Sous, pression, divorces: comment Fribourg aide ses paysans?

Après l’abandon d’un troupeau par un agriculteur en détresse, Neuchâtel a renforcé son plan d’action. A Fribourg, des aides existent déjà.

A Fribourg, une structure d'aide existe déjà, depuis plusieurs dizaines d'années. © KEYSTONE

Quatre veaux déjà morts, une vache, et dix bêtes euthanasiées par la suite. Le bilan tragique de l'abandon d'un troupeau dans le canton de Neuchâtel en janvier dernier. C'est aussi le bilan de la détresse qui entaille les paysans du pays, en apnée sous des problèmes d'argent, de fatigue, de manque de reconnaissance et parfois d'isolement.

Il y a une charge mentale plus élevée et un sentiment de bonheur plus faible que dans le reste de la population

Les politiques neuchâtelois ont réagi en améliorant les mesures de contrôle et d'aide pour les agriculteurs en détresse. Et à Fribourg? Une structure existe déjà, depuis plusieurs dizaines d'années. La cellule d'Accompagnement des exploitations agricoles en difficulté (AED) a même renforcé son champ d'action durant l'été 2019.

Détecter la détresse 

Samuel Joray, coordinateur de la cellule d'Accompagnement des exploitations agricoles en difficulté, explique: "Notre rôle, c’est avant tout la détection. On a mis en place un réseau de sentinelles parce qu’on s’est rendu compte qu’une des principales difficultés, c’est justement de pouvoir prévenir ou en tout cas détecter les situations difficiles."

Un numéro d'appel sur leur site est disponible, mais, surtout, l'entourage du monde agricole est formé par Grangeneuve. Vétérinaires, inséminateurs, comptables... Environ 220 professionnels ont été formés pour détecter des signes alarmants.

Au quotidien dans les fermes, l'AED leur demande de travailler "le radar allumé (...) et d'oser interpeller l’agriculteur! 'Est-ce que ça va? Comment tu te sens?'"

Renvoyer vers des pros 

Une fois le signalement remonté vers l'AED, Samuel Joray et ses collègues rencontrent l'agriculteur sur place, lui parlent franchement et tentent d'analyser les causes de la détresse. Financièrement, la cellule cherche des solutions en réduisant les coûts, étalant les paiements, etc. 

Et si à Grangeneuve, on peut aider pour des questions financières, les agriculteurs rencontrant des difficultés psychologiques sont redirigés vers des professionnels externes.

Solitude et séparation 

En général, l'AED reçoit au maximum deux appels par mois dans le canton de Fribourg. Le reste des dossiers arrivent par "les sentinelles". Au total, c'est un peu plus d'une trentaine de dossiers qui sont suivis par la cellule d'accompagnement. 

Lors des entretiens, la solitude du métier est souvent évoquée, notamment en cas de divorce. "Si l’épouse s’en va, les enfants aussi. On ne quitte pas son lieu de travail, on y vit aussi. On se retrouve seul à devoir loger du monde, nourrir du monde, faire le bureau", explique Samuel Joray.

Un malaise renforcé par le manque de reconnaissance. "Il y a une charge mentale plus élevée et un sentiment de bonheur plus faible que dans le reste de la population", explique Samuel Joray, s'appuyant sur une étude parue en 2024. "Le sentiment d’être un peu l’empêcheur de tourner en rond, l’image du 'pollueur'."

RadioFr. - Nathan Clément
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