Un Fribourgeois raconte les coulisses de la Garde suisse

Uniformes, formation, lien unique avec le pape… Sylvain Queloz, ancien garde suisse fribourgeois, lève le voile sur ce monde à part.

"On reste garde toute sa vie" : le Fribourgeois Sylvain Queloz a été garde de 2008 à 2011. © DR

Mercredi au Vatican, trois jeunes Fribourgeois ont prêté serment devant le pape Léon XIV. Originaires de Prez, Schmitten et Morat, Simon Garcés Garcia, Yannis Boutouchent et Andri Nicola Baumgartner rejoignent la Garde suisse pontificale pour un engagement d’au moins deux ans. Au total, 28 nouvelles recrues ont été assermentées cette année.

La cérémonie a été marquée par une présence exceptionnelle: celle du souverain pontife lui-même. Léon XIV a assisté à l’assermentation et adressé quelques mots aux recrues en italien, mais aussi en français et en allemand. "Cela n’était plus arrivé depuis 1968", souligne Sylvain Queloz, président de l’Association des anciens gardes suisses pontificaux et ancien garde fribourgeois. Un geste hautement symbolique, qui témoigne, selon lui, de l’estime et de l’importance» accordées par le pape à sa garde.

Leur mission: assurer la sécurité du Saint-Père à l’intérieur de l’État du Vatican. Mais derrière l’uniforme coloré et les cérémonies se cache une formation exigeante et une vie communautaire très particulière.

À gauche, Andri Nicola Baumgartner de Morat et, à droite, Yannis Boutouchent de Schmitten, entourés des préfets Christoph Wieland (Lac) à gauche et Manfred Raemy (Singine) à droite.

Tout commence bien avant Rome, avec une école de recrue qui dure deux mois, explique Sylvain Queloz. Les nouvelles recrues passent d'abord un mois en Suisse, à Isone au Tessin, où elles reçoivent une formation en sécurité, tir et sport. Direction la capitale italienne ensuite, où les gardes apprennent à évoluer en uniforme, à manier l'hallebarde et à découvrir les moindres recoins du palais apostolique. "Sans oublier les cours d'italien intensifs", sourit l'ancien garde.

L'uniforme? Ce n'est pas Michel-Ange, c'est un Fribourgeois

C'est l'un des grands malentendus de l'histoire vaticane. Les guides touristiques attribuent volontiers le célèbre uniforme à Michel-Ange.

Faux, tranche Sylvain Queloz. "C'est la légende. En réalité, c'est un Fribourgeois." Jules Repond, seul commandant à la fois romand et fribourgeois de toute l'histoire de la Garde, a dessiné cet habit au début du 20e siècle en s'inspirant des fresques de la Renaissance. Quant aux couleurs — jaune, rouge et bleu — elles sont celles des armoiries des deux papes fondateurs: Jules II, de la famille Della Rovere, et Clément VII, de la famille Médicis, pour lequel les gardes suisses sont morts lors du Sac de Rome le 6 mai 1527. L'assermentation  a donc lieu chaque année à cette date précise, en commémoration du sacrifice des 147 gardes suisses qui ont donné leur vie pour sauver celle du Pape Clément VII.

Sylvain Queloz (centre) a participé mercredi à l'assermentation des gardes suisses.

Interrogé sur ses meilleurs souvenirs, Sylvain Queloz n'hésite pas: les contacts personnels et informels avec le Saint-Père. "C'est quelque chose d'assez unique. Les gardes sont constamment en contact avec lui. Ces liens proches et personnels, ça reste." Viennent ensuite les années de vie en communauté dans la caserne romaine, qui forgent des amitiés fraternelles durables — au point que de nombreux anciens reviennent chaque 6 mai à Rome pour la cérémonie d'assermentation. 

"On reste garde toute sa vie"

"Il est un peu faux de parler d'anciens gardes. On reste garde toute sa vie." Les valeurs défendues sous l'uniforme continuent de guider ceux qui sont rentrés en Suisse, dans leur vie professionnelle et familiale. Une expérience transformatrice, dont on mesure souvent la portée seulement après coup. "Notre vie change à ce moment-là. On ne s'en rend pas vraiment compte sur l'instant. On s'en rend compte après."

RadioFr. - Karin Baumgartner
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