Le MHNF dit "à bientôt" à son emblématique baleine

En pleins préparatifs pour son déménagement, le musée d'histoire naturelle ferme la salle où est exposé le cétacé de 12 mètres. Une soirée d'au revoir a eu lieu samedi.

Les jeunes visiteurs ont pu poser une dernière fois devant la baleine avant son déménagement. © Frapp
Les jeunes visiteurs ont pu poser une dernière fois devant la baleine avant son déménagement. © Frapp
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Saviez-vous qu'il a fallu sept mètres de coutures pour rattacher la peau du tigre de Sibérie exposé au musée d'histoire naturelle de Fribourg (MHNF)? Pour la girafe, trois personnes ont travaillé près de 35 heures pour reconstituer le derme de l'animal. Point par point, millimètre par millimètre, les préparateurs du musée ont fixé les peaux d'animaux soigneusement tannées sur des corps fabriqués en matières synthétiques ou à partir d'autres matériaux.

"Pour les oiseaux, on utilise de la laine d’épicéa", explique Michel Beaud, ancien taxidermiste au MHNF. "On conserve le crâne et les os des ailes, le reste du corps est synthétique." Différentes techniques existent, tout dépend de l'animal qu'on cherche à reconstituer. "À l’heure actuelle, on utilise aussi des corps en polyuréthane (un isolant dérivé du pétrole, ndlr), qu’on peut fabriquer soi-même ou acheter chez des fournisseurs en taxidermie", précise le retraité.

À l'occasion de l'événement "Bis bald baleine", organisé samedi dernier par le musée, Michel Beaud a animé une présentation sur plusieurs projets qu'il a mené durant ses plus de 40 ans de carrière dans l'institution fribourgeoise: le fameux tigre de Sibérie, qui a été récupéré à sa mort au zoo de Servion, un jeune sanglier ou encore un éléphanteau de un an, dont les grandes oreilles étaient tellement délicates qu'elles ont été rembourrées d'une simple feuille d'aluminium.

Durant la soirée, les visiteurs ont aussi pu participer à différents quizz et jeux ou suivre des visites guidées. Environ 700 personnes ont réservé leur entrée pour l'événement.

Un déménagement complexe

La baleine, tout comme les autres spécimens de la salle des vertébrés du monde, n'est plus accessible aux visiteurs depuis ce lundi. Pour préparer son déménagement, le musée réduit petit à petit ses expositions. Il a déjà fermé ses salles dédiées aux poissons, aux amphibiens et aux oiseaux.

La logistique est particulièrement complexe en ce qui concerne le cétacé. "La baleine va déménager beaucoup plus vite que les autres pièces, durant cet été", révèle Laurence Perler Antille, la directrice administrative du musée. "Pour pouvoir la sortir du bâtiment, nous devons élargir une fenêtre. Et comme elle sera exposée dans la partie historique du nouveau bâtiment, qui existe déjà, nous allons refermer le mur derrière elle."

Une opération qui s'annonce délicate pour la mascotte du MHNF, mais la tâche n'effraie pas pour autant l'administratrice: "elle a voyagé à travers l’Europe pendant trente ans sur un char! Elle est plus solide que ce que l’on pense!", assure Laurence Perler Antille.

Près de 175 ans d'histoire

En effet, ce baleineau échoué en 1852 sur une plage près du Havre, en France, a d'abord fait partie d'une collection itinérante d'animaux maritimes. Il a été exposé à Zurich, Amsterdam ou encore Paris.

La dernière halte de ce musée maritime itinérant se fera à Fribourg, en 1881. En faillite, le propriétaire abandonne alors sa collection, qui est rachetée par l'État de Fribourg pour la somme de 2'000 francs. Les pièces sont exposées pour la première fois l'année suivante au MHNF, puis déplacées une première fois en 1897, lorsque le musée d'histoire naturelle emménage sur le plateau de Pérolles.

La baleine représente un patrimoine historique rare. Un seul autre spécimen naturalisé existe en Europe, en Suède. "On ne connaît pas toutes les méthodes de l'époque", confie Michel Beaud, "mais l'animal est resté en bon état. On sait que le corps a été modelé avec des lattes en bois sur lesquelles on a posé de la paille pour arrondir les angles." Quant à la peau, "elle a été préparée selon le procédé Gannal, une technique développée pour embaumer les corps humains", complète Laurence Perler Antille. La recette exacte reste inconnue. On imagine qu'elle a dû être adaptée pour un animal aussi grand.

Les détails de son transport vers les nouveaux locaux restent à définir, surtout que l'imposante pièce cache encore quelques mystères, y compris pour l'équipe du musée: "on va commencer par la peser, parce qu'on ne connait pas du tout son poids!", admet la directrice.

Les salles dédiées à l'histoire de la terre et aux animaux du canton restent accessibles jusqu'à la fermeture du musée en été 2027.

Retrouvez le reportage de La Télé avant la fermeture de la salle: 

Frapp - Simon Gumy
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