"L'année la plus difficile est celle après le titre"
Une victoire tant attendue, et après ? Le président sortant de Gottéron, Hubert Waeber, raconte la nuit du titre, les choix qui l'ont rendu possible, et ce qu'il reste encore à construire.

Est-ce que vous auriez pu imaginer une telle fin ?
Je l'avais imaginée, espérée, presque visualisée. Pourtant, au deuxième et troisième tiers, j'avais beaucoup de soucis et je me suis dit que ça allait être difficile. Quand on est arrivé en prolongation, je me suis dit que de toute façon, il faut de la chance — et s'il y a quelqu'un qui la mérite, c'est Gottéron, après 46 ans. Là, je me suis calmé, persuadé qu'un de nos joueurs allait mettre cette rondelle au fond. Et c'est arrivé. Sensationnel.
Qu'est-ce que ça représente pour toute l'organisation ?
Une satisfaction énorme. On avait établi un plan en 2019, avec une vision claire: aller chercher le titre d'ici 2025. Beaucoup de gens m'ont dit qu'on n'avait pas les moyens, ni la patience. Des joueurs comme Berra, Glauser ou Bykov sont venus chez nous parce qu'ils ont cru en ce projet. La pandémie nous a retardés d'une année, mais un an de retard, c'est normal.
Qu'est-ce qui a fait la différence cette saison par rapport aux années précédentes ?
La profondeur de banc. L'an passé, en demi-finale contre Lausanne, deux blessés suffisaient à fragiliser toute l'équipe. Cette année, on savait qu'on avait cette largeur. La troisième et la quatrième ligne ont bossé comme la première et la deuxième — c'est ça qui a fait la différence. Des joueurs qui n'étaient pas des éléments clés au départ le sont devenus pour la finale. Et ça, ça ne s'improvise pas: en cinq ans, le budget du moment junior est passé de deux à trois millions de francs. Les Ladies, qui n'avaient pratiquement aucun budget, disposent aujourd'hui de 300'000 francs. La nouvelle patinoire nous a permis de tout élever progressivement.
C'est votre dernière saison comme président. Quel message laissez-vous à vos successeurs ?
L'année la plus difficile, j'ai toujours dit que ce sera celle après le titre. Tout le monde a tout donné et une fois l'objectif atteint, on se demande ce qu'on vise désormais. Ma réponse est claire: le but doit être d'aller chercher le deuxième titre, le troisième, le quatrième. On a bâti une organisation capable de se battre chaque année dans le top quatre. Il y aura des saisons où tout s'aligne comme cette année et on enchaînera.
Il y a eu des critiques sur les prix des billets. Que répondez-vous ?
Je comprends tout à fait. Je me rends compte qu'une soirée à la patinoire en famille, ça coûte. Mais on n'a pas de mécène. Pour jouer en haut du classement, on a besoin de ce budget, et ce budget repose sur nos fans et nos sponsors. C'est grâce à eux qu'on est là, et je leur en suis profondément reconnaissant.
Et pour vous, la suite ?
Gottéron restera mon club de cœur. Je vais quitter le conseil d'administration, mais je reprends la présidence de la Fondation Gottéron. On a de grands projets: du développement du hockey dans tout le canton, un travail d'archives, et un musée Gottéron. Pas une simple vitrine de maillots et de bâtons, mais un espace vivant, avec de la 3D, des dispositifs immersifs. Le projet avance depuis deux ou trois ans déjà. Et pour ma succession à la présidence, je suis pleinement serein. Mon vice-président est prêt, l'organisation tourne. Je suis très confiant que ça va bien continuer.


