"C'est aujourd'hui que ça se décide, pas demain"

St-Paul Médias a annoncé jeudi la suppression de 18 équivalents plein-temps (EPT). Deux semaines plus tôt, Alizée Rey déposait au Grand Conseil une question - avec David Bonny - sur le même sujet.

La Liberté, La Gruyère et La Broye Hebdo sont impactés par ces nouvelles mesures. © KEYSTONE / La Télé

Saint-Paul Médias annonce la suppression de 18 postes, dont 13 dans la rédaction. Quelle est votre première réaction?

C'est un choc, un coup dur pour la presse, pour le journalisme, pour la qualité de l'information. Et puis aussi pour la démocratie et l'importance de pouvoir communiquer sur ce qui se passe dans nos régions.

Par hasard du calendrier ou pas, vous aviez posé une question il y a deux semaines au Grand Conseil avec votre collègue David Bonny...

C'est une coïncidence. Il y a déjà un an, il y avait eu un début de restructuration, et ça laissait entendre que ça n'était peut-être pas terminé. Après un an, il fallait aussi savoir où on en était au niveau des aides. C'était donc plus une coïncidence que quelque chose de planifié de notre côté.

Cette annonce valide-t-elle la pertinence de votre question?

Oui, malheureusement. Maintenant il va falloir trouver des solutions. C'est aussi la demande dans notre question — pas seulement faire un état des lieux, mais voir quelles pistes l'État de Fribourg peut apporter, et quelles autres solutions peuvent exister en dehors. Il y a des réflexions à mener. Des choses ont déjà été faites, mais on peut aller encore plus loin.

Avec votre question, n'arrivez-vous pas trop tard après la bataille?

C'est toujours difficile, le timing n'est jamais idéal dans ces moments-là. Je dirais que tant qu'on a encore une presse régionale et cantonale, il n'est pas trop tard, mais il faut agir vite. Et le travail ne date pas d'il y a deux semaines — il y a eu des interventions depuis plusieurs années. C'est un travail de longue haleine, et il faudra continuer à prendre les bons virages pour ne pas se retrouver sans médias cantonaux.

Qu'est-ce que vous demandez au canton?

Il y a déjà un soutien à la transition numérique, une partie de l'aide a été mise en place. Mais je pense qu'il faut aller plus loin. Je n'ai plus de version papier de La Liberté, je lis tout en ligne, pour des raisons pratiques. Il faudra accentuer cette phase de transition! Sans oublier qu'il y a encore beaucoup de lecteurs qui lisent le format papier, l'aspect numérique est essentiel pour l'avenir.

Faire lire les jeunes, c'est aussi un défi?

Oui, c'est un défi. Il y a déjà des choses mises en place, notamment avec des formats vidéo, parce que la presse écrite doit se diversifier. Ma collègue Marie Levrat avait aussi déposé une motion pour offrir une année d'abonnement à un journal local ou cantonal aux jeunes. C'est une bonne piste, à mon avis, pour continuer à faire lire les jeunes et les amener à s'informer via des médias de qualité.

Les médias n'ont-ils pas besoin de trop d'aide?

Je ne pense pas. Si on ne le fait pas, on voit dans les pays voisins ce qui se passe — la presse est en difficulté, et elle finit souvent rachetée par des milliardaires, ce qui pose la question de l'indépendance du journalisme. C'est un grand problème aujourd'hui, avec ce qu'on appelle les fake news. Il est essentiel de pouvoir compter sur un journalisme de qualité, avec une information vérifiée et neutre. C'est fondamental dans une démocratie comme la nôtre, où on vote plusieurs fois par an. Et ce n'est pas avec de grandes structures qu'on pourra mettre en valeur tout ce qui fait la richesse de notre canton.

Cette annonce va-t-elle changer quelque chose pour vous? Accélérer le processus?

Il faut agir. Laisser le processus se dérouler, oui, mais être plus proactifs. On réalise qu'il y a de grandes difficultés. On ne peut pas se retrouver dans un an ou deux avec une nouvelle annonce de restructuration. Il faut vraiment miser sur l'avenir — et c'est aujourd'hui que ça se décide, pas demain ou après-demain.

RadioFr. - Nathan Clément
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