"Le pilates, ce n'est pas ce qu'on voit sur Instagram"

Christine Privet a ouvert son studio sur Fribourg il y a 20 ans, bien avant le boom de ce sport sur les réseaux sociaux. On a testé... et sué!

Christine Privet et son équipe du Centres Pilates ont déménagé de Corminboeuf dans ces locaux à Givisiez, en 2021. © Frapp

Quand Christine Privet ouvre son studio de pilates à Corminboeuf en 2006, Instagram, SnapChat et TikTok n'existent pas encore. Facebook a tout juste deux ans. Fou, n'est-ce pas? Car aujourd'hui, les vidéos d'influenceuses se mettant en scène dans des exercices esthétiques, voire acrobatiques, défilent sur les réseaux sociaux. 

Cet été, le Centre Pilates fêtera ses 20 ans. Il a depuis déménagé dans un studio plus grand à Givisiez, en 2021. L'offre de cours et l'équipe d'enseignants se sont étoffés. Les cours sont pris d'assaut, si bien que la propriétaire recherche même des professeurs supplémentaires! Mais au début des années 2000, personne dans le canton de Fribourg ne connaissait le pilates, son inventeur avant-gardiste Joseph Pilates ou encore le reformer, cette machine munie de sangles et d'un chariot coulissant.

La Fribourgeoise est une pionnière dans le domaine dans notre canton, mais comment a-t-elle eu l'idée de se lancer dans cette discipline, alors qu'elle était à l'époque âgée de 33 ans? Passionnée par la santé, le corps humain et le mouvement, elle avait déjà une formation de coach sportive. "Je travaillais dans une multinationale et je donnais aussi des cours de fitness. J'étais seule sur scène avec mon micro, devant une trentaine de participants. Je les voyais se blesser, sans pouvoir les corriger ou intervenir. Inconcevable pour moi!", se rappelle l'habitante du Mouret. 

Au départ, les gens croyaient que le pilates était uniquement pour les filles

En cherchant une alternative sur internet, elle découvre le pilates et là, convaincue d'avoir trouvé sa voie, elle fonce. En 2005, elle part suivre une formation intensive de neuf mois à Montréal car il n'y a aucune offre en Suisse. Depuis le Canada, elle commande des machines aux Etats-Unis qu'elle se fait livrer en Suisse et, une fois de retour dans le canton de Fribourg, ouvre son premier studio à la route André-Piller à Corminboeuf.

Le retour à la réalité est rude, avec des débuts compliqués pour la toute nouvelle gérante: "Les gens n'avaient aucune idée du pilates. Ils pensaient que c'était un truc de filles ou pour les danseurs car Joseph Pilates donnait des cours aux élèves d'un célèbre chorégraphe." Petit à petit, sa clientèle, composée initialement en majorité de ses contacts dans le milieu sportif, grossit grâce au bouche-à-oreille.

Aujourd'hui, des femmes et des hommes de tous âges viennent s'entraîner chaque semaine, souvent sur recommandation de leur médecin. Même si, au grand regret de Christine Privet, le pilates n'est pas reconnu par les assurances-maladie. "Pilates is good for your body", avait l'habitude de répéter dans un anglais approximatif son créateur, né en Allemagne en 1883. Après des années de pratique d'exercices au sol ou sur des machines, Christine Privet peut bien confirmer que "le pilates est bon pour le corps": posture, souplesse, équilibre, introspection, respiration, énergie, souffle, renforcement... Les bienfaits sont innombrables. "Les clients ressortent d'ici boostés", résume simplement la coach. Un shot d'énergie qui explique le succès de la discipline et sa récupération sur les réseaux. 

Attention au matériel utilisé...

Est-ce que ce buzz récent l'agace? Christine Privet répond sans hésiter: "Premièrement, ces exercices très spectaculaires qu'on voit sur les réseaux, ça n'a rien à voir avec le "vrai" pilates. Cette tendance est dangereuse. Il ne faut pas se lancer sans être encadré correctement et se méfier des grandes chaînes de distribution qui vendent des reformers bon marché. Une amie, pourtant enseignante de pilates, en a testé un et elle s'est blessée".

Car sous ses allures faciles, ce sport est très exigeant. "En pilates ce n'est pas ce que vous faites qui compte, mais comment vous le faites", précise la Fribourgeoise. Laura et Théo de Frapp, qui ont testé quelques exercices, peuvent en attester!

...et à la formation des professeurs!

Y a-t-il eu une grosse évolution du pilates depuis que Christine Privet a démarré en 2006? "Pas dans la méthode, mais dans le côté "business", oui, ça c'est sûr! On voit aujourd'hui beaucoup de studios qui ouvrent et qui ferment", constate-t-elle. 

Ultime conseil de l'experte: "Faites du pilates avec des profs bien formés et dans des cours de maximum 6 à 8 participants. Car vous pouvez avoir le meilleur coach du monde, s'il y a trop d'élèves, il n'arrivera pas à vous corriger. Finalement, on travaille avec votre santé", conclut Christine Privet. 

RadioFr. - Isabelle Taylor
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