Expulsion vers l'Ethiopie: "sa vie est menacée"

Deux collectifs de défense des demandeurs d'asile et Amnesty International dénoncent des "renvois inacceptables".

Des membres de Solidarite Tattes sont mobilisés devant l'établissement concordataire de détention administrative de Frambois LMC, afin de tenter de stopper le renvois de deux requérants pour l'Ethiopie qui ont d'ailleurs entames une grève de la faim depuis 4 jours, ce mercredi 27 janvier 2021 a Vernier près de Genève. © KEYSTONE

La Suisse va-t-elle expulser des Ethiopiens, requérants d'asile déboutés, alors qu'ils risquent leur vie dans leur pays? C'est ce que redoutent plusieurs associations qui aident les demandeurs d'asile en Suisse romande ainsi que des organisations de défense de droits humains.

Selon elles, un vol spécial est prévu ce mercredi soir depuis Genève, pour renvoyer plusieurs personnes vers Addis-Abeba, capitale de l'Ethiopie. Et parmi ces ressortissants éthiopiens, l'un d'entre eux a vécu pendant dix ans dans le canton de Fribourg, selon les collectifs "Poya solidaire" et "Droit de Rester".

Agé d'une trentaine d'années, Teklu Feyisa est arrivé en Suisse en 2010, où il a déposé une demande d'asile, avant d'être débouté quelques années plus tard. Selon ces deux collectifs de soutien aux requérants d'asile, le jeune homme parle bien français, a été bénévole dans plusieurs associations, mais aujourd'hui, sa vie est menacée. Il a été arrêté lundi, transféré dans la prison centrale de Fribourg, et doit donc faire partie de ce vol de renvoi vers son pays d'origine.

Expulsion dans un pays en guerre civile

Une expulsion inacceptable, disent les associations fribourgeoises, notamment parce que Teklu Feyisa a fui son pays en raison de son opposition au gouvernement, et que cette situation le met en danger. Et puis surtout parce que l'Ethiopie est en proie à un grave conflit armé depuis novembre 2020: un conflit entre le Front populaire de libération du Tigray et le parti au pouvoir. En cause, notamment, des élections régionales qui auraient dû avoir lieu en septembre et qui ont été repoussées.

Frappes aériennes meurtrières de la part de l'armée éthopienne, massacres de civil, emprisonnements... "Les violations des droits de l'Homme sont documentées par des rapports concrets de plusieurs organisations", explique Paul Cruchon, responsable de campagne Asile et Migrations pour Amnesty International. "En renvoyant des personnes là-bas, on prend le risque de les exposer à la mort, une action contraire au droit international et à la tradition humanitaire de la Suisse."

Depuis ce mardi, l'ONG alerte les autorités sur la situation en Ethiopie. Elle demande aux autorités de suspendre, momentanément au moins, ces vols de renvoi.

Le Secrétariat d'Etat aux migrations a indiqué à RadioFr. qu'il ne communique pas sur ce dossier. La Confédération ne semble pas vouloir renoncer à ces expulsions.

RadioFr. - Maëlle Robert
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