Interview: le Fribourgeois F. Nordmann sur le 11 septembre

Le 11 septembre 2001, le diplomate fribourgeois François Nordmann dirigeait la mission suisse auprès de l'ONU à Genève. Interview.

RadioFr.: Le 11 septembre 2001, vous étiez à Genève, chef de la mission suisse auprès de l’ONU. Quel a été votre rôle dans les jours qui ont suivi cette catastrophe?

François Nordmann: D’abord, évidemment, la sidération. Ensuite, comment interpréter l’événement? Qu’est-ce qu’il représente? Comment réagir? Il y a eu, à ce moment-là, peu de directives de Berne, mais le message du président de la Confédération est arrivé. Le lendemain, je devais présider une séance de commission sur le CICR, et j’ai commencé par présenter des condoléances aux délégués américains. Je pensais que c’était la moindre des choses. En parallèle, il y avait à Genève une réunion de l’Institut d’études stratégiques de Londres, qui avait complètement bouleversé son programme pour tenir compte du terrorisme. Je me souviens que mes collègues britanniques étaient soulagés que tout pointe vers une action américaine en Afghanistan, et non vers l’Irak, comme ils le redoutaient.

Le soir même, le président américain George Bush annonce la guerre contre le terrorisme. Un mois plus tard, c’est la guerre en Afghanistan, puis en 2003, celle en Irak. On a changé la dynamique géopolitique avec cet attentat?

Kofi Annan disait que nous étions entrés dans le XXIe siècle par des portes de feu. En effet, la violence l’a emporté. Il fallait répondre à la violence par la force et se faire justice. Pour cela, le soutien à al-Qaïda était évidemment un objectif tout à fait légitime.

Il y a eu plusieurs attaques d’al-Qaïda en Europe par la suite... Madrid en 2004, Londres en 2005. Comment cette proximité, le fait que ces attentats arrivent sur le sol européen, a-t-elle été vécue en Suisse?

On peut discuter pour savoir si une riposte militaire était la bonne réponse, ou s’il fallait considérer qu’il s’agissait d’actions de police qui nous auraient mieux protégés. Le fait est que l’Europe a été victime. Il y a aussi eu des attentats en Russie, des attentats de masse. Depuis quelques années, les terroristes semblent avoir changé de tactique, recourant davantage à des actes individuels, des assassinats ou des attentats isolés. La police est beaucoup plus rigoureuse aujourd’hui. On a pris beaucoup plus de précautions, on est plus vigilants, sans pouvoir exclure un accident.

Vous l’avez dit, il y avait d’abord al-Qaïda, lié à d’autres mouvements djihadistes, puis l’État islamique, Daesh, qui devient rival. Plusieurs attentats dans le monde ont été commandités par Daesh, notamment celui du Bataclan en 2015. Tous ces mouvements djihadistes, est-ce qu’ils représentent encore une menace pour la Suisse?

En tout cas, elle a été touchée au cours de ces dernières années. Elle n’est pas à l’abri. Quatre depuis 2020. Elle n’est pas à l’abri. Quand on lit les rapports de la police fédérale ou ceux sur la politique de sécurité, on voit bien que la menace existe avec l’extrémisme violent et qu’elle subsiste.

Je voulais revenir sur cette période après 2001, où l’on cherche un responsable. On l’a trouvé en la personne d’Oussama Ben Laden, chef d’al-Qaïda. Il est assassiné par les forces spéciales américaines au Pakistan, dix ans plus tard, en 2011. Qu’est-ce que cet assassinat a représenté? Est-ce qu’on s’est dit que c’était la fin du terrorisme?

Non, je ne pense pas qu’on se soit dit cela. On s’est dit que c’était une rétribution, un acte de justice en même temps qu’un acte de vengeance. On ne pouvait pas le traîner devant un tribunal. On en a disposé lors de cette opération spéciale. Et puis, on a bien vu qu’al-Qaïda continuait ses actions. Il y avait même un territoire qui se réclamait de l’État islamique. Aujourd’hui, il y a des cellules très prospères dans le Sahel, qui s’en prennent à des États comme le Mali ou le Niger. Donc, on ne peut pas dire que le terrorisme a pris fin avec Oussama Ben Laden.

La Télé / Frapp - Cloé Pichonnat / Adaptation web: Nathan Clément
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