Léo Constantin: les forêts rendent "un service inestimable"
Pro Natura veut acheter plus de parcelles forestières dans le canton et souligne leur rôle essentiel, au-delà de la vente de bois.

Depuis trois ans, l'association rachète des parcelles boisées pour constituer des réserves de forêts naturelles. Après avoir atteint son premier objectif de soixante hectares en trois ans, Pro Natura a investi de nouveaux fonds pour continuer ce projet. Léo Constantin nous en parle.
Radio Fribourg: pourquoi acquérir ces parcelles de forêts dans le canton?
Léo Constantin: Tout est parti d’un constat, il y a trois ans, que la biodiversité forestière ne se porte pas très bien, de manière générale en Suisse et sur Fribourg également. À l’occasion des 60 ans de la section, on a voulu tenter de créer soixante hectares de réserves forestières.
Ce qui se passe dans des réserves forestières, au contraire des autres types de forêts, c’est qu’elles ne sont pas exploitées. On ne coupe pas de bois, ce qui permet à très long terme de développer un type de forêt très différent. On parle de vieux arbres, de gros arbres avec beaucoup de bois mort, qui sont bénéfiques pour une multitude d’espèces qui en ont grandement besoin.
En quoi est-ce bénéfique pour les animaux et pour tous les écosystèmes autour?
Une forêt naturelle aura des taux de bois mort énormes, plusieurs centaines de mètres cubes par hectare. Dans les forêts exploitées en plaine, on en trouve quelques dizaines au maximum.
Beaucoup d’espèces ont besoin de ce bois mort pour vivre: par exemple, pour pondre leurs larves ou tout simplement pour se nourrir. Beaucoup de ces coléoptères du bois, qu’on appelle saproxyliques, mangent le bois mort, et toutes ces espèces ne peuvent pas vivre sans cette présence.
Davantage d'insectes, cela veut aussi dire davantage d'animaux en bout de la chaîne?
Exactement. Au final, un écosystème, c’est un milieu très complexe: il y a beaucoup d’espèces qui sont interdépendantes. Il y a celles qui mangent du bois, celles qui mangent celles qui mangent du bois, les oiseaux qui mangent les plus gros insectes, etc. Donc, au final, c’est l’ensemble de notre milieu forestier qui dépend d’une grande diversité. Ces milieux sont beaucoup plus résilients s’ils sont plus diversifiés.
Cela fait trois ans que vous avez lancé le projet. Depuis 2026, le budget a été augmenté, vous disposez d'une nouvelle enveloppe de cent mille francs sur quatre ans. L'initiative prend de l’ampleur?
Oui, ça marche bien. On a fait une première phase test d’une année, puis on a renouvelé pour deux ans. Maintenant, on constate que c’est un projet qui a pris de l’ampleur. On a de la demande et plusieurs projets en cours. Depuis deux semaines, j’ai un nouveau collègue, qui m’a rejoint, nous sommes donc deux personnes pour nous consacrer à ce projet et créer le maximum de réserves forestières.
Quels sont les obstacles qui freinent cet achat de forêts par Pro Natura?
Plusieurs choses influencent le résultat. La première, c’est la volonté des propriétaires: certains sont moins motivés, hésitent ou rechignent à cause des prix que nous proposons, et qui ne sont pas assez hauts.
Parfois, il y a d’autres obstacles. C’est principalement le cas quand les parcelles comportent aussi des bouts de zones agricoles, notamment des alpages dans les Préalpes. Ce sont alors des parcelles soumises au droit foncier rural. Il y a tout un autre corpus de lois qui fait qu'on ne peut pas acheter facilement ces forêts. Il faut développer le projet plus en avant, notamment avec l’autorité foncière cantonale, pour atteindre ces objectifs.
Pour les propriétaires, vendre leurs parcelles veut dire qu’ils ne peuvent plus exploiter le bois. C’est donc une ressource économique en moins. Quels intérêts ont-ils à vous vendre, et comment conciliez-vous ces différents intérêts pour les convaincre?
Il existe plusieurs types de propriétaires. Certains exploitent beaucoup leurs forêts et veulent continuer. Ceux-là, en général, n’ont pas envie de faire des réserves, et c’est tout à fait ok — on a aussi besoin de bois. D’autres ne sont pas très intéressés par l’exploitation: ils ont hérité de ces forêts de leurs parents ou souhaitent simplement mettre une partie de leur forêt à disposition de la nature.
J’aimerais souligner que la non-exploitation d’une forêt n’est pas qu'un manque à gagner: l’ensemble de nos forêts, dont dépend beaucoup notre société, a besoin de ces réserves. Sans elles, on a des écosystèmes moins résilients et potentiellement très coûteux. Par exemple, la filtration de l’eau potable est un service inestimable que nous perdons si toutes les forêts se dégradent.
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