Veronica Fusaro: "Alice, c'est toutes les femmes"
La Bernoise Veronica Fusaro représentera la Suisse à l'Eurovision 2026 à Vienne avec sa chanson "Alice", un titre engagé sur les violences contre les femmes.

Qu'est-ce que ça représente pour toi de défendre les couleurs suisses sur la scène de l'Eurovision, le plus grand concours de la chanson?
C'est un grand honneur. Je me sens un peu comme aux Jeux olympiques, avec le drapeau. La seule pression que je ressens, c'est celle que je me mets moi-même, parce que je veux créer une performance dont je serai encore fière dans cinquante ans.
Ta chanson s'appelle "Alice". Qui est Alice?
Alice, ça peut être moi. Ça peut être une sœur, une amie, ta mère ou la mienne. Alice, c'est une femme — une femme qui essaie de repousser ses limites, mais dont les limites ne sont pas respectées. Si on lit attentivement les paroles, on réalise qu'Alice est en danger. Tout au long de la chanson, elle ne parle jamais elle-même : elle est toujours décrite, dictée par une autre voix. C'est ça, le cœur du sujet : la violence faite aux femmes.
Pourquoi ce thème-là?
Parce que c'est quelque chose que je retrouve constamment dans l'actualité. Mais le problème avec les médias, c'est qu'on ne parle souvent que des cas extrêmes. Ce qui m'importe, c'est aussi de parler de la violence qui n'est pas spectaculaire, mais qui est là, dans les petites nuances du quotidien. C'est ça qui m'a inspirée.
Est-ce que tu as toi-même vécu les violences que tu décris dans la chanson?
J'ai eu de la chance de ne pas en être victime dans le sens lourd du terme. Il y a toujours des petits commentaires, des moments où on doit se battre un peu pour soi-même — c'est presque normalisé, et c'est déjà trop. Mais les choses lourdes, non, je ne les ai pas vécues. Cela dit, être femme dans ce monde, c'est suffisant pour que ce sujet me touche profondément. Quand quelque chose ne me fait pas dormir, j'écris. C'est ma façon d'exprimer ce qui se passe dans ma tête.
"Alice" existait déjà sur ton album. Qu'est-ce qui a changé dans la version Eurovision?
La version Eurovision a plus d'assurance. Même si le sujet reste lourd, il y a davantage un sentiment d'unité, presque un appel à l'action. Je suis devenue plus confiante avec ce sujet, et je voulais amener de l'espoir sur cette scène. Ce n'est pas seulement un message de destruction.
Il y a donc beaucoup d'espoir dans "Alice"?
Oui, absolument. Les dernières lignes que j'aime particulièrement — "From feather to stone, baby don't leave me alone" — résument bien ce sentiment. C'est un mélange d'espoir et de son contraire, quelque chose de doux-amer. C'est là où je trouve la fascination pour la musique: elle peut te faire ressentir plus que des mots.
L'Eurovision a plutôt l'habitude de chansons festives et légères. Tu n'as pas eu peur de prendre un risque avec un message aussi engagé?
Non, parce que je pense que c'est un thème que tout le monde connaît et qu'il est normal d'en parler. J'ai confiance que la chanson va toucher les bonnes personnes parmi les spectateurs de l'Eurovision. Et de toute façon, je n'ai pas écrit "Alice" spécialement pour le concours. Si je vais à une compétition aussi grande, la seule façon d'y aller, c'est comme moi-même, avec ma musique.
La Suisse a gagné l'Eurovision il y a deux ans avec Nemo. Quelle est ton ambition pour le concours?
La première chose, c'est d'arriver en finale. Et puis, c'est une compétition. J'aimerais ramener le trophée à la maison, naturellement, pour moi mais aussi pour la Suisse et pour le sujet. Mais le plus important, c'est que je puisse me réaliser avec ce message et qu'il touche les gens.
70e concours Eurovision de la chanson, 12-14-16 mai 2026 à la Wiener Stadthalle de Vienne, en Autriche. Veronica Fusaro jouera sa qualification lors de la deuxième demi-finale (14 mai).


