Croissance des enfants : la Suisse change ses standards

Une étude réunit les données de plus de 43'000 jeunes vivant en Suisse. Elle fournit aux pédiatres de nouvelles courbes de croissance, plus adaptées aux morphologies locales.

On peut être un peu rond et en bonne santé. Le principal pour les pédiatre, une évolution sans cassure de courbe. © pexel

Terminées les références étrangères. Depuis le mois de juin, les pédiatres suisses disposent de nouvelles courbes de croissance, élaborées à partir des mesures prises sur plus de 43’000 enfants du pays. Des standards que la société faîtière Pédiatrie Suisse recommande officiellement pour la pratique quotidienne.

Jusqu’ici, les médecins utilisaient les courbes de l’OMS, introduites en 2011 et complétées par des données américaines. Mais cet outil était jugé dépassé et pas adapté à la réalité helvétique. Dès 2016, une centaine de pédiatres ont donc récolté les données de leurs jeunes patients, issus de toutes les régions du pays, auxquelles s’ajoutent les données des nouveau-nés et des recrues. Il s’agit d’une des études les plus denses au monde : environ un enfant sur 40 vivant en Suisse a été inclus.

Pas plus grands mais plus précoces

Et les résultats de cette enquête cassent quelques idées reçues. « On dit toujours que les générations futures sont plus grandes que les précédentes. Mais en fait non ! On voit que ces dernières années, l’augmentation de taille est d’environ 1 centimètre en moyenne », tempère Valérie Dénervaud, pédiatre à la Tour-de-Trême et vice-présidente de Pédiatrie Suisse. En revanche, le pic de croissance lié à la puberté survient plus précocement qu’avant.

L'étude apporte aussi un nouvel éclairage sur la question du surpoids. Si l’indice de masse corporelle (IMC) a effectivement augmenté au cours des dernières décennies, la proportion d’enfants en surpoids est moins importante que ce qu’indiquent les courbes de l’OMS. D’un taux de 20%, on passe ainsi à un taux de 13.5%.

Moins de traitements remboursés ?

Si le changement de courbes reflète mieux la réalité de la population suisse, il suscite toutefois des inquiétudes chez certains spécialistes de l'obésité infantile.

En effet, les seuils qui servent à définir le surpoids et l'obésité peuvent être modifiés par ces nouvelles références. Concrètement, un enfant qui était auparavant considéré comme obèse, pourrait désormais être classé dans la catégorie « surpoids ». Un enfant en surpoids pourrait être considéré comme étant dans la norme, alors que son poids et sa taille n'ont pas changé.

Mettre en place un programme diététique pour un enfant pour lui apprendre à bien manger, c’est gagner des années et des années de traitement d’un adulte qui sera en surpoids, qui aura de l’hypertension

Les experts craignent donc que certains enfants, en particulier ceux dont les mesures sont proches des seuils, soient moins facilement identifiés et orientés vers une aide adaptée. Ils redoutent aussi que la prise en charge financière des traitements, qui dépend de ces classifications, soit plus compliquée.

Or selon Valérie Dénervaud « Mettre en place un programme diététique pour un enfant pour lui apprendre à bien manger, c’est gagner des années et des années de traitement d’un adulte qui sera en surpoids, qui aura de l’hypertension, etc. Mais c’est parfois difficile à mettre en exergue auprès des autorités et des assurances.»

Une cassure de courbe, un signal d'alarme

La pédiatre relève aussi que les courbes de croissance ne sont pas les seuls éléments à prendre en compte. Le praticien doit avoir un regard global sur son jeune patient. "Si ses parents sont plutôt ronds et que l'enfant est un peu au-dessus de la norme, on ne va pas stresser tout le monde. L'essentiel, c'est qu'il soit en bonne santé !" souligne Valérie Dénervaud. Ce qui alertent surtout les professionnels de la santé, c'est une soudaine cassure dans la courbe d'évolution d'un enfant. 

RadioFr. - Sarah Camporini
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