À Cheyres, le célèbre verger de cerises tire sa révérence
Le deuxième plus grand producteur de cerises du canton stoppe son activité à Cheyres. Après des saisons compliquées dues aux parasites et au manque de main d'œuvre.
Chaque été, Julien Michel produisait entre 4 et 6 tonnes de cerises dans le verger familial. Après vingt ans passés à chouchouter les 230 arbres de la parcelle, il prend aujourd’hui la décision d’arrêter, à contrecœur. Au moment d’abattre les cerisiers, les émotions et les souvenirs le submergent. "Depuis tout petit, je m’occupais de cueillir les fruits avec mes parents. J’avais greffé mes cerisiers pendant le service militaire, j’avais demandé pour prendre congé un vendredi exprès. C’était vraiment ma passion, la culture de cerises", raconte le Fribourgeois.
Mais la passion ne suffit plus à faire tourner les 6000 mètres carrés de l’exploitation, même avec l’aide de trois à quatre personnes en haute saison. "J’ai dû faire beaucoup de sacrifices, même si j’arrivais tout à vendre au bord de la route: grosse charge de travail, trouver du personnel, des logements pour eux, les vols sur le stand augmentent aussi", confie Julien Michel.
Ravageur vorace
Malgré un microclimat favorable et un risque de gel limité dans la région, la cerise reste un fruit particulièrement fragile. Ces dernières années, la pression des parasites s’est accentuée. Pour protéger sa récolte, le producteur cheyrois a investi dans des filets et des dispositifs spécifiques. "J'ai des collègues qui voulaient planter et qui ont finalement abandonné", raconte-t-il.
D’autres encore ont également tout coupé. Le fléau des arboriculteurs est la drosophila suzukii: un ravageur originaire d'Asie, qui attaquent les fruits avant maturité. "En quelques jours ils tournent en vinaigre, deviennent flasques et ont des larves à l'intérieur", déplore-t-il. Cette mouche invasive pond ses œufs dans les fruits encore sur l’arbre, rendant la récolte impropre à la vente en quelques jours seulement.
Plusieurs cordes à son arc
Malgré cette page qui se tourne, Julien Michel imagine déjà la suite. Il prévoit de transformer sa parcelle en prairie écologique, favorable à la biodiversité. À côté, il poursuit ses activités à la distillerie, mais aussi dans les vignes et dans le paysagisme.
Côté durabilité, les pertes sont modérées. Les cerisiers, cultivés de manière intensive, auraient de toute façon dû être arrachés d’ici sept ans, leur durée de vie étant d’environ vingt-cinq ans. Le bois sera quant à lui revalorisé et servira à alimenter la chaudière familiale.


