HFR: dissocier l'esprit et le corps au bloc opératoire

Une équipe formée à l’hypnose accompagne les patients lors d’opérations à l'HFR. Rencontre avec la Dre Olivia Stiennon, anesthésiste et hypnopracticienne.

Le principe est simple: induire chez le patient une dissociation entre l’esprit et le corps. © HFR

Opérer sans endormir complètement le patient, tout en le maintenant dans un état de bien-être et de conscience modifiée. Voilà ce que propose l'Hôpital fribourgeois depuis un an grâce à l’hypnose médicale intégrée au bloc opératoire, réalisée par un médecin ou un infirmier anesthésiste.

Le principe est simple: induire chez le patient une dissociation entre l’esprit et le corps. Contrairement à l’hypnose de spectacle, l’hypnose médicale est un outil thérapeutique fondé sur la suggestion et une communication verbale soigneusement étudiée.

"L'état de conscience hypnotique est un état de conscience physiologique, que nous expérimentons tous les jours", explique la docteure Olivia Stiennon, anesthésiste à l'HFR. Elle prend l'exemple d'une personne qui, en conduisant, laisse ses pensées divaguer. "C'est être dans la lune", résume-t-elle. Pendant que le corps subit l’intervention, l’esprit se réfugie dans un souvenir agréable, soigneusement choisi et décrit par le patient avant l’opération.

Le déroulement d'une opération

Alors comment se déroule une intervention sous hypnose? Il y a tout d'abord un premier contact avec l'hypnopracticienne ou l'hypnopracticien, que ce soit en présentiel ou par téléphone. Le but est d'expliquer la pratique et de "vérifier que le candidat est bon, que la technique lui correspond", précise la Dre Olivia Stiennon.

La motivation du patient et sa coopération sont en effet "la pierre angulaire" de la pratique, souligne l'anesthésiste. "On évalue la capacité du patient à passer en conscience hypnotique, ce qui est plus ou moins facile selon le caractère de la personne ou de la situation dans laquelle elle est", décrit l'anesthésiste. Le but étant que le plan de l'anesthésie soit le mieux adapté au patient. "C'est le confort qui compte, et pas l'hypnose à tout prix."

Cette technique plaît par exemple aux personnes qui redoutent les nausées post-anesthésiques, qui allaitent, ou qui ont des antécédents familiaux. "J’ai eu une patiente dont la mère était décédée lors d’une anesthésie générale… pouvoir éviter de se faire endormir a été un grand soulagement pour elle."

Puis, le jour J, une rencontre d'une vingtaine de minutes précède l'opération. Le ou la patiente relate à l'hypnopracticienne un souvenir positif de son choix. "On va spécifiquement noter les détails sensoriels, auditifs, visuels, tous les sens que le souvenir éveille chez le patient", détaille la Dre Olivia Stiennon.

Finalement, au bloc opératoire, l’hypnose démarre 5 à 10 minutes avant l’incision. "Je vais redonner au patient les éléments qu'il a expliqués auparavant, avec une voix plus grave, en ne prononçant que quelques mots à la fois, laissant des pauses", illustre l'hypnopracticienne. "Le confort du patient est au centre. On est surtout dans la suggestion, il y a beaucoup de douceur."

Selon le type de chirurgie, une anesthésie locale ou locorégionale est pratiquée, accompagnée parfois d’antidouleurs. Un signal – souvent une pression de la main – permet au patient de communiquer son inconfort. Si nécessaire, l’anesthésie générale reste possible à tout moment, insiste le Dre Olivia Stiennon.

Des bénéfices tangibles

L’hypnose ne convient tout de même pas à toutes les chirurgies. Elle est actuellement proposée pour des actes comme les tumorectomies du sein, les chirurgies de la carotide, les colonoscopies ou certaines interventions du pied. Il existe également certaines pathologies psychiatriques pour lesquelles il n'est pas indiqué de faire une dissociation. Et bien entendu, le chirurgien doit accepter la pratique, qui demande la coopération de chaque personne dans la salle. "Cela nécessite d'opérer dans le silence, avec des gestes plus doux", développela Dre Olivia Stiennon.

À l'HFR, 28 patients ont bénéficié de cette pratique au bloc opératoire en 2025. Les avantages sont multiples: récupération plus rapide, possibilité de rentrer chez soi le jour même, alimentation presque immédiate, absence de nausées. "Et puis, pour les patients, ça leur permet de participer activement à leur parcours de soin, puisqu'ils ne perdent pas le contrôle comme lors d'une anesthésie générale", note l'hypnopracticienne.

L'hypnopracticienne a été formée à l’hôpital Saint-Luc à Bruxelles. Le pays a une histoire forte avec l'hypnose médicale, notamment grâce à la professeure Marie-Elisabeth Faymonville. Anesthésiste-réanimatrice, elle est la première à avoir, dans les années 90, instauré l'hypnose comme outil de l'anesthésie. La pratique a également eu droit à un gros coup de publicité lorsqu'en 2009, la reine belge Fabiola de Mora y Aragón s'est fait retirer la thyroïde sous hypnose à Liège.

Une pratique amenée à se développer

Aujourd’hui, une petite équipe de soignants pratique l’hypnose dans le bloc opératoire à l’HFR. Cette technique est déjà utilisée depuis plusieurs années auprès des patients en dehors des opérations, notamment pour celles et ceux qui ont des douleurs ou de l'anxiété. Au sein de l'établissement, une personne par jour est dédiée à cela.

Mais l’objectif est d'étendre la pratique. "Nous aimerions proposer cette technique aux patients germanophones, à plus de chirurgies, et faire en sorte que ce soit une demande qui vienne des patients eux-mêmes", ajoute la Dre Olivia Stiennon.

Frapp - Mattia Pillonel
...