La Liberté et La Gruyère forcées à revoir leurs modèles
18 postes à plein temps supprimés, une rédaction commune et des journaux qui changeront dès le début 2027. On fait le point avec le directeur de St-Paul Médias, Serge Gumy.

RadioFr: Vous supprimez 18 postes à plein temps sur 113, ça paraît énorme. Est-ce que les finances du Groupe Saint-Paul vont aussi mal que ça pour en arriver là?
Notre bilan est sain, mais le ménage courant est déficitaire. Ça nécessite de prendre des mesures. On ne peut pas laisser la situation se détériorer. À l'horizon 2027, nous voulons renouer avec les bénéfices. Pas pour servir nos actionnaires. Simplement parce que les bénéfices, c'est la possibilité de continuer d'investir. Nous sommes en pleine transition numérique. Nous avons des besoins financiers pour mener cette transition numérique.
Les suppressions de postes touchent-elles plus certains médias? La Gruyère, La Broye ou La Liberté?
Ce n'est pas comme ça que nous avons réfléchi. Nous avons déterminé le nombre d'EPT à disposition de la future rédaction commune et nous les avons répartis entre les différents services.
Les personnes concernées par ces suppressions de postes sont-elles déjà informées? Comment ça va se passer pour la suite?
Dans un premier temps, nous allons contacter des collaboratrices et collaborateurs dont nous voulons changer le contrat. Nous allons leur proposer une autre fonction, un autre poste, respectivement peut-être un autre lieu de travail. C'est à ces gens-là que nous allons nous adresser dans un premier temps, dès la semaine prochaine.
Et c'est uniquement au mois de juin, une fois que nous saurons si nous sommes ou pas dans un cas de licenciement collectif, que nous entrerons en discussion avec les personnes directement concernées. Notre objectif, c'est de pouvoir prononcer les mesures individuelles avant les vacances d'été. Ces mesures prendront effet à la fin de l'année, mais nous voulons que nos collaboratrices et collaborateurs soient fixés avant de partir en vacances d'été.
Est-ce que la situation financière compliquée de votre groupe est aussi liée à des erreurs stratégiques prises à certains moments?
Évidemment, on peut regarder en arrière, on peut peut-être dire aussi que nous avons entamé collectivement notre transition numérique trop tardivement. Cela dit, le retard, nous l'avons rattrapé. La Liberté est aujourd'hui le média numérique fribourgeois numéro 1 dans la partie francophone, selon les chiffres d'audience, donc ça veut dire qu'il y a un gros travail qui est fait. Mais je pense qu'aujourd'hui, stratégiquement, on se remet à jour, on prend des décisions fortes, courageuses, qui sont aussi la suite d'autres décisions qui ont été confirmées, à savoir que nous voulons continuer de travailler avec trois titres, qu'économiquement St-Paul Médias a intérêt à maintenir un portefeuille à trois titres, que ces titres ont chacun une vocation particulière, une raison d'être et un avenir.
Qu’est-ce que ces suppressions de postes vont changer pour le travail des rédactions? Et pour le contenu des journaux? Vous allez couvrir moins de sujets internationaux, suisses, sportifs ou culturels?
La Liberté va rester un journal généraliste qui va continuer d'informer ses lecteurs sur ce qui se passe hors des frontières du canton de Fribourg. Les Fribourgeois sont aussi citoyens d'un pays, citoyens du monde et donc ils doivent être informés. La question qui se pose c'est: est-ce que nous continuerons à produire chez nous autant de matière généraliste qu'aujourd'hui? De fait non. Et donc, nous allons nous recentrer davantage sur le régional.
Autre changement important: vous devez avoir terminé le journal (La Gruyère et La Liberté) plus tôt. L'horaire de bouclage sera avancé à 19h50. Ça veut dire que tout ce qui se passe le soir, comme les assemblées communales, les matchs de Gottéron, ou les résultats sportifs, c’est fini?
C'est clair que ces horaires de bouclage vont conduire à revoir complètement le contenu du journal papier. Mais nous avons nos supports numériques. Et les supports numériques vont pouvoir accueillir l'information chaude. Pensez aux matchs de Gottéron. Aujourd'hui déjà, ils sont commentés en direct. La Liberté poursuivra ces live tickers. À la fin de la rencontre, on trouvera sur le numérique la valeur ajoutée de nos experts : les tops, les flops, les étoiles, ce qu'ils ont aimé, les interviews des joueurs. Donc le numérique servira à l'actualité chaude. En revanche, le journal papier sera plus froid, davantage dans le recul et l'approfondissement. Et nous allons présenter ces prochains mois de nouveaux rendez-vous qui vont rythmer la semaine.
Vous dites aussi que vous devez investir dans le numérique. Vous avez développé votre nouvelle application, et vous en annoncez une autre pour début 2027? On ne comprend pas bien là.
Nous avons fait de gros efforts au niveau de la transition numérique, non seulement au niveau de ce que nos lecteurs voient, la vitrine, mais aussi au niveau du moteur (système éditorial, identification, gestion des abonnements). Nous avons développé une technologie, une progressive web app, qui ne correspond pas bien aux besoins du marché. Nous sommes en train de développer une nouvelle application native qui se retrouvera dans les stores et qui va permettre à La Liberté d'accélérer sa transition vers le numérique.
Vous aurez à l'avenir une rédaction commune. Alors est-ce qu’on garde vraiment trois titres distincts ou, quand j’ouvrirai La Gruyère, La Liberté ou La Broye, ce sera finalement le même média avec quelques particularités régionales?
Nous avons déjà la chance d'expérimenter ce système entre La Broye Hebdo et La Liberté depuis septembre 2025. Je suis très attentif comme éditeur, mais aussi comme lecteur, à ne pas lire des journaux identiques. La Broye Hebdo ne doit pas être avec retard le réceptacle de contenus que j'ai déjà lus dans La Liberté. Nous n’avons pas fixé des valeurs maximales, mais de manière très intuitive, les équipes se rendent bien compte qu'elles ne doivent pas fournir trop de têtes de page qui se retrouvent de l'un à l'autre. Ce qui se fait aujourd'hui avec succès à Payerne sera fait du côté de Bulle. Nous avons un nombre important de doubles abonnés, et donc nous devons ménager ces gens-là et faire en sorte qu'ils n'aient pas l'impression de lire deux fois le même journal. Nous y serons très attentifs.


