Matinée électorale: Vincent Pfister
Le candidat du Centre Gauche a passé la matinée sur RadioFr. Découvrez son portrait, le son qui le ramène à ses racines et ses propositions pour la santé.

À 43 ans, Vincent Pfister brigue un siège au Conseil d'État fribourgeois sous les couleurs de l'Alliance de gauche. Infirmier de formation et responsable des soins dans un EMS, il siège au Conseil général de Fribourg et au Grand Conseil depuis 2025.
Ses collègues politiques le décrivent comme sympathique, accessible, travailleur et sûr de lui. Parfois trop? "Je crois pas, en tout cas pas pour le moment", répond-il. Quant à son expérience politique encore récente, il assume: "Quand les opportunités se présentent, on doit les prendre."
Le candidat du Centre Gauche ne se considère pas comme le favori. Mais il assure être prêt à gouverner. "Du moment qu'on s'engage pour une élection majoritaire, on doit être prêt à faire le job après."
Une montre pour raconter ses racines
Pour cette matinée électorale, Vincent Pfister a choisi un son discret: celui du mécanisme de sa montre automatique. Un clin d'œil à ses origines familiales.
Fribourgeois par sa mère, issue d'une famille de musiciens, il possède aussi des racines dans le Jura bernois. Son arrière-grand-père dirigeait une fabrique de montres. Son grand-père travaillait dans le chronométrage, notamment lors des Jeux olympiques.
À l'heure du tout-numérique, cette montre lui rappelle le savoir-faire humain. Mais Vincent Pfister n'est pas opposé aux nouvelles technologies. Il utilise notamment l'intelligence artificielle pour les traductions, un outil qu'il juge précieux dans un canton bilingue.
Il pose toutefois une limite: "On ne doit pas remettre à l'IA les prises de décision." Pour lui, la réflexion doit rester humaine. Un besoin de garder le contrôle qu'il retrouve jusque dans sa voiture: il avoue avoir de la peine à suivre son GPS.
HFR: comment réduire les déficits?
L'Hôpital fribourgeois (HFR) a terminé 2025 avec une perte de 30,2 millions de francs. Son budget 2026 prévoit encore 25,6 millions de déficit. Vincent Pfister défend pourtant le soutien cantonal à l'établissement et de meilleures conditions de travail pour les soignants. Comment concilier ces ambitions avec les finances publiques? Son interview politique.
L'HFR a terminé 2025 avec une perte de 30,2 millions de francs. Son budget 2026 prévoit encore 25,6 millions de déficit. Faut-il accepter qu'un hôpital public perde chaque année des dizaines de millions?
On doit l'accepter parce que l'hôpital public a une mission de service public. J'ai travaillé plusieurs années aux urgences. Elles accueillent tout le monde, sans différenciation. C'est un service dont la population a besoin.
Le canton de Fribourg doit aussi tenir compte du bilinguisme et des différentes régions. L'État soutient déjà l'hôpital à travers les prestations d'intérêt général. Il doit continuer à le faire.
L'HFR réduit progressivement son déficit et vise l'équilibre à terme. Un fonds a aussi été créé pour recapitaliser l'établissement en vue des investissements dans le nouvel hôpital.
Viser l'équilibre, ce n'est pas un peu un vœu pieux?
Non, l'équilibre doit être là. Mais il faut savoir combien le canton est prêt à consacrer aux prestations d'intérêt général.
Les négociations tarifaires avec les assurances sont aussi très compliquées. Certains forfaits ne sont pas encore négociés ou restent flous. Dans ces conditions, piloter l'HFR est extrêmement difficile.
Mais je crois que l'équipe en place fait du bon travail. Je crois qu'on est sur la bonne voie.
Vous voulez améliorer les conditions de travail des soignants, mais l'HFR doit aussi maîtriser ses dépenses. Où faire des concessions?
Il faut savoir où placer les priorités. Le personnel soignant est soumis à la Loi sur le personnel de l'État (LPERS). C'est une bonne chose, car elle garantit une sécurité de l'emploi et du salaire.
Mais cela a un coût. Quand l'État indexe les salaires de 1%, cela représente 7 à 8 millions de francs supplémentaires pour l'HFR.
Le directeur de l'hôpital, Monsieur Müller, ne souhaite pas sortir le personnel de la LPERS. Il faut donc trouver comment donner davantage d'autonomie à l'établissement pour maîtriser ses coûts.
Avec des finances cantonales compliquées, comment faire?
On doit prioriser. Il existe des inégalités de traitement entre enseignants et infirmiers, malgré des formations équivalentes. À mon avis, elles doivent être corrigées.
Mais le salaire ne fait pas tout. Les conditions de travail sont difficiles. Avec des semaines de 42 heures et des horaires répartis sur sept jours, beaucoup d'infirmiers réduisent leur taux d'activité à 90% ou 80% pour tenir.
On pourrait, par exemple, passer de 42 à 38 heures pour certains soignants. Cela permettrait d'avoir un jour de congé supplémentaire toutes les deux semaines. On a besoin de garder nos soignants.
Vous dites qu'il faut prioriser. Quelles dépenses faudrait-il revoir?
On a récemment voté au Grand Conseil des déductions fiscales supplémentaires pour les propriétaires, qui sont déjà des classes privilégiées. On doit faire des choix et on doit vraiment savoir où on met l'argent.
Vous défendez beaucoup le personnel soignant. Comment penser à l'intérêt de tout le canton si vous devenez conseiller d'État?
Quand on fait de la politique, on doit avoir une vision globale. Dans mon métier de responsable des soins, je défends mes employés, mais aussi les intérêts de mon employeur. Je dois respecter des budgets.
Au Conseil d'État, on travaille en collège. Il faut discuter et tenir compte des avis des autres. C'est aussi la volonté de l'Alliance de gauche: rééquilibrer les forces au gouvernement pour apporter davantage de dialogue et de visions différentes.
Si améliorer les conditions de travail des soignants signifie moins d'argent pour les écoles ou les transports, comment tranchez-vous?
Il faut discuter des projets prioritaires. Je sais que les journalistes aimeraient toujours qu'un politicien dise clairement où il veut couper. Mais cela se décide dans les budgets globaux.
Le canton doit aussi revoir son rapport à l'équilibre budgétaire. On doit vraiment lâcher le frein à l'endettement.
Si l'on veut investir dans les écoles ou renforcer le service de la jeunesse, il faut pouvoir le faire. Même si cela implique un budget déficitaire certaines années. On doit se permettre d'avoir une année ou l'autre un budget déficitaire pour pouvoir avancer et investir.
Saurez-vous dire non au personnel soignant si c'est nécessaire?
Oui, mais je saurai le faire en l'expliquant, comme je le fais déjà dans mon métier actuellement.


