Traite humaine: combien de victimes invisibles à Fribourg?
L’évasion d’une femme forcée à se prostituer à Bulle met en lumière la traite humaine. Pour un gérant de salon, elle révèle l’inaction du canton face à la prostitution illégale.
En décembre dernier, une jeune femme de 25 ans s'est enfuie d'un appartement à Bulle où elle était séquestrée et forcée à se prostituer. Une affaire qui pose la question de la traite humaine et de la capacité des autorités à détecter ces situations.
Loïc Duc est le gérant du Centre Relax à Bulle, un salon de prostitution légale. Scandalisé par ce qui est arrivé à la jeune femme, il estime que ce genre de situation peut souvent exister pendant des semaines sans être détecté. "Je ne suis pas surpris parce que je me bats depuis trois ans contre la prostitution illégale. Ayant alerté les autorités à plusieurs reprises sans réaction de leur part, je me disais bien qu'un jour, un drame devait arriver", regrette-t-il.
Faisons-nous assez?
Un témoignage qui pose une question centrale: faisons-nous face à un cas isolé, comme l'affirment les autorités, ou à des lacunes plus profondes dans la prévention contre la traite et l'exploitation sexuelle dans le canton? "Les cas sont rares dans le canton, et les contrôles effectués régulièrement par la police sont efficaces", répond la Direction de la sécurité, de la justice et du sport. "Les personnes du terrain sont formées, mais cela ne suffirait peut-être pas à détecter automatiquement un cas de prostitution forcée tel que celui de Bulle."
Pour Loïc Duc, cette réponse ne suffit pas. Il estime que le canton sous-évalue la réalité du terrain et que la prévention est largement insuffisante. "Je reproche au Conseil d'Etat une inaction totale, alors que c'est un vrai problème", affirme-t-il. "Ce sont des filles qui sont forcées de travailler, contre leur gré. On les oblige parfois à faire des prestations sexuelles sans préservatifs, on peut les obliger à faire de l'anal, d'autres choses qui sont graves."
Des accusations contre lesquelles la DSJS se défend. "Nous récusons cette accusation qui trahit une certaine méconnaissance de toute l'activité déployée par les différents services de l'État concernés et par les partenaires associatifs subventionnés. En 2024, une étude des besoins a en outre été effectuée et a mis en lumière des besoins, surtout en matière de prise en charge des victimes."
Selon les données officielles, près d'une centaine de personnes exerçant le travail du sexe ont été recensées par la police dans le canton ces dernières années, mais ces chiffres excluent ceux qui échappent à l'obligation d'annonce.

