Procès Jaussi: dernière journée au comble de la tension

Le procès du fondateur de S3 s'est achevé mardi, après 11h de plaidoirie de la défense. La procédure a été éprouvante pour tout le monde.

Pascal Jaussi, fondateur de Swiss Space Systems (S3), sort du Tribunal pénal des affaires economiques du canton de Fribourg au premier jour du procès. © Keystone

La défense-marathon des avocats de l'ex-patron de Swiss Space Systems s'est achevée en début d'après-midi. Commencée la veille, elle a d’abord consisté à dérouler le CV de ce jeune homme, passionnée d’aviation qui a fait de brillantes études ainsi qu’une belle carrière militaire à l’aérodrome de Payerne, le décrivant comme un homme droit, loyal, travailleur, à qui on fait facilement confiance.

Est venu ensuite la reconstitution de l'agression dans la forêt. La défense a montré une vidéo, où l'on voit des pompiers mettre le feu à une voiture et un mannequin qui brûle en raison du retour de flammes. Puis, des photos des blessures de Pascal Jaussi prises à l’hôpital après l'incident.

Le but était de montrer, de manière confuse il faut dire, que le prévenu n’avait pas pu se faire cela tout seul. Et ainsi démonter la thèse de la mise en scène, avancée par le Ministère public.

Mardi matin, la défense a cette fois insisté sur le volet financier, en défendant que l’entrepreneur broyard n’avait rien fait de faux. Au contraire, il a été visionnaire, et a pris des risques dans le monde de l’innovation. "Dommage que le parquet ne comprenne pas son audace!", a rétorqué la défense.

Échange de piques et escalade

Les avocats de la défense ont à plusieurs reprises tenté de montrer que le procureur général Raphaël Bourquin avait mené une instruction à charge et avait cherché à se mettre en avant grâce à cette affaire. Des accusations qu'a déploré le principal intéressé, dénonçant un procès dans le procès.

Pour la défense, Raphaël Bourquin aurait dès le départ estimé que le patron de S3 avait simulé son agression, piétinant ainsi la présomption d’innocence. Dans sa réplique, la procureur adjointe a sorti une boîte d’allumettes et un mètre pour montrer que le prévenu a dû se pencher en avant pour mettre le feu à la voiture. Et n'aurait donc pas pu être assis sur le siège passager comme il le prétend.

Raphaël Bourquin a encore surenchéri. Pascal Jaussi a "grugé tout le monde", a-t-il déclaré. Et ce n’est pas par vengeance qu’il le dit, mais bien en s’appuyant sur des experts. Il a prévenu l’avocate de la défense qu’elle avait cette fois franchi la ligne rouge. De son côté, Pascal Jaussi s’est montré agacé et a fusillé le procureur général du regard. La tension était à son comble en fin d’après-midi.

Le ministère public requiert 8 ans de prison ferme à l’encontre de l’entrepreneur broyard, pour le volet financier et pour son agression simulée.

Une procédure éprouvante pour les plaignants

Tous les partis s'accordent pour dire que le procès s'est révélé particulièrement pénible et long. "Les journées sont longues quand on passe huit heures dans une salle d'audience par forte chaleur", abonde un plaignant. 

Appelé à la barre lundi pour témoigner, il a suivi l'exposé de la défense. "Bien souvent, j'ai l'impression que ses arguments sont complètement faux", commente cet ancien pompier professionnel, qui critique notamment la reconstitution du feu dans la voiture. "Tout ce que j'entends de la part de la défense, qui essaie de minimiser les faits ou de nous faire croire que M. Jaussi n'est pas un affabulateur, franchement ça me choque."

Le verdict est attendu pour fin juin.

RadioFr. - Karin Baumgartner / Simon Gumy
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