Zelensky lance un nouvel appel à l'aide

Le président ukrainien a imploré les Occidentaux d'aider à "arrêter cette guerre", au moment où une attaque russe faisait au moins 21 morts dans l'est du pays. Après 3 semaines, l'agression de Moscou ne donne aucun signe de répit malgré la poursuite de pourparlers.

"Un peuple est en train d'être détruit en Europe", a lancé Volodymyr Zelensky, s'adressant par visioconférence au Bundestag depuis la capitale ukrainienne bombardée. "Aidez-nous à arrêter cette guerre!", et à détruire le nouveau "mur" que veut imposer Moscou, a-t-il ajouté, ovationné par les députés allemands.

L'Ukraine vit depuis trois semaines au rythme des annonces de frappes russes meurtrières sur ses villes. Dernière en date, une frappe d'artillerie a fait au moins 21 morts jeudi matin à Merefa, près de la ville assiégée de Kharkiv (est).

"Une école et un centre culturel ont été détruits. 21 personnes ont été tuées et 25 blessées dont 10 sont dans un état grave", a annoncé le parquet régional.

Théâtre visé à Marioupol

Les regards étaient également tournés jeudi vers Marioupol, ville portuaire du sud-est assiégée et où Volodymyr Zelensky a accusé mercredi l'aviation russe d'avoir "sciemment" bombardé un théâtre où étaient réfugiés des centaines d'habitants.

"Le monde doit finalement admettre que la Russie est devenue un Etat terroriste", avait-il ajouté. La mairie de ce port stratégique sur la mer d'Azov a affirmé que "plus d'un millier" de personnes se trouvaient dans un abri antiaérien situé dans le théâtre.

Un député, Serguiï Tarouta, a affirmé sur Facebook que des gens sortaient vivants des décombres, l'abri sous le théâtre ayant tenu. Jeudi matin, le Parquet général d'Ukraine a indiqué qu'il était pour l'instant "impossible d'établir le nombre exact de victimes, car des bombardements se poursuivent en permanence".

Moscou nie toute attaque

La Russie a quant à elle affirmé ne pas avoir bombardé la ville, et que l'immeuble avait été détruit par le bataillon nationaliste ukrainien Azov.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué de son côté manquer d'informations et ne pas pouvoir "exclure la possibilité d'une cible militaire ukrainienne dans la zone du théâtre", qui abritait "au moins 500 civils".

Plus de 2100 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre à Marioupol, selon les Ukrainiens. Des personnes ayant réussi à fuir la ville ces derniers jours pour Zaporojie, plus à l'ouest, ont raconté avoir fait fondre de la neige pour boire et cuire le peu de nourriture disponible sur des braseros.

Aide militaire massive

A Washington, répondant à une journaliste, le président américain Joe Biden a accusé son homologue russe Vladimir Poutine d'être "un criminel de guerre". Des propos "inacceptables et impardonnables", a répliqué le Kremlin.

Auparavant, M. Biden avait confirmé mercredi que son pays fournirait à Kiev 800 millions de dollars de plus d'aide militaire, soit une enveloppe d'un milliard de dollars en une semaine. Il a aussi indiqué que Washington allait aider l'Ukraine à se doter de systèmes de défense antiaérienne supplémentaires et de plus longue portée.

Ses annonces sont intervenues peu après que M. Zelensky eut lancé un appel à l'aide devant le Congrès américain. Cette assistance militaire doit aider Kiev à continuer à résister aux forces russes.

Bombes à sous-munitions

Depuis le début de l'invasion russe le 24 février, ces dernières n'ont encore revendiqué la prise d'aucune grande ville ukrainienne, même si elles ont nettement progressé dans le sud et semblent avancer dans l'est du pays.

Selon HRW, les forces russes ont notamment utilisé des bombes à sous-munitions les 7, 11 et 13 mars, sur la ville de Mykolaïv, proche d'Odessa. Neuf personnes sont mortes le 13 mars, qui faisaient la queue à un distributeur, selon l'organisation.

Au nord de Kiev, à Tcherniguiv, dix personnes qui attendaient pour acheter du pain sont mortes lorsque des forces russes ont ouvert le feu, a affirmé mercredi le Parquet général ukrainien. Moscou a nié, accusant là aussi des "nationalistes ukrainiens". Selon le gouverneur militaire régional, 53 corps au total ont été amenés à la morgue mercredi.

Kharkiv aussi sous les bombes

Les bombardements se poursuivent aussi sur Kharkiv, deuxième ville du pays, où au moins 500 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre. A Kiev, une frappe sur un immeuble a tué une personne jeudi à l'aube.

La capitale reprenait lentement vie jeudi matin après la levée d'un couvre-feu imposé depuis mardi soir. Mais la ville s'est vidée d'au moins la moitié de ses 3,5 millions d'habitants.

Plus de cent enfants tués

Aucun bilan global n'a jamais été fourni, même si le président Zelensky a mentionné le 12 mars la mort d'"environ 1300" militaires ukrainiens, tandis que Moscou a rapporté près de 500 morts dans ses rangs le 2 mars.

Cent-huit enfants ont été tués et 120 blessés dans le pays depuis l'invasion russe, a indiqué jeudi le Parquet général ukrainien. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) dénonce en particulier les nombreuses attaques contre des infrastructures de santé.

Plus de trois millions d'Ukrainiens ont déjà pris les routes de l'exil, en grande majorité vers la Pologne. Des milliers d'entre eux poursuivent leur voyage vers d'autres pays. Près de 8000 personnes se sont notamment enregistrées en Suisse depuis le début de l'invasion.

Moscou balaie l'ordre de la CIJ

Dans ce contexte, la Cour internationale de justice (CIJ), plus haut tribunal de l'ONU, a ordonné mercredi à Moscou d'immédiatement interrompre ses opérations militaires.

Décision balayée jeudi par le Kremlin. Vladimir Poutine a martelé mercredi dans un discours que l'offensive était "un succès", et comparé les sanctions occidentales à "un blitzkrieg" contre la Russie.

Revenant sur le discours très dur du président russe, son porte-parole Dmitri Peskov a affirmé jeudi que la "majorité écrasante" des Russes soutenaient la ligne décidée par Vladimir Poutine.

Les autres sont des "traîtres". Le conflit les révèle, permettant une "purification" de la société, a-t-il ajouté, alors que nombre de Russes opposés au Kremlin ont quitté le pays depuis le début de l'offensive.

"Accord de sécurité collective"

Malgré la détermination qu'affichent les deux camps, des pourparlers se poursuivent en parallèle par visioconférence au niveau de délégations.

Le minisre turc des Afaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, en visite à Lviv dans l'ouest de l'Ukraine, a indiqué que Kiev avait "fait une offre sur l'accord de sécurité collective: P5 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, ndlr), plus Turquie et Allemagne".

"Lors de mes contacts à Moscou hier, j'ai vu que la Fédération de Russie n'y voyait aucune objection et qu'elle pouvait accepter une telle offre", a précisé le ministre qui a rencontré mercredi à Moscou le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Kiev veut des garanties

La veille, l'Ukraine avait rejeté la proposition russe d'un simple statut de pays neutre, exigeant des "garanties de sécurité absolues".

Le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Albanie, la France, la Norvège et l'Irlande ont demandé une nouvelle réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU jeudi après-midi.

La guerre en Ukraine pourrait coûter un point à la croissance mondiale en un an si ses effets se prolongent sur les marchés énergétiques et financiers, et pousser l'inflation d'environ 2,5 points supplémentaires, a estimé de son côté l'OCDE.

ATS