Année internationale des paysannes: quels progrès en Suisse?
La reconnaissance du travail des femmes dans l’agriculture progresse, mais les inégalités perdurent. Interview d'Anne Challandes, présidente de l’Union suisse des paysannes.

Radio Fribourg: Anne Challandes, vous êtes la présidente de l’Union suisse des paysannes et femmes rurales. L’organisation défend les intérêts des 54’000 femmes qui travaillent dans des exploitations agricoles. À grand renfort d’information et de sensibilisation, vous êtes parvenue à améliorer les conditions de vie des paysannes et agricultrices, notamment leur rémunération.
Anne Challandes: Dans la première enquête qui a été effectuée en 2012 par l'Office fédéral de l'agriculture, 31% des femmes, pas seulement les conjointes, mais les femmes membres de la famille qui sont actives dans les exploitations agricoles, étaient rémunérées, soit comme employées, soit comme indépendantes. Et puis dans la nouvelle enquête qui a été effectuée en 2022, donc dix ans après, on constate que cette proportion a augmenté à 55%, ce qui est très réjouissant. Mais on constate aussi qu'il y a encore près de la moitié qui n'est encore à ce jour pas rémunérée, ce qui veut dire que les efforts doivent continuer.
Obtenir un revenu, ça apporte de la reconnaissance du travail effectué, ça lui donne une valeur. Et puis outre ces questions d'accès à l'assurance maternité et au deuxième pilier, ça apporte aussi une indépendance économique. En cas de divorce, en cas d'invalidité ou de décès du conjoint, il est important que ces femmes-là puissent être autonomes sur le plan financier.
Et quelles avancées ont pu être obtenues en termes de couverture sociale?
Une étape qui a été franchie, qu'on a toujours qualifiée de minimale, mais qui est un premier pas. À partir du 1er janvier 2027, l'introduction d'une obligation de couverture d'assurance pour les conjointes, conjoints ou personnes en partenariat enregistré qui travaillent dans l'exploitation. Cette couverture est soumise à des conditions, il faut que le travail dans l'exploitation soit régulier et dans une mesure notable. C'est donc une couverture des risques, il n'y a pas d'épargne, ça ne couvre pas les questions de maternité, mais par contre ça couvre les risques d'invalidité et de décès. Cette couverture vise surtout à couvrir les risques de l'exploitation agricole, donc c'est une question managériale aussi de dire si une personne effectue un travail à un poste particulier, il est important en cas d'incapacité de pouvoir financer son remplacement.
Est-ce que des avancées ont pu aussi être obtenues en matière de prévoyance vieillesse?
Avec cette étude de 2022, on a pu constater qu'il y avait une avancée au niveau de la prévoyance vieillesse par rapport au nombre de personnes qui en disposent. On sait aussi que justement, en obtenant son propre revenu, on peut améliorer sa propre AVS aussi dans le premier pilier. C'est important parce que les personnes qui sont mariées sans revenu sont affiliées automatiquement à l'AVS par le biais des cotisations du conjoint, et reçoivent donc en principe une rente minimale. Il peut même y avoir des lacunes. Et puis ensuite, on a constaté aussi une amélioration au niveau de la couverture dans le deuxième et dans le troisième pilier. Donc de nouveau en progrès, mais c'est un travail qu'on doit continuer, notamment aussi avec la sensibilisation et l'information.
Les Nations Unies ont proclamé l’année 2026 Année internationale des paysannes et agricultrices. En Suisse, c’est l’occasion de mettre en avant leur travail et d’exiger de nouvelles évolutions, par exemple dans la politique agricole 2030+.
Nous avons élaboré des objectifs et des demandes précises, notamment pour faciliter l'accession des femmes à la reprise d'une exploitation agricole. Je prends un exemple: la prolongation du délai afin d'obtenir l'aide initiale étatique pour financer l'installation. On demande également un programme d'encouragement à l'installation, notamment pour les jeunes femmes, et l'extension de cette aide initiale à une forme d'aide à l'installation parce qu'on se rend compte que les femmes ont des défis supplémentaires par rapport aux hommes pour s'installer.
C'est vrai qu'il y a encore cette tradition de remettre l'exploitation plutôt à un homme. Et puis il y a l'autre aspect auquel seules les femmes sont confrontées: la conciliation entre le travail, la responsabilité de l'exploitation et la grossesse, la maternité.
Et quels sont selon vous les principaux défis des paysannes en Suisse pour ces dix prochaines années?
Poursuivre sur la voie des améliorations en matière de rémunération, couverture sociale et de reconnaissance. Poursuivre aussi les améliorations et cette sensibilisation à l'accès aux exploitations. Une femme peut diriger une exploitation agricole comme n'importe quel autre homme. Et puis on souhaite aussi améliorer la représentation des femmes dans les organisations agricoles. On sait que les organes mixtes fonctionnent mieux, c'est un enrichissement pour tout le monde.
Sur un plan plus général, un des objectifs est encore l'amélioration du revenu agricole. L'agriculture doit offrir des perspectives intéressantes et attractives aux jeunes parce qu'on a aussi ce défi du vieillissement de la population agricole. Pour attirer les jeunes, il faut pouvoir leur offrir des conditions de travail et de vie qui soient correctes.


