Nâdiya: "J’incarne mes chansons, je ne les interprète pas"

Icône de la scène pop des années 2000 avec plus de 5 millions d'albums vendus, rencontre avec Nâdiya au Caribana Festival.

Interview de Nâdiya au Caribana Festival le 17 juin 2026. © Radio Fribourg & Frapp

Radio Fr.: Nâdiya, on va tenter d’en apprendre un peu plus sur toi à travers quelques titres qui ont marqué ta carrière. On commence avec “Roc”, une chanson qui parle de confiance en soi et en la vie. Tu es la petite dernière d’une fratrie de six enfants et j’imagine que tu as dû apprendre à te battre assez jeune. Où as-tu puisé toute cette force et cette confiance depuis l’enfance?

Nâdiya: Comme tu le disais, je suis la dernière de six enfants. Mes parents sont arrivés d’Algérie sans savoir lire ni écrire. Pour eux, l’essentiel, c’était donc l’école: il fallait absolument aller le plus loin possible. Il y avait aussi une culture de la foi et des valeurs très fortes. Je savais déjà que ce rêve de faire de la musique était inscrit en moi. Petite, j’en rêvais et je savais que j’allais devenir chanteuse. Mais je savais également que je ne pouvais pas le dire.

Pourquoi tu ne pouvais pas en parler?

Parce qu’à l’époque, ça ne se faisait pas de dire: “Maman, je veux chanter” ou “Papa, je veux devenir chanteuse”. À la télévision française et dans la musique, il y avait beaucoup d’exhibition, avec des femmes très dénudées. Avec mon éducation, ce n’était pas envisageable. Je savais aussi que l’école passerait toujours en premier. La musique, ce n’était même pas en rêve! Je vivais donc cette passion de mon côté. J’étais fan de Whitney Houston. C’est vraiment elle qui m’a percutée. Lorsque je l’ai découverte, je me suis dit: “C’est sûr, c’est ça.” J’ai aussi toujours écouté ma petite voix intérieure. C’est quelque chose que je possède depuis toute petite. J’ai alors utilisé le sport comme un vecteur de communication universel, parce que ça a rapidement fonctionné pour moi.

Tu as d’ailleurs été championne d’athlétisme…

Championne de France du 800 mètres. Quand tu gagnes, et bien tu voyages, tu rencontres des journalistes et tu as ta petite photo dans le journal régional, puis interrégional, national et finalement international. J’ai ainsi fait mon petit bonhomme de chemin dans l’athlétisme pendant dix ans.

Et ton parcours musical a lui aussi été impressionnant, avec plusieurs hits, dont l’incontournable “Et c’est parti…”. Là encore, il est question du dépassement de soi. Ce titre symbolise l’énergie du départ, du défi et de la réussite, mais aussi la victoire de l’esprit sur le corps. Cette mentalité en béton t’a permis de ne jamais laisser l’industrie musicale te dicter tes choix. Tu as même créé ton propre label?

Oui, complètement. À l’époque, je travaillais déjà de manière très indépendante, même si nous étions encadrés par de grandes maisons de disques. J’ai imposé un style et un mouvement musical qui expliquent, je crois, pourquoi mes chansons traversent encore le temps.

Déjà à l’époque, je ne faisais pas ce qui passait à la radio. Il a fallu pousser des murs parce que même les équipes censées vous accompagner pouvaient être à contre-courant:  “Il faut faire comme ci, il faut faire comme ça…” Elles ne voulaient pas prendre de risques. On me dit souvent: “Toi, c’est parce que tu es comme ça, tu ne te laisses pas faire.” Mais ce n’est pas une question de ne pas se laisser faire. Il faut savoir qui l’on est au fond de soi et parvenir à le faire rejaillir.

Lorsqu’une femme qui a traversé un cancer du sein me raconte que mes chansons l’aidaient à se lever le matin, puis que, touchée une nouvelle fois trois ans plus tard, elle s’est sentie “comme un roc”, c’est très fort. Un père m’a également confié qu’après avoir perdu leur petit garçon, sa femme et lui s’étaient accrochés à “Roc”. Trois ans plus tard, ils ont eu un autre fils et l’ont appelé Roc. Les gens se raccrochent parfois à des choses simples, mais qui leur entrent dans le cœur. On me parle souvent de mon énergie, mais elle est viscéralement en moi. J’incarne mes chansons, je ne les interprète pas.

Nâdiya, j’ai un peu fouillé ton compte Instagram, le 24 avril, tu as publié quatre photos de toi avec cette légende: “On associe souvent ce métier à la lumière, au rythme, à l’image. Pourtant, ce que l’on voit n’est qu’une partie de l’histoire.” Alors, quelle est l’autre partie de ton histoire?

Si je devais la résumer en une phrase, ce serait: “En toute épreuve, une faveur.” On perçoit souvent les épreuves comme des choses douloureuses ou destructrices, alors qu’elles nous forgent. Elles sont comme de petites bougies dans le noir. Elles nous permettent d’avancer, nous solidifient intérieurement et nous donnent de l’expérience. Nous sommes là pour faire l’expérience des choses et, pour cela, il faut prendre des risques. C’est toujours le détail qui fait la différence. Dans un concert, par exemple, la manière dont on donne les choses et dont on les fait vivre, c’est ce qui va rester chez l’autre lorsqu’il rentrera chez lui avec des étoiles plein les yeux. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait à l’arrache, en montant simplement sur scène…

Et ça se sent... 

Le public le sent aussi, évidemment. Même les compositeurs et les réalisateurs de mes chansons me demandent d’où me vient cette énergie. Elle vient du fait que je porte chaque chanson comme une mission.

Lorsque je me retrouve devant dix mille personnes, je remarque tout de suite s’il y a quelqu’un qui ne va pas bien. Ma mission est alors de parvenir à lui décrocher un sourire. Si j’y arrive, c’est gagné. Et pendant les deux ou trois jours qui suivent, c’est le visage de cette personne que je vais garder en mémoire.

Je vis intensément tout ce que je fais. Je suis très sensible au vivant et à ce qui nous entoure. Lorsque je viens en Suisse, par exemple, je me sens physiquement très bien. Je peux arriver de Paris avec une migraine et, trois heures plus tard, ne plus avoir mal du tout. Pour moi, tout cela relève de la conscience: être conscient de ce que nous avons autour de nous. Dans ma musique, c’est exactement ce que j’essaie de faire, créer un mouvement qui porte l’énergie de la vie.

©nadiyaofficiel

Le 30 avril, tu as publié plusieurs photos de toi prises il y a quelques années, avec cette légende: “Une chanson peut voyager dans le temps, elle nous ramène à un moment précis de nos vies.” Alors, si je te dis “Amies-ennemies”, ton hit sorti en 2006, quel est le premier souvenir précis qui te revient?

Ma meilleure amie de sixième. C’est la seule fois de ma vie où j’ai eu une véritable meilleure amie. Je l’ai recroisée par hasard vingt ans plus tard. Je faisais un footing près de chez mes parents, en province, lorsqu’elle m’a appelée: “Nâdiya!” J’ai buggé parce que je ne l’avais pas reconnue. Puis j’ai réalisé : “Virginie!” Et là, on s’est sautées dans les bras.

Aujourd’hui, elle vit au Japon et elle a réalisé son rêve. Lorsque nous étions enfants, nous avions toutes les deux de grands projets. Moi, je lui disais que je serais chanteuse et elle me répondait: “Toi, tu rêves!” De son côté, elle rêvait de devenir professeure au Japon parce qu’elle était fascinée par l’Asie.

Quand nous nous sommes retrouvées, elle savait évidemment ce que j’étais devenue. Et lorsqu’elle m’a annoncé qu’elle était professeure au Japon, j’ai compris que nous avions toutes les deux accompli nos rêves. Elle m’a prise dans ses bras exactement comme elle le faisait lorsque nous avions dix ans, avec le même mouvement. Je lui ai dit: “Mais tu fais toujours la même chose!” Il y avait une sorte de gémellité entre nous. Pour moi, une vraie amie, c’est ça.

Retrouvez l’interview complète de Nâdiya en podcast:

RadioFr. - Virginie Pellet
...