Procès Jaussi: "On m’a vendu un vol impossible"

Troisième jour de procès pour le fondateur de S3, ce lundi. Le procureur général a présenté la peine requise pour escroquerie et gestion déloyale entre autres.

L'ingénieur de 49 ans comparait devant le Tribunal pénal économique fribourgeois. © KEYSTONE

Pascal Jaussi prend l'audience de son procès "pour des idiots." Ce sont les mots du Ministère public lundi matin au troisième jour de la procédure contre l'ex-patron de Swiss Space System (S3) devant le Tribunal pénal économique. Il requiert 8 ans de prison ferme.

Pour rappel, l’ingénieur de 49 ans doit entre autres répondre d’escroquerie, de gestion déloyale et d'induction de la justice en erreur. Il y a 10 ans, l’homme aurait simulé une agression dans une forêt broyarde pour éviter la faillite de sa société active dans l’aérospatiale. Une faillite qui a finalement été prononcée, laissant un découvert de 31,6 millions de francs.

Voyage dans la 4e dimension

Inepties, mensonges et histoire abracadabrante: la procureure adjointe Laurianne Sallin a d’abord insisté sur l’attitude et les déclarations floues de Pascal Jaussi sur sa soi-disant agression le 26 août 2016 dans le bois d’Aumont. Le prévenu évoque un tueur à gages, qui l’aurait kidnappé, molesté puis lui aurait mis le feu… Un tissu de mensonges, selon la magistrate. Pour le Ministère public, il ne fait aucun doute que le prévenu a mis en scène cette "sauvage" agression: "Comme souvent, Pascal Jaussi nous emmène dans la 4e dimension, prêt à tout pour que son image survive."

À l’évocation de ces faits, Pascal Jaussi s’est penché sur sa chaise, l’air abattu, sous le regard de sa femme, présente dans le public à titre de plaignante, car c’est sa voiture qui a brûlé ce jour-là.

Sur le plan financier, Pascal Jaussi a produit de faux documents bancaires, a inventé des contrats faramineux à neuf chiffres et a vendu des vols irréalistes alors qu’il ne possédait pas d’avion. Il a trompé ses investisseurs, ses clients, ses collaborateurs. La culpabilité est extrêmement lourde, a insisté le procureur général Raphaël Bourquin. Il demande donc 8 ans de prison ferme.

Les clients déçus entendus

"On m’a menti, trompé. On m’a vendu un vol impossible", a raconté devant la cour un client qui avait à l’époque acheté un vol Zéro-G à la société payernoise. Un "pack Gold", vendu à l'époque 1'399 francs.

Entre 2014 et 2016, le patron de la start-up a vendu des billets pour des vols en apesanteur prévu à bord d’un Airbus. Ces derniers n’ont finalement jamais eu lieu et les clients n’ont jamais revu leur argent.

L'acheteur lésé, travaillant lui-même dans l'aviation, a vu son vol repoussé une première fois, puis une deuxième. Il dit s'être rendu compte que Swiss Space System ne disposait ni d'avions, ni de pilotes formés et encore moins d'autorisations de vols. Il demande alors un remboursement, qui lui est refusé.

Pour les deux procureurs, Pascal Jaussi savait déjà que ces vols étaient irréalisables au moment de la vente, ce qui le rend coupable d'escroquerie.

Le procès se poursuit mardi avec la suite des plaidoiries de la défense. Le verdict est attendu pour fin juin.

RadioFr. - Karin Baumgartner / Simon Gumy
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