A Morlon, Le Gruyérien sert ses derniers plats

L’hôtel-restaurant ferme ses portes ce jeudi après 70 ans d’existence. Sa patronne, Elisabeth Yerly, tourne la page avec émotion et dignité.

Le Gruyérien est au coeur du village de Morlon. Il a vue sur le lac de la Gruyère © Radio Fribourg

Juste avant la fermeture définitive de son hôtel-restaurant, Le Gruyérien, Elisabeth Yerly nous reçoit dans ce lieu mythique. La patronne de l'établissement a les yeux qui brillent et la gorge qui se serre. Cette dernière semaine n'est pas facile à vivre. "J'ai toujours fait ce métier avec passion, mais je sens que la charge est devenue trop grande." "Toutoune", comme beaucoup la surnomment, a vendu son affaire. Du nouveau propriétaire et de ses intentions, elle ne peut pas en dire beaucoup. "Ce ne sera plus un hôtel ni un restaurant, comme maintenant. Mais je souhaite que ça reste un lieu d'accueil."

Elisabeth Yerly

En revanche, elle se livre plus volontiers sur ses souvenirs. "Je suis arrivée en novembre 1976. J'ai épousé Pierre en 1977 et nous avons repris l'hôtel-restaurant de mes beaux-parents en 1979." Elle a donc passé près de 50 ans à faire tourner l'établissement, ouvert 20 ans plus tôt. Elle a mené de front vie professionnelle et vie familiale - les Yerly ont eu 3 fils. "Heureusement, j'avais l'aide de mes proches. Mais tout était à manager. Quand mes enfants ont commencé à être indépendants, j'ai réalisé que cette période avait été dure."

Nos clients ont célébré des baptêmes, des mariages, des anniversaires ici. Ils étaient comme chez eux. Pour moi, c'était ça le plus important.

Mais la septuagénaire n'a aucun regret. Avec son mari pendant de nombreuses années, puis après son décès en 2016, elle a toujours travaillé avec passion. "Nos clients ont célébré des baptêmes, des mariages et des anniversaires ici. Ils étaient comme chez eux. Pour moi, c'était ça le plus important." Une ambiance simple et chaleureuse qui a séduit des hôtes venant d'un peu partout. Des Suisses bien sûr, mais aussi des Français, des Allemands, des Américains ou cette famille de Danois, devenus au fil du temps des amis.

Une équipe soudée

"Je travaille ici depuis 30 ans. C'est la grande famille de Morlon. Chaque fois qu'un nouveau arrivait, on l'accueillait de notre mieux!" Pour Georgette, l'une des employées du Gruyérien, pas facile non plus de tourner la page. Heureusement, un joli défi attend la quinquagénaire à la fin de l'été. Un nouveau job dans un établissement qui forme des jeunes en situation de handicap.

Christophe Bron, l'un des deux cuisiniers

Sur la douzaine de salariés qu'emploie Le Gruyérien, la majorité a déjà retrouvé un poste. C'est réconfortant, selon Christophe Bron, l'un des deux cuisiniers de l'hôtel-restaurant avec Christophe Savoy. En pleine préparation du service de midi, le chef explique la difficulté à gérer les stocks en cette dernière semaine d'exploitation. "On achète au jour le jour. Il y aura sûrement des restes, mais on limite la casse." Dans la mesure du possible, tous les plats à la carte seront servis jusqu'au bout.

Pendant qu'on s'affaire en cuisine, Elisabeth Yerly discute en salle avec Yvar Gapany. Sa boucherie, les Saveurs de la Gruyère, fournit le restaurant depuis des années. La fermeture de l'établissement l'attriste: "C'est une entité qui fait vivre le village. C'est une belle terrasse et on est magnifiquement bien accueilli. Mais Madame Yerly a le droit de s'arrêter." Il regrette toutefois que la commune n'ait pas racheté le lieu et que lui-même ne se soit pas suffisamment mobilisé pour un tel projet.

Retour aux fourneaux

Mais l'heure n'est pas (encore) à la nostalgie. Jusqu'à jeudi soir, l'équipe reste sur le pont pour servir sa chère clientèle. Ce n'est qu'après qu'Elisabeth Yerly goûtera un repos bien mérité. "Je ne veux pas parler de retraite, mais d'une nouvelle page de ma vie. J'ai envie de faire plein de choses, comme si j'avais 40 ans!" Sur sa to-do list: un ou deux voyages, partager des moments avec ses proches et ses amis, mais aussi rester à la maison tranquille, sans que le téléphone ne sonne en permanence. "Il faudra aussi que je réapprenne à faire à manger. Je n'ai plus préparé de repas depuis 50 ans. Ce sera mon plus gros challenge!"

La dernière semaine du Gruyérien, notre reportage: 

RadioFr. - Sarah Camporini
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