Kubski:"Fribourg peut devenir la capitale romande du vélo"
Pro Vélo distingue Fribourg pour l'évolution de ses infrastructures cyclables ces dernières années. Interview du président de Pro Vélo Fribourg.

Fribourg se distingue dans le classement des "Prix vélos villes" de Pro Vélo dévoilé jeudi. La cité des Zaehringen est la meilleure ville romande, tandis qu'elle se classe 12e au niveau suisse. L'association de défense des cyclistes salue aussi son évolution, la meilleure du pays depuis 2009.
En 2017, Fribourg était encore lanterne rouge de ce classement. Une évolution qui réjouit le président de Pro Vélo Fribourg, Grégoire Kubski.
Fribourg se distingue avec un meilleur score romand. Est-ce encourageant pour Fribourg? Comment accueillez-vous cette nouvelle?
Oui, c'est vraiment encourageant. Je pense que Fribourg a le potentiel pour devenir la capitale romande du vélo. Mais il reste encore beaucoup à faire. Je pense que les autorités ont rattrapé un retard accumulé ces dix dernières années dans le domaine des infrastructures cyclables. Cela dit, la TransAgglo n'est toujours pas terminée, et il reste beaucoup à faire pour séparer les flux et éviter les tensions entre cyclistes et automobilistes. Il vaut mieux créer une séparation physique et de vraies pistes cyclables.
Est-ce réalisable à Fribourg? Nous savons qu'il y a des endroits où la topographie ne le permet pas, où l'espace manque. Pensez-vous que c'est malgré tout possible?
Nous sommes pragmatiques. Dans les petites rues, nous n'allons pas demander de créer de pistes cyclables séparées. Mais sur les grands boulevards ou dans des endroits spécifiques où l'espace le permet, nous demandons que cette séparation des flux soit mise en place pour éviter toutes les tensions. Je crois que c'est dans l'intérêt des automobilistes eux-mêmes, qui ne veulent pas blesser des cyclistes, et des cyclistes, qui sont plus en sécurité lorsqu'ils disposent de vraies infrastructures.
Fribourg a réalisé beaucoup de progrès ces dernières années. Qu'est-ce qui a changé concrètement?
L'une des mesures les plus remarquables est l'introduction du 30 km/h sur la majorité des axes à Fribourg. Cela a vraiment apaisé les relations entre cyclistes et automobilistes. Rouler à côté d'une voiture qui circule à 50 km/h ou à 30 km/h, ce n'est absolument pas la même sensation. Le danger est nettement réduit lorsque les voitures roulent beaucoup plus lentement.
Un point souvent soulevé négativement par les cyclistes, c'est la sécurité et la qualité des infrastructures. Que peut-on faire à ce sujet?
Il y a beaucoup à faire en matière de sécurité, notamment en sensibilisant les automobilistes au respect de la distance de 1,5 mètre lors du dépassement des cyclistes. Il y a aussi de nombreux endroits dangereux, en particulier les ronds-points, où les véhicules coupent systématiquement la trajectoire des cyclistes.
Concernant les stationnements vélos, les gens semblent satisfaits. Les vélos cargo se développent aussi de plus en plus. Pensez-vous que les autorités gèrent bien ces enjeux?
La priorité reste les stationnements pour les vélos classiques. Il y a une vraie expansion des places de parc. Deux parkings vélos ont été créés pour la gare de Fribourg, avec des places pour vélos classiques et pour vélos cargo. C'est un endroit névralgique, là où les gens arrivent à vélo avant de prendre les transports publics. Je crois que les autorités ont vraiment compris que les gens souhaitent améliorer leur qualité de vie, se déplacer à vélo plutôt que de chercher une place de parc en voiture le dimanche soir sur l'autoroute.
Les villes alémaniques sont mieux adaptées aux vélo que les villes romandes. Comment expliquez-vous exactement cette différence?
Je pense que les villes alémaniques sont influencées par une culture où le vélo est historiquement beaucoup plus ancré. C'est une évidence. Et puis vient le moment où l'on dit : allons voir ailleurs, où l'on observe des exemples positifs. On s'en inspire et on les met en œuvre. Je crois que cela a simplement pris un peu plus de temps en Suisse romande.
Des infrastructures doublées depuis 2010
Pour le nouveau conseiller communal en charge de la mobilité en ville de Fribourg, Simon Murith, ce prix est une "récompense pour tout le travail accompli au fil des années. Nous ne sommes pas une ville avec beaucoup d'espace ni de grandes possibilités pour créer de nouvelles infrastructures. Depuis 2010, nous avons toutefois doublé les infrastructures cyclables."
Comment améliorer encore la situation? "Les moyens d'action sont assez limités, l'espace est très restreint — encore plus dans les parties historiques de la ville de Fribourg", explique Simon Murith.
Difficile donc de séparer les cyclistes des automobilistes partout en ville de Fribourg. "Nous nous appuyons beaucoup sur la mixité des usages. Nous sommes reconnus au niveau national pour notre approche très axée sur le marquage au sol. Mais avec l'augmentation du nombre de cyclistes et les nouvelles mobilités, c'est un défi permanent. L'enjeu est que chaque usager de la route puisse trouver sa place dans l'espace public. C'est là, je crois, que se trouve le grand potentiel d'amélioration."
A l'instar de Grégoire Kubski, Simon Murith voit les carrefours et les ronds-points comme des points sensibles qui doivent être améliorer, surtout pour des raisons de sécurité. "Peut-être que nous devrons aller au-delà de ce qui est fait aujourd'hui et s'inspirer du carrefour de Richemond par exemple. Le nouveau giratoire invite les usagers à faire attention les uns aux autres."
Le nouvel édile note finalement que le nombre d'accidents annuels, environ 30, n'a pas augmenté depuis 1990, alors que le nombre de cyclistes a augmenté.


