directe. Fripe Center est une entreprise à but lucratif, ce qui n'est pas notre cas. Les bénéfices des boutiques financent des prestations sociales offertes gratuitement ou à très bas prix à la population fribourgeoise." 

Vers des solutions pour mieux recycler?

En Suisse, chaque personne consomme en moyenne plus de 14 kilos de vêtements et chaussures par an, selon l’ONG Public Eye. Une partie importante finit incinérée ou exportée vers des pays à plus faibles revenus.

Le système de collecte textile récolte environ 60'000 tonnes d’habits par an, dont une majorité peut encore être revendue en seconde main, selon la Confédération

Dans ce contexte, les acteurs du secteur cherchent de nouvelles solutions pour absorber ces volumes. L’association Fabric Loop, lancée par Swiss Textiles, travaille à un système financé par une contribution incluse dans le prix des vêtements neufs. Une entrée en vigueur est envisagée à partir de 2027.

Frapp - Alexia Nichele
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