B. Hassani: “Il n’y a que de la joie dans ce nouvel album!”

Bilal Hassani sort son 4ème album “Bonsoir Paris” le 28 août 2026. Un opus rempli d'amour, de fête et de liberté. Rencontre à l’Estivale.

De ses premières vidéos à son quatrième album, Bilal Hassani continue de tracer une route résolument libre et pop. © Bilal Hassani

Radio Fr.: Tu commençais déjà tes vidéos par “Bonsoir Paris” bien avant l’Eurovision. En faire aujourd’hui le titre de ton nouvel album, est-ce une manière de revenir au Bilal des débuts ou de lui répondre?

Bilal Hassani: Je pense que c’est un peu les deux. Je lui réponds et je reviens à la source de qui je suis. J’ai été pris assez tôt dans un tourbillon. J’avais 18 ans lorsque j’ai commencé à être très médiatisé. Même si je suis quelqu’un qui se connaît assez bien, il y a forcément des moments où l’on prend des virages sans vraiment savoir si c’est nous qui les avons décidés.

Cela fait maintenant cinq ans que j’ai ouvert mon label en famille et que je produis ma musique tout seul. Cet album, je savais qu’un jour j’allais le faire, mais il fallait simplement que j’en sois capable, que je sois suffisamment posé dans ma tête et dans mon esprit pour pouvoir, d’une certaine façon, répondre au gamin que j’étais à 16 ans. Celui qui mettait sa première perruque sur la tête et disait “Bonsoir Paris” aux gens sur Internet. Cette personne-là s’amusait! J’avais beaucoup d’autodérision et j’avais envie de retranscrire ça dans de la musique pop. Je pense que la pop a besoin de dérision, d’être marrante et de ne pas trop se prendre au sérieux. Sinon, on regarde simplement une diva comme ça… Je trouve ça drôle d’avoir quelque chose d’un peu “kooky”, d’un peu rigolo.

Choisir de rester indépendant te permet aussi de faire davantage ce que tu veux. Tu n’as rien à justifier à qui que ce soit et tu peux vraiment libérer cette pop à 100 %?

C’est exactement ça. Je ne suis pas vraiment de schéma puisque je ne suis aucun circuit. Ces dernières années, j’ai sorti des mixtapes, j’ai réalisé un album live pour lequel on a composé des morceaux beaucoup plus proches du répertoire de la chanson traditionnelle, j’ai fait un peu de rap et plein d’autres choses… Mon expression artistique se trouve exactement à l’endroit où je voulais qu’elle soit lorsque j’ai commencé à rêver de faire ce métier.

J’ai eu la chance et le privilège de pouvoir m’épanouir dans ma créativité, plutôt que de devoir répondre à une industrie à proprement parler. Mais je reste un grand fan de pop et de pop culture. Je trouve donc très amusant de récupérer les codes que j’ai toujours aimés et de dire: “Voilà ce que j’en fais, moi.” En francophonie, nous avons de très bonnes chansons pop. Nous avons eu des paillettes et tout cet univers très fun, avant qu’un nuage d’anti-superficialité n’arrive il y a quelques années. Maintenant, je suis là pour réveiller un peu tout ça, on va dire!

Tu présentes ce disque comme ton album de rêve. Qu’est-ce que tu as enfin osé ou réussi à dire que tu n’avais encore jamais dit dans les trois premiers?

Oh là là! Tout ce que je dis dans cet album, je l’ai fait avec le sentiment que personne n’allait l’entendre ou l’écouter. C’était un peu la démarche. Lorsque j’ai commencé à aller en studio, je n’y allais pas du tout pour faire cet album. La création de ce disque a débuté lors de séminaires d’écriture destinés à d’autres artistes, notamment en Asie. De toute façon, les paroles que j’écrivais n’allaient pas être conservées telles quelles puisqu’elles allaient être traduites. J’écrivais donc des choses que je ressentais, mais en me disant qu’elles étaient destinées à d’autres. Ce détachement m’a reconnecté à l’écriture. Je me suis rendu compte que, lorsque je pense que personne ne va vraiment comprendre ce que je raconte, je peux dire tout ce que je veux.

J’ai essayé de conserver cette démarche et c’est comme ça que l’album a commencé. C’était un peu mon mantra au début de chaque session. Cela m’a permis d’oser dire des choses que je n’aurais peut-être pas dites si j’avais su que tant de personnes allaient les écouter. Cela m’a aussi emmené musicalement et vocalement dans des endroits où je n’essayais pas de faire quelque chose de joli ou de lisse, mais simplement de m’amuser. Comme à mes débuts sur Internet, lorsque j’étais persuadé que personne n’allait regarder mes vidéos. Je faisais tout et n’importe quoi : je disais « Bonsoir Paris ! », je chantais, je mettais mes perruques vertes… Je pensais que personne n’allait me voir. C’est pour cela que je n’avais pas peur et que je ne réfléchissais pas. Je crois que c’est le premier album pour lequel je me suis retrouvé mentalement au même endroit.

Tu as aussi raconté dans le podcast de Léna Situations que le déclic pour sortir d’une période sombre avait justement été de retrouver la joie. Est-ce que “Bonsoir Paris” est l’album de ce retour à la joie?

Totalement! Bien sûr, c’est l’album de la joie et de l’émancipation après des choses un peu tordues et difficiles, après ce brouillard long, parfois presque infini, que l’on a l’impression de traverser. Je pense que j’ai trouvé du réconfort auprès des gens que j’aime très fort, mais aussi dans la musique. J’ai écrit les chansons de cet album pendant cette période de guérison et de reconnexion avec moi-même. Dans les paroles, je m’écrivais un peu comme de petites prières.

Il y avait quelque chose de très “carefree” dans la musique pop des années 2010 que j’écoutais beaucoup. On disait souvent: “On s’en fout de demain, on va faire la fête, les mains en l’air !” Ce sont des paroles qui peuvent paraître un peu futiles, mais qui m’ont accompagné durant toute mon adolescence. En écrivant ces morceaux, j’ai eu l’impression de revivre ça. J’ai dit des choses que j’avais vraiment envie de ressentir et, au fur et à mesure, j’ai commencé à les ressentir. Je suis donc très heureux et je pense qu’il n’y a que de la joie dans cet album.

Tu as posté le 12 mars dernier une publication dans laquelle tu annonçais ta tournée 2026, et tu invitais également les gens à venir avec leurs amis, leurs amours et même leurs ennemis, parce qu’au “Bonsoir Tour, les mondes se rencontrent". Qu’aimerais-tu qu’il se passe entre tous ces gens, ce soir par exemple, pendant ton concert à l’Estivale?

J’ai envie que les gens vibrent. Je pense que les vibrations humaines créent de la connexion et que ces connexions apportent un peu plus de tolérance. C’est ce qui compte le plus pour moi. Si je peux, grâce à ma musique, rassembler des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées autrement, alors c’est à ce moment-là que je gagne à faire ce métier. Sinon, je ne le ferai que pour moi et cela ne servirait pas à grand-chose.

©iambilalhassani

Bilal Hassani sera en concert le 11 décembre 2026 à L’Amalgame à Yverdon.

Retrouvez l’interview complète en podcast:

RadioFr. - Virginie Pellet
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