Charles de Reyff: Fribourg connaît presque le plein emploi
Avec un taux de 2,8% en février, le chômage dans le canton reste "frictionnel" selon Charles de Reyff, chef du Service public de l'emploi.

Charles de Reyff, chef du Service public de l'emploi, était l'invité de la semaine de Radio Fribourg ce mercredi. Pour lui, marché du travail se porte relativement bien, mais présente une tendance à la baisse "plutôt dangereuse."
Radio Fribourg: Le taux de chômage fluctue d'un mois à l'autre, d'une année à l'autre. À quel moment faut-il s'inquiéter ?
Charles de Reyff: Le canton de Fribourg a la particularité d'avoir un marché du travail et un tissu économique très diversifié. Ce qui fait qu'on sent beaucoup moins vite les montées et les descentes. Si on avait, comme certains cantons, beaucoup de banques ou d'assurances, au moment où ces secteurs attrapent le rhume, tout le monde est malade. Chez nous, on le sent moins. Donc, il est difficile de dire à quel moment on doit vraiment s'inquiéter.
Mais il est vrai que lorsqu'on a une stabilité sur le nombre de demandeurs d'emploi, comme on l'a maintenant, alors qu'en principe, on descend au printemps pour remonter en hiver, on doit peut-être avoir un œil sur certaines entreprises, je pense en particulier à l'industrie.
Quelles explications donnez-vous pour ces chiffres de début d'année ?
Ce qu'on constate, c'est que même s'il n'y a pas de grosses faillites ou de gros licenciements qui nous sont communiqués, beaucoup de petites entreprises réduisent ou arrêtent totalement leur activité. Cela provoque des arrivées au chômage de petits nombres de personnes. Mais petit à petit, finalement, on est sur la stabilité.
Le bâtiment, comme d'habitude, connaît une baisse du taux de chômage au printemps. Les chiffres du mois de mars vont être publiés à la fin de cette semaine et on voit que c'est le domaine d'activité où on a le plus de désinscription du chômage. Mais c'est toutes les autres entreprises, par petites gouttes, qui nous envoient des demandeurs d'emploi.
En 2024, les faillites d'entreprises ont été particulièrement nombreuses en Suisse. Fribourg était le canton où il y en a eu le moins. Pourtant, on se souvient des faillites d'entreprises comme Progin, ETF et Sofravers. Est-ce que 2024 a été une année comme les autres ?
De ce côté-là, je dirais oui. Le chômage est un indicateur de la santé de l'économie. Les faillites aussi, mais ce n'est pas le principal. Pour certaines entreprises, le dommage en termes de chômage est relativement limité. Vous avez cité l'entreprise Progin: nous avons eu au plus haut 115 personnes inscrites au chômage. Aujourd'hui, cinq mois après, nous avons 16 personnes encore en recherche d'emploi, c'est-à-dire relativement peu. On voit que ce qui a été présenté publiquement comme une grosse faillite n'a pas eu de gros impacts sur l'emploi.
Une grosse entreprise va poser ses valises dans le canton de Fribourg, Rolex. Vous attendez-vous à des répercussions sur le marché de l'emploi, plutôt positives cette fois ?
L'arrivée de Rolex, c'est aussi une arrivée progressive en termes d'emploi. Puisqu'il y a déjà des activités aujourd'hui, il y a déjà des engagements. Il y a quelques années, lorsque Nespresso est arrivé à Romont, on disait sur le ton de la plaisanterie qu'on pourrait bientôt fermer l'ORP de Romont, parce qu'il n'y aurait plus de chômeurs dans le district de la Glâne.
C'est faux, parce qu'effectivement, il faut encore avoir les bons profils. Il est vrai que le taux de chômage que nous avons aujourd'hui dans le canton de Fribourg, et en Suisse aussi, est à considérer quasiment comme du plein emploi. Les gens engagés par Rolex vont avoir certainement une influence, mais dans l'intervalle, la population va augmenter. Il faut rappeler que les chiffres du canton de Fribourg, en termes d'augmentation de la population, sont toujours à la positive. Donc, il y aura une sorte d'équilibrage.
Au mois de février passé, 2,8% de la population active était au chômage. Combien de temps dure en moyenne la recherche d'emploi ?
Cela représente plus de 9000 personnes qui sont inscrites au chômage. Donc, quand je parle de plein emploi, c'est une proportion. Et on espère que ces 9000 situations trouveront des solutions.
Dans le canton de Fribourg, les trois quarts des demandeurs d'emploi restent inscrits chez nous moins de six mois. Donc, on est vraiment dans un chômage frictionnel. Bien sûr, il y a du chômage de longue durée, de plus de 12 mois. On a une proportion de gens dans cette situation. Mais, globalement, on est sur un chiffre assez intéressant et positif.
Retrouvez l'entretien complet avec Charles de Reyff: