Dernier combat pour les saisonniers du camping d'Estavayer
D'ici fin octobre, ils devront enlever leurs mobile homes et toutes leurs installations avant le réaménagement du site en camping de plus haut standing.

"On habite à Lyss, mais on vit ici." Le ton est donné. Roland Kocher est campeur saisonnier depuis près de 60 ans au camping d'Estavayer. Avec sa femme, il arrive en avril et repart en octobre, en rentrant chez lui toutes les trois semaines, "juste pour faire la lessive".
Mais cet été risque bien d'être le dernier au bord du lac de Neuchâtel pour la famille bernoise. Il y a deux ans, le retraité et les autres locataires de parcelles saisonnières ont appris qu'ils devraient quitter les lieux en octobre 2026. La commune d'Estavayer, propriétaire du terrain, et le TCS, gestionnaire du camping de La Nouvelle Plage, projettent de réaménager le site pendant l'hiver pour rouvrir au printemps prochain avec une offre différente.
Un prix de location triplé
Terminé les installations vétustes. Les autorités et l'exploitant misent sur le "glamping", entendez par là du camping de haut standing. Les parcelles saisonnières seront certes plus grandes, mais nettement moins nombreuses (on passera de 95 actuellement à 20 l'an prochain), pour laisser plus d'emplacements aux campeurs de passage.
Le montant de leur location sera triplé, passant de 2'500 francs pour la saison à 6'500 francs (auxquels s'ajoutent notamment la taxe de séjour, l'électricité et les déchets, soit environ 8'000 francs). Une évolution normale selon le TCS, qui a répondu par écrit à nos sollicitations : "Le tarif a été fixé en tenant compte des futures conditions d'exploitation du camping ainsi que des investissements prévus sur le site, environ 3 millions de francs." L'organisation souligne aussi que les tarifs des emplacements résidentiels n'ont fait l'objet d'aucune révision majeure depuis plusieurs décennies, malgré l'évolution des coûts et les besoins d'entretien. Elle relève encore que la commune n'assume plus un certain nombre de charges.
Quoi qu'il en soit, à ce prix, Roland Kocher n'envisage pas une seconde de relouer une parcelle. D'ailleurs, selon la commune, seuls 4 ou 5 saisonniers actuels se sont profilés pour reprendre un emplacement.
"Selon le cabinet d'experts en camping mandaté par la commune, il est nécessaire d'améliorer l'aspect qualitatif du séjour, que ce soit un séjour fixe ou des séjours ponctuels", explique Steve Bonvin, conseiller communal en charge de l'aménagement du territoire. Élu en mars dernier, il dit comprendre le désarroi des saisonniers et leur inquiétude face à l'échéance qui se rapproche. Mais le Vert rappelle qu'il y a eu une étude, un atelier et des communications sur le projet. Le Conseil général en a été informé au moins deux fois. Pour lui, les saisonniers n'ont pas été mis devant le fait accompli.
Recours devant le TC
Mais Roland Kocher ne décolère pas. Avec une soixantaine de campeurs saisonniers, il a formé un collectif pour défendre leurs intérêts. Conseillé par un avocat, le groupe a déposé un recours devant le Tribunal cantonal contre l'autorisation donnée par le canton à la commune de réaménager le site sans PAD. "Légalement, un PAD est nécessaire dès qu'une surface dépasse les 5'000 mètres carrés. Là, il est question de 15'000." L'instance a accepté d'entrer en matière sur le recours et elle a 24 mois pour trancher. Deux ans que Roland Kocher et les autres recourants espèrent avoir encore devant eux pour continuer à profiter du site. Et si le Tribunal leur donnait raison et exigeait un PAD, ce délai pourrait se prolonger d'environ 3 ans de plus.
Steve Bonvin, lui, ne croit pas à cette stratégie. "À ma connaissance, il n'y a pas d'effet suspensif avec ce recours dans le réaménagement du camping parce qu'on parle de deux choses distinctes." L'État veille à ce que la zone reste une zone de camping, touristique, comme toutes les rives du lac. Mais le PAD ne règle pas les questions d'exploitation du site, qu'il s'agisse du nombre de parcelles qu'il abrite ou du montant de leur location.
Pas de blocage envisagé
Alors, délai ou pas délai, les campeurs sont dans le flou mais se préparent quand même au pire : devoir évacuer les lieux avant le 21 octobre, sans envisager de blocage selon Roland Kocher. "Ça servirait à quoi ? Ça provoquerait juste de nouveaux frais !"
C'est surtout la vie sociale qui va nous manquer, mais d'une manière que je ne peux pas m'imaginer.
Quant à l'idée de s'installer dans un autre camping le printemps prochain, le retraité balaie l'idée d'un revers de main. Trop de souvenirs, trop de jolis moments partagés au camping staviacois pour envisager de recommencer ailleurs. Ces fêtes du 1er août réunissant une trentaine de personnes. Les poissons que son petit-fils a pêchés et qu'on mange en famille. "C'est surtout la vie sociale qui va nous manquer, mais d'une manière que je ne peux pas m'imaginer."


