La vente du Rex à Fribourg entravée par les biens culturels

Le confiseur Gérald Saudan a renoncé à racheter le tea-room, à cause des exigences du Service pour conserver le mobilier intérieur.

L'extérieur du Rex, comme les vitrines et les façades, est protégé, mais aussi son mobilier, à l'intérieur. © Frapp

Son charme vintage, ses banquettes et fauteuils verts, ses murs saumon capitonnés, son ex-serveur star Pepino, son emplacement idéal au début du boulevard de Pérolles, à Fribourg... Gérald Saudan, propriétaire du tea-room du même nom à la route de Villars, à Fribourg, rêve de la confiserie Rex depuis plusieurs années. Lorsqu’il apprend que Jean-Daniel Delley cherche à remettre son commerce, Gérald Saudan manifeste tout de suite son intérêt.

L’automne dernier, les deux professionnels de la boulangerie-pâtisserie se mettent d’accord sur les conditions de la vente, qui est prévue pour la fin de l’année 2024. Mais là, surprise! Selon nos informations, deux jours avant la signature du contrat, en octobre, le Service des biens culturels leur annonce que l’intérieur du commerce est, lui aussi, protégé.

Un tea-room des années 40

«Le tea-room a été construit en même temps que le bâtiment, en 1948. Il a été agrandi et réaménagé dans les années 70. L’immeuble est mis sous protection depuis 2016 en catégorie B2. La protection s’étend sur les façades, les vitrines, les toitures, mais aussi sur une partie des aménagements intérieurs, comme le mobilier fixe», détaille Stanislas Rück, chef du Service des biens culturels du canton de Fribourg.

Gérald Saudan était déjà au courant que l’extérieur du bâtiment était protégé, mais il découvre que la configuration intérieure ne peut pas être modifiée. Son projet initial tombe à l’eau. Une fois la nouvelle digérée, le confiseur travaille avec son architecte sur une nouvelle variante. Refusée à nouveau par le Service des biens culturels. Au final, Gérald Saudan soumet quatre projets différents à l’État de Fribourg, avec un pré-avis négatif à chaque fois.

Le confiseur finit par jeter l’éponge au mois de novembre dernier, très déçu et ne comprenant pas la position du Service des biens culturels. «Nous avons perdu beaucoup de temps et d’argent, que ce soit pour notre architecte ou pour différents devis en menuiserie ou maroquinerie. Rénover le tea-room avec ces conditions nous coûterait au moins 1,5 million de francs, ce n'est pas possible! Notre projet était pourtant réfléchi, respectueux de l’âme du lieu, mais avec une partie plus moderne. Le laboratoire, par exemple, n’est plus aux normes et doit de toute façon être remplacé», regrette Gérald Saudan.

Banquettes et capitonnages non négociables

Le Rex est-il condamné à rester dans son jus? Stanislas Rück assure de son côté qu’une marge de manœuvre est possible et qu'il est d’accord de négocier… jusqu’à un certain point. «Le magasin et le point de vente peuvent être revus. Mais ce qui fait le caractère principal du lieu, comme l’aménagement du tea-room avec ses banquettes et ses capitonnages sur les murs, doit être préservé», insiste le chef du Service des biens culturels.

Il se défend de mettre des bâtons dans les roues de l’économie fribourgeoise. «Absolument pas, bien au contraire. La transformation du patrimoine est une clef de sa conservation. Si on ne peut pas amener un lieu tel que le Rex vers la prochaine génération d’usagers, il est perdu. C’est dans notre intérêt de trouver un repreneur, mais il faut trouver un juste milieu entre faire table rase et tout garder. On cherche des solutions, pas à empêcher des solutions. D’autres projets sont actuellement en cours pour le Rex», assure Stanislas Rück.

L’exploitant actuel de l’emblématique tea-room situé à Pérolles 5, Jean-Daniel Delley, n’a pas souhaité s’exprimer sur la remise de son commerce, après 46 ans d’activité (dix en tant qu’employé et 36 en tant que patron).

RadioFr. - Isabelle Taylor
17 commentaires
Pam Wicht
07 mars 2025 à 17:57
C'est quand même grave de tourner l'article ainsi. Pour rappel : y a des règles pour préserver notre histoire et du coup notre tourisme....c'est pas "tout garder", si c'est enregistré c'est qu'ils sont déjà rares, donc à préserver ! Vous êtes généralement bien contents quand vos enfants vont au musée, ou quand en voyage vous visitez des monuments! M.Saudan est seul responsable de ses choix.
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Pam Wicht
07 mars 2025 à 18:05
J'ajouterai que heureusement, à un moment, y en a qui se disent "c'est bien de garder", sinon tous les monuments auxquels vous portez de l'intérêt maintenant, n'existeraient pas.
Matthieu Raemy
06 mars 2025 à 00:01
Un énorme bravo au Service des Biens culturels! Le Rex est l'un des derniers endroits avec un cachet historique a Fribourg. La rénovation du Café des arcades a Fribourg démontre qu'il est tout à fait possible de réaménager et moderniser un Café historique tout en respectant ses aménagements intérieurs. Le Rex peut tout à fait être le prochain à suivre ce bel exemple!
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genoud yvan
08 mars 2025 à 08:19
qui va payer ? Le futur locataire ou nous, encore une fois avec nos impôts ?
Jacques Volery
05 mars 2025 à 17:17
Entre Periard en décrépitude depuis des années à la rue de Lausanne en voilà une idée lumineuse pour éteindre le centre ville 🤣
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Lauper Stéphane
05 mars 2025 à 08:50
il faut que les politiques redéfinissent le principe et la mission du Service des biens culturels. ce Tea-room Rex ou la gare de Sugiez, etc.. Quelle est l'importance de ce genre de bien immobilier?!?! pensez-vous vraiment que ces endroits vont inspirer plusieurs générations à l'admiration?? Ces biens n'ont aucun cachet, aucune "Valeur". Oui pour: le Palais Fédéral, le Musée Bilbao, le Louvre...
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Lauper Stéphane
05 mars 2025 à 08:54
un château, une maison de maître particulièrement enrichi d'un cachet ou d'une histoire prépondérante pour la légitimité de notre histoire, bien sûr je suis d'accord. En tant que citoyen du canton et de la ville, je préfère des investissements dans la modernisation, la vie des villes et campagnes, une volonté des politiques à simplifier et dynamiser l'économie et les courageux entrepreneurs
RHEME Michel
05 mars 2025 à 06:54
L'hôtel du Moléson à Villars-sur-Glâne deviendra une mosqué et centre culturel musulman. Ce tea room n'est pas une relique. Tout est usé et moche la bas dedans. Place à la nouvelle génération il me semble.
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Marc Marc
04 mars 2025 à 19:53
avec une logique pareil, il aurait fallu garder les cabanes en bois de la préhistoire. un commerce n'est pas un musée. si le service des biend culturels souhaite en faire un musée, qu'il sorte le chéquier. et que cela passe en votation populaire de savoir si les impôts doivent financer ce musée ou pas
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Pam Wicht
07 mars 2025 à 18:01
Malheureusement le bois ne tient pas autant de temps XD. Mais il y a des belles reconstitutions que beaucoup de touristes (qui ramènent de l'argent) adorent visiter !!
Baeriswyl Denis
04 mars 2025 à 19:24
Génial des fonctionnaires pénalisent deux commerçants et nous, qui ne voulons pas vivre dans des vieilleries. Et qui les paient ces gens ? Et pour le grand Rex ils dormaient ?
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Alex Terieur
04 mars 2025 à 18:57
Vraiment dommage alors qu'un artisan local cherchait à reprendre le site et avait certainement un superbe projet au moins au niveau gustatif... A trop vivre dans le passé parfois, on va se retrouver à vivre dans un musée
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Ben Oui
04 mars 2025 à 18:41
C’est effectivement bien dommage mais ne vous en faites pas, il y aura bien un barber ou un patron de kebab qui sera d’accord de garder le capitonnage au mur… avec bien entendu toutes les conditions des biens culturels!
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Martin Wettstein
04 mars 2025 à 18:26
Déplorable. Mais tellement facile d’imposer quand on ne doit pas payer soi même. Ces gens n’ont jamais été entrepreneurs. Ils auront eu gain de cause quand ça restera éternellement fermé …
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De Bulle Jules
04 mars 2025 à 18:16
c'est hallucinant. Bientôt, ces gens vont venir dans votre cuisine et vous interdire de changer votre table car vous la traîner de vos parents et elle a 60 ans... franchement il ne faudrait pas s'y prendre autrement pour que personne ne reprenne, que ça ferme définitivement et que tout pourrisse à l'intérieur. bravo
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Cunni Lingus
04 mars 2025 à 17:32
Rück et son salaire de ministre se fiche complètement de l’économie fribourgeoise, comme les bobos de la commune
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Alex Terieur
04 mars 2025 à 18:55
Mais là hélas pour vous et votre haine aveugle, la commune n'y est pour rien. C'est au niveau cantonal. Essayer de vous intéresser à vos institutions avant de cracher sur tout ce qui bouge 😉
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