Quelle place pour la philosophie au collège?
Une réforme de la maturité est en cours en Suisse. Dans les discussions, la place de la philosophie comme discipline fondamentale.

Quelles branches seront obligatoirement enseignées à l'avenir dans les collèges et gymnases de Suisse? Un chantier est en cours au niveau de l'enseignement du secondaire II. Une vaste consultation a été lancée cet été par le Conseil fédéral, pour réformer la maturité qui n'a presque plus connu le moindre changement depuis plus de 20 ans.
Le gouvernement veut notamment que la durée de la maturité gymnasiale soit harmonisée à 4 ans, dans tous les cantons. Il propose aussi de revoir le catalogue des disciplines obligatoires, dites fondamentales. Via cette démarche, le gouvernement dit vouloir s'assurer que les élèves soient toujours bien armés pour poursuivre leurs études dans les hautes écoles et universités du pays.
Parmi les nouveautés, le gouvernement propose de rendre le droit, l’économie ou encore l’informatique obligatoire, au même titre que le français et l'allemand, par exemple. Par contre, l’enseignement de la philosophie dépendrait toujours de la volonté des cantons. "Lors de la consultation, il a été décidé que la philosophie, les religions ou une combinaison des deux disciplines pourraient être proposées comme disciplines fondamentales supplémentaires", détaille Stefan Kunfermann, chargé de communication pour la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP).
La proposition de classer la philosophie parmi les disciplines fondamentales a pourtant bel et bien été faite lors des discussions initiales. Elle a cependant été rejetée par une majorité de participants à la consultation interne, ces derniers "estimant que la charge supplémentaire imposée aux élèves, de même que les coûts, seraient excessifs", indique le rapport explicatif du 18 mai 2022 de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP).
Un "mauvais signal"
La résistance de certains cantons a fini par s’imposer. "Durant les discussions préalables, ce sont surtout les cantons alémaniques qui voulaient enlever la philosophie, eux qui ne l'ont déjà pas forcément dans leur plan d'étude aujourd'hui et où l'accent est davantage mis sur les branches techniques", explique la conseillère d'Etat fribourgeoise en charge de la formation Sylvie Bonvin-Sansonnens.
Le canton de Fribourg considère déjà aujourd'hui la philosophie comme discipline fondamentale. Dès la troisième année de collège, 3 heures de philosophie sont dispensées chaque semaine à tous les élèves, et la note compte dans l'obtention du diplôme final.
Au niveau national, maintenir la philosophie hors du catalogue des disciplines fondamentales envoie un mauvais signal selon Stève Bobillier, enseignant au collège Saint-Michel à Fribourg. "Au niveau fédéral, si on ne nous laisse pas assez de marge de manœuvre, on va de plus en plus se retrouver avec une philosophie seulement disponible dans les cours à options. C'est un appauvrissement évident. On risque, à la fin, de n'avoir plus personne qui va faire de la philosophie", s'inquiète-t-il. Or, pour Stève Bobillier, la discipline aurait pleinement sa place dans le catalogue des enseignements obligatoires. "La philosophie apporte un sens de la nuance fortement utile dans un monde de plus en plus polarisé comme on le connaît aujourd'hui."
La consultation lancée par le Conseil fédéral s'est terminée à la fin du mois de septembre. Une synthèse des 140 prises de position est prévue pour le printemps 2023. Quels que soient les résultats de la consultation fédérale, le canton de Fribourg assure que l'abandon de la philosophie au collège n'est pas à l'ordre du jour.
Dans l'hypothèse où la branche ne pourrait plus être conservée comme discipline obligatoire, les autorités fribourgeoises prévoient d'en faire une branche cantonale. "C'est une discipline extrêmement importante qui permet aux jeunes de réfléchir par eux-mêmes. Une nécessité dans le monde d'aujourd'hui", argumente encore Sylvie-Bonvin Sansonnens.