À la chasse aux vers luisants
C'est la saison pour voir des insectes lumineux dans nos prairies. Saviez-vous que la femelle s'allume pour attirer le mâle? Reportage.
Et si on partait à la chasse aux vers luisants en ces chaudes nuits d’été? Figurez-vous qu’on peut observer ces insectes lumineux en Ville de Fribourg, dans la vallée du Gottéron. Seules les femelles émettent une lumière verte fluo en continu avec l’arrière de leur abdomen. Le but? Attirer les mâles, qui volent. Une fois l’accouplement réussi, elles éteignent définitivement leurs lanternes.
Souvent on les confond avec des lucioles, mais ces insectes ne volent pas et restent au sol. Karin Baumgartner a voulu aller voir de plus près. Elle avait rendez-vous il y a quelques jours à la tombée de la nuit avec Benoît Magnin, biologiste et membre de la société fribourgeoise d'entomologie:
Pour aider ces insectes, Pro Natura conseille de préserver des habitats naturels sombres comme des tas de branches, les haies, les pierres, et les bordures de chemin. L'association recommande également de ne pas les ramasser et de les relâcher ailleurs.
Radio Fribourg: Pouvez-vous expliquer la différence entre une luciole et un vers luisant?
Benoît Magnin: Ces insectes sont cousins, ils ont donc plusieurs points communs. Tout d'abord, la luciole vole et le vers luisant, malheureusement pour lui, il ne vole pas. Mais les deux font de la lumière. Chez les lucioles qui volent, le mâle et la femelle font de la lumière, ils s'illuminent en clignotant. Alors que chez les vers luisant, seule la femelle produit de la lumière, qui brille en continue qui reste au sol.
Quelle fonction a cette lumière?
C'est pour attirer les mâles. Le mâle, lui, a la chance de voler, il a des très gros yeux. Il patrouille en l'air dans le biotope de la vallée du Gottéron, à la recherche de ces petites lumières. Et puis quand il a la chance d'en détecter une, il se précipite dessus. C'est en quelque sorte la parade nuptiale du vers luisant qu'on observe.
Mais ce ne sera pas Hollywood?
Il ne faut pas s'attendre à ce que ces lumières clignotent ou qu'elles soient de différentes couleurs. Effectivement, le vers luisant émet une lumière verte, on dirait un peu une diode de télévision, ça c'est une chose. Et puis l'autre, c'est qu'en fait, il n'y en a vraiment pas beaucoup. Il ne faut pas s'attendre à en voir des dizaines, des centaines. Ça serait magnifique, et sûrement qu'il y a eu des endroits ou des temps où c'était le cas. Mais là, aujourd'hui, sur toute la vallée, si on en trouve une dizaine, on sera bien content.
Quel est l'impact a la pollution lumineuse?
Les insectes souffrent de la lumière des lampadaires, ou des phares de voitures. Ici il faut quand même relever que la commune de Fribourg a espacé les lampadaires et les ont remplacés aussi par des lumière qui sont dimmées. C'est-à-dire que quand il n'y a personne, le lampadaire éclaire moins, quand il y a quelqu'un, il éclaire d'avantage. Donc ça, c'est vraiment déjà quelque chose qu'il faut saluer et qu'il faudrait poursuivre.
Mais c'est vrai que quand un mâle est à la recherche d'une petite lumière verte dans la végétation et puis qu'il passe devant des projecteurs qui l'éblouissent, il y a un grand risque qu'il ne trouve pas sa dulcinée.
Est-ce que vous pouvez nous expliquer juste le cycle de vie d'un vers luisant?
Oui, alors le vers luisant, tel qu'on le voit, qui fait de la lumière, ça dure un mois, puis après le pauvre, il meurt. Mais il n'a pas une si courte vie. Parce qu'avant cette vie, il a eu une longue vie larvaire, qui dure environ trois ans. Donc on peut dire qu'il va vivre peut-être 36 mois. Et puis sur ces 36 mois, il y en a 35 sous forme de larves ou de cocon.
Et puis un mois comme vers luisant. Donc ça veut dire que ceux qu'on observe aujourd'hui, c'est ceux qui sont issus de la parade nuptiale d'il y a trois ans. Et il y a une période de l'année où on peut les voir, c'est toujours un peu autour du solstice d'été.
C'est lors des chaudes nuits d'été de juin et de juillet?
Oui, alors c'est aussi ce que j'observe. Ce qu'il faut savoir, c'est que puisque la femelle éclaire pour attirer le mâle, une fois qu'elle a réussi son coup, elle éteint.
Donc quand on voit diminuer les vers luisants, d'une certaine façon, on peut peut-être aussi se réjouir. Parce que ça veut dire que les mâles ont trouvé les femelles, que l'espèce va se perpétuer. Et puis qu'il n'y a plus aucune raison de laisser la lumière allumée.
Vous m'avez dit que ça lui coûte beaucoup d'énergie d'avoir cette lumière allumée en permanence?
Elle doit choisir entre allumer ou se reproduire. Oui, c'est comme pour nous, l'énergie n'est pas gratuite. C'est une énergie chimique qui produit cette lumière, sans chaleur, sinon elle grillerait. Mais ça lui demande de l'énergie. Cette énergie, elle l'a accumulée pendant qu'elle était à l'état larvaire.
Et elle en a une quantité finie, elle ne peut plus en acquérir davantage. Et puis elle doit choisir, si on veut bien, est-ce qu'elle l'emploie pour éclairer ou est-ce qu'elle l'emploie pour pondre des oeufs. Donc plus longtemps elle doit éclairer, moins elle aura d'oeufs à pondre.
Il y a beaucoup de mythes, de légendes autour de ces insectes, vous comprenez l'engouement?
Ah oui, moi ça me parle, c'est ce qui me motive à venir me promener ici dans la vallée, année après année, en été, pour observer ces vers luisants. Par esprit scientifique, je pense que je n'ai pas pu m'empêcher de les compter. C'est un but de promenade du soir en famille, de se promener au Gottéron la nuit, puis de regarder s'il y a des vers luisants, et s'il y en a plus ou moins d'une année à l'autre.
Certains disent que c'est des âmes errantes ou des guides vers un trésor...
C'est pour les enfants qu'on raconte ça? Il faudrait que je vérifie, ce serait le moment que je me tienne au courant. Parce que s'il y a un trésor derrière, ça m'intéresse. Moi, je n'ai rien trouvé, mais disons que c'est vraiment une grande satisfaction quand on les voit. C'est vraiment un spectacle de la nature, en fait.








