C'est quoi le congé-jeunesse pour les apprentis et employés?
Les jeunes de moins de 30 ans ont droit à 5 jours de congé pour s’engager dans des activités de jeunesse extrascolaires. Un droit encore peu utilisé.

Le saviez-vous? En Suisse, les jeunes de 16 à 30 ans peuvent demander jusqu’à cinq jours de congé supplémentaires chaque année, et leur employeur ne peut pas refuser. C’est le congé-jeunesse. Mais ces jours "off" ont un but: ils doivent être consacrés à des activités en lien avec la jeunesse, comme des camps de ski ou de scouts. Et il faut avoir un rôle de responsabilité: encadrement, conseil ou formation d’autres jeunes.
Pour en profiter, le jeune doit remplir un formulaire et le transmettre à son employeur au moins deux mois avant l’événement.
Ce congé existe depuis 1991 et est inscrit dans la loi suisse. Pourtant, il reste peu connu. Selon Isabelle Quinche, responsable au Conseil suisse des activités de jeunesse, seuls les jeunes déjà engagés dans des associations ou clubs le connaissent. "Le congé-jeunesse doit rester simple. Il n’y a qu’un formulaire direct entre le jeune et l’employeur, et nous ne possédons pas de suivi chiffré sur le nombre de jeunes qui en bénéficient chaque année", explique-t-elle.
Sous le feu des projecteurs
Il y a trois ans, le congé-jeunesse a reçu un coup de projecteur. Une motion déposée par l’ancienne conseillère nationale fribourgeoise Ursula Schneider Schüttel et une autre députée visait à doubler le nombre de jours, passant de 5 à 10. "Une façon de motiver encore plus les jeunes à s’engager pour la société", ajoute Schneider Schüttel. La motion a été acceptée par le Parlement et le Conseil fédéral en 2024. Le projet de loi devrait être soumis de nouveau cette année pour que les jeunes puissent consacrer 10 jours par an au bénévolat.
Pourtant, le congé-jeunesse reste peu utilisé. "Après des discussions à Berne, on voit bien qu’il reste largement méconnu des jeunes", constate Ursula Schneider Schüttel. Elle rappelle que l’engagement bénévole reste essentiel au bon fonctionnement de la société: "Animer, organiser ou participer à des camps permet de développer des compétences en leadership et d’assumer des responsabilités. C’est gagnant-gagnant pour la société, les jeunes et les employeurs."
Des employeurs réticents
D’après Isabelle Quinche, le problème vient aussi des employeurs. Certains ne sont pas très enthousiastes, car le congé peut signifier perte financière, baisse de productivité et organisation compliquée. "Ils doivent l’accorder, mais pas forcément rémunérer ces jours. Seuls les plus exemplaires le font."
Le congé-jeunesse ne couvre pas le temps consacré aux études. Certaines universités réfléchissent à reconnaître l’engagement bénévole par des crédits ECTS, mais ces projets n’ont pas encore abouti.
Le bénévolat tient bon
Pour Léonie Bovet, 21 ans, étudiante en travail social et monitrice à la Colo Fribourg, la demande s’est bien passée. "J’avais un stage et mes vacances étaient déjà fixées dans la convention de stage, ça tombait mal avec le camp que j’animais. J’ai fait ma demande, et mon employeuse a tout de suite accepté. Les compétences du stage correspondaient à ce que je faisais au camp." Mais tout le monde n’a pas cette chance. "Une connaissance a rencontré une difficulté: son patron ne fait que repousser la demande. Et cette personne que je connais semble oublier que c’est son droit de bénéficier de ces cinq jours..."
Personne ne sait si ces situations arrivent souvent, toutefois, le bénévolat continue de tenir bon au niveau national. Selon le dernier rapport de l’Observatoire suisse du bénévolat, environ 200’000 jeunes, de 15 à 30 ans, ont effectué du bénévolat formel en Suisse, pour plus de 50 millions d’heures.
Des chiffres stables depuis les années 2000 (sauf une légère baisse pendant la période Covid), preuve que l’engagement des jeunes reste solide depuis plus de 20 ans.


