Bewe: une app fribourgeoise pour lutter contre la malbouffe
Une app développée par des chercheurs de l'Unifr "hacke" nos envies de snacks pour réduire la consommation d'aliments malsains.

Vous avez de la peine à vous empêcher de grignoter des chips ou du chocolat? Bewelab, une start-up issue de l'Université de Fribourg, a peut-être la solution pour vous. Elle propose une approche un peu étonnante pour lutter contre ces envies malsaines: modifier l'attirance du cerveau envers ces aliments grâce à Bewe, une application mobile dont le fonctionnement est basé sur des années de recherche en neuroscience. La jeune pousse a été récompensée jeudi dernier par le Prix Pfizer de la recherche en santé digitale pour son innovation.
La particularité de Bewe tient dans sa méthode. L'application propose des mini-jeux vidéo de réflexes où l'utilisateur doit rapidement rejeter les aliments malsains et interagir avec des produits sains pour progresser. Le but? Créer un recalibrage progressif du système dans notre cerveau à l'origine de ces envies. Derrière cette simplicité se cachent 15 ans de recherches menées par Lucas Spierer, professeur en neurosciences cliniques de l'Université de Fribourg.
Un système de récompense actif en permanence
"Au cours de l'évolution, la nature nous a dotés d'un système de récompense qui nous attire vers les aliments pleins d'énergie. Quand on était des hommes des cavernes ou des primates non humains, ça fonctionnait très bien parce que ces sources d'énergie sont rares dans la nature et donc il faut la motivation pour aller les chercher", explique Lucas Spierer.
Mais le problème est qu'aujourd'hui, les aliments caloriques existent en abondance... et le système s'active en permanence. "On se retrouve constamment attiré par des aliments trop riches", constate le professeur. Preuve s'il en faut: selon l'OMS, près de 60% des adultes européens étaient en surpoids ou obèses en 2022. L'idée est donc de "hacker" ce système de récompense.
Dans la nature, il agit en créant des envies, mais aussi en activant le système moteur pour préparer le corps à aller chercher activement la nourriture. Et c'est là que se trouve la faille. L'équipe de Lucas Spierer a réalisé qu'en forçant des actions motrices par les règles d'un jeu, on peut moduler le système de la récompense. "L'application est conçue de manière à créer un conflit entre la tendance naturelle d'attraper ce qui nous attire et les instructions de la tâche qui sont, au contraire, de se retenir", décrit le chercheur. "Pour résoudre ce conflit, le système réduit petit à petit nos envies puisqu'il ne peut pas changer les instructions de la tâche."
Et pour rendre cette tâche plus attractive et accessible à tous les âges, le concept a été transformé en jeu vidéo, avec des graphismes colorés, de la musique, une difficulté adaptative et un système de progression.

Pas que pour la nourriture
Plusieurs essais ont été menés auprès de plus de 500 participants. Les résultats montrent des effets significatifs: la consommation d'aliments malsains diminue de 25% en deux semaines. "Quand on a déployé le jeu pour le grand public, on a remarqué qu'environ 30% des utilisateurs ne sont même plus du tout attirés par les aliments qu'on a ciblé", se réjouit Lucas Spierer.
Autre avantage de la technique: elle ne fonctionne pas uniquement pour les aliments malsains. L'alcool, la nicotine, le cannabis... toutes ces substances profitent du même système de récompense, confirme le professeur. Bewelab envisage justement d'étendre sa découverte. Un module pour l'alcool sortira prochainement, suivi d'une version tabac et cannabis. Cette dernière sera réalisée en collaboration avec le programme de distribution légale de Genève. "On pense que notre intervention peut même fonctionner pour lutter contre la sédentarité, rendre les canapés et les fauteuils moins attirants", ajoute Lucas Spierer.
La start-up a bénéficié d'un important soutien de l'Université de Fribourg et de la Promotion économique du canton. L'appli est disponible gratuitement sur les app stores. Un module d'essai sur les sodas est offert, les autres aliments ciblés, comme les snacks salés, sont disponibles à l'achat. Bewelab a également un partenariat avec plusieurs assureurs, qui peuvent ainsi proposer des modules via des professionnels de la santé.


