"La santé sexuelle concerne tout le monde"

À l’occasion des 40 ans du Centre fribourgeois de santé sexuelle, Carole Bielmann-Brodard évoque les tabous, les jeunes et les défis numériques.

La cheffe du CFSS était présente sur l'antenne de Radio Fribourg à l'occasion des 40 ans du Centre fribourgeois de santé sexuelle. © Léo Martinetti/Envato

Depuis quarante ans, la santé sexuelle a pris une place grandissante dans la société fribourgeoise. Mais entre les questions qui restent difficiles à aborder, les risques liés aux outils numériques et une demande croissante de consultations, le travail de prévention est loin d’être terminé.

À la tête du Centre fribourgeois de santé sexuelle (CFSS) depuis 2014, Carole Bielmann-Brodard accompagne l’évolution de cette institution. Avec ses antennes à Fribourg, à Bulle et à Guin, le centre informe, conseille et accompagne la population à toutes les étapes de la vie.

Au micro de Radio Fribourg, sa cheffe revient sur les transformations de la santé sexuelle, les nouveaux publics qui sollicitent ses services et les défis auxquels son équipe est confrontée. Elle évoque aussi les sujets qui demeurent tabous, l’impact des réseaux sociaux et les moyens nécessaires pour répondre aux besoins.

L'interview de Carole Bielmann-Brodard

RadioFR: Que signifie exactement la santé sexuelle?

Carole Bielmann-Brodard: La santé sexuelle, c'est selon l'OMS, un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social dans le domaine de la sexualité. C'est la possibilité d'avoir des expériences sexuelles agréables, à moindre risque, sans contraintes, discriminations ni violences. Et pour préserver et acquérir cette santé sexuelle, il faut aussi que les droits sexuels soient garantis. Et ce sont des droits humains.

Qu'est-ce que la création du centre a changé dans le canton de Fribourg?

Alors, déjà, l'existence du Centre de planning familial et d'information sexuelle provient d'une loi fédérale sur les centres de consultation en matière de grossesse. Et ça a donné un accès à une consultation psychosociale pour la population. À l'époque, c'était plutôt des jeunes filles qui venaient consulter. Ensuite, il y a eu, à la fin des années 80, l'apparition du sida et la fin de l'insouciance. Donc ça, ça a quand même changé un peu aussi le mandat du CFSS, qui a eu aussi le mandat de prévention des infections sexuellement transmissibles et du VIH, et aussi la prévention des abus. Petit à petit, le champ de la santé sexuelle s'est élargi. Maintenant, la santé sexuelle concerne tout le monde et elle est vraiment un élément de la santé globale.

Les personnes qui viennent, c'est des personnes qui viennent seules, en couple, pour trouver un espace bienveillant, sans jugement, pour pouvoir parler librement de leur santé sexuelle.

Quels profils de personnes font aujourd'hui appel à vos services?

Il y a 10 ans, 47% des personnes qui venaient en consultation étaient âgées de moins de 20 ans. Aujourd'hui, ces dernières années, on est plutôt entre 32% et 36%. On voit qu'on a beaucoup plus de personnes adultes qui viennent, aussi des hommes. Surtout depuis qu'on a proposé des offres de tests de dépistage, aussi des autres infections sexuellement transmissibles à tarifs préférentiels. Ça a vraiment ouvert aussi le centre aux hommes. Les personnes qui viennent, c'est des personnes qui viennent seules, en couple, pour trouver un espace bienveillant, sans jugement, pour pouvoir parler librement de leur santé sexuelle, trouver des réponses à leurs questions, trouver des ressources.

Malgré une parole plus libre sur la sexualité, quels sujets restent tabous?

Oui, alors, il y a encore aujourd'hui des sujets tabous. Dans certaines familles, par exemple, le dialogue n'est pas très ouvert. Ou, par exemple, des thèmes comme les règles, ou la ménopause. On en entend maintenant de plus en plus parler. Mais c'est des sujets qui restent quand même bien tabous. Et c'est justement l'avantage du CFSS, d'avoir cet espace pour vraiment pouvoir en parler, et aussi pouvoir trier toutes les informations qui se trouvent actuellement, aujourd'hui, un peu partout, notamment sur les réseaux sociaux.

Il y a beaucoup de harcèlement, d'intimidation qui touche des élèves de plus en plus jeunes en ligne.

Quels nouveaux enjeux occupent le plus votre équipe aujourd'hui?

Les prestations du Centre fribourgeois de santé sexuelle évoluent aussi toujours avec la société, avec les besoins, avec aussi les changements au niveau légal, les progrès de la médecine. Ce qui fait qu'il y a toujours des nouvelles thématiques qui arrivent. Par exemple, on a beaucoup plus de situations aujourd'hui en lien avec l'usage des outils numériques, ou des situations aussi de cyber-violence. Il y a beaucoup de harcèlement, d'intimidation qui touche des élèves de plus en plus jeunes en ligne.

La prévention auprès des jeunes est-elle suffisante face à ces risques?

Alors, c'est déjà bien qu'on intervienne. Le CFSS intervient quatre fois durant la scolarité obligatoire. Il y a aussi la brigade des mineurs qui intervient pour la prévention liée aux écrans. Il y a aussi toute l'école numérique. Donc, on n'est pas les seuls à faire de la prévention au niveau de l'utilisation des outils numériques. Mais c'est vrai, plutôt, on le fait, mieux c'est. Et puis, je pense qu'on pourrait en faire encore un peu plus, comme c'est le cas, par exemple, dans d'autres cantons romands.

Votre équipe a-t-elle suffisamment de moyens pour répondre à la demande?

On mène nos missions du mieux qu'on peut, avec les moyens qu'on a à disposition. Idéalement, on devrait être un petit peu plus de personnes. Effectivement, on est très, très sollicités. On reçoit chaque jour de nombreux téléphones à la permanence, des e-mails. Au niveau des téléphones, on a eu plus de 4000 appels l'année dernière. Il y a 10 ans, on en avait plutôt 2900. Donc, on voit qu'il y a un intérêt qui est grandissant ces dernières années pour la santé sexuelle, ce qui est positif. Mais effectivement, il nous arrive de devoir prioriser que ce soit certaines prestations ou certains publics cibles. Par exemple, pour la consultation médicale, on va vraiment prioriser les jeunes. Pour les dépistages des infections sexuellement transmissibles, ça nous arrive aussi parfois de devoir réorienter des personnes adultes pour prioriser peut-être celles qui en ont le plus besoin. Mais idéalement, on pourrait en faire plus, oui.

L'interview complète de Carole Bielmann-Brodard pour Radio Fribourg:

RadioFr. - Léo Martinetti
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