Restrictions d'eau: quel bilan dans ces communes sarinoises?
La pluie est de retour ce lundi. Un soulagement après des semaines de sécheresse, mais pas de quoi lever les restrictions, notamment dans l'ouest sarinois.

Enfin de la pluie. Ce lundi, les précipitations sont de retour dans le canton après des semaines de sécheresse. Mais il faudra davantage que quelques averses pour revenir à la normale. Depuis le 22 juin, Avry, La Brillaz, Cottens, Neyruz et Prez interdisent notamment l’arrosage des pelouses, le remplissage des piscines et le lavage des voitures. Ces communes, parmi les premières à prendre de telles mesures cet été, comptent environ 12'000 habitants. Depuis, les restrictions se sont étendues à d’autres communes du canton.
700'000 litres de moins chaque jour
Après presque deux mois, les efforts sont visibles. Dans les communes membres de l’Association pour l’Alimentation en Eau de Sarine-Ouest (AESO), les besoins sont passés de 2,8 à 2,1 millions de litres par jour. La baisse atteint 25%, mais les vacances y contribuent. Avant les grands départs, l’AESO estimait à 15% l’économie réellement liée aux restrictions. À Cottens, elle était d’environ 9% et à Neyruz de 17%. "La population a joué le jeu", constate cette dernière.
À La Brillaz, la consommation moyenne d'eau est passée d'environ 636 à 539 m³ par jour après l'introduction des restrictions, soit une baisse d'environ 15%, selon les données publiées par la commune début juillet et portant sur les trois premières semaines de restriction.
Moins d’eau locale disponible
Mais la consommation n’est qu’une partie du problème. "Il y a deux soucis: la surconsommation et le manque de diversité d’approvisionnement", résume Pierre Bovet, vice-syndic de Prez et président de l’AESO. Il rappelle notamment que la croissance de la population et des zones construites signifie aussi "plus de pelouses à arroser, plus de piscines à entretenir".
En temps normal, environ la moitié des besoins de l’AESO est couverte par les sources et nappes phréatiques de ses communes. L’autre moitié vient du réseau régional, avec notamment de l’eau du lac de la Gruyère et des sources de la Tuffière. Avec la sécheresse, la part provenant de ce réseau extérieur atteint désormais 60 à 70% des besoins.
Certaines ressources locales souffrent directement: à Neyruz, les sources ont enregistré en juillet leur plus faible production depuis 2022. À La Brillaz, la situation est aussi compliquée par plusieurs sources qui ne peuvent plus être utilisées en raison de résidus de chlorothalonil.
Les précipitations de ce lundi ne permettront pas de lever immédiatement les restrictions. Après une longue sécheresse, les sources et nappes peuvent mettre plusieurs semaines à récupérer. Et avec le retour des vacanciers, l’AESO s’attend aussi à une remontée de la consommation. Pour l’heure, aucune date de fin des mesures n’est avancée.
Le Conseil d'Etat interpellé sur une "urgence"
La question de la gestion de l'eau est arrivée au Grand Conseil. Un postulat déposé jeudi par Catherine Esseiva (Vert’libéraux) et Hubert Dafflon (Le Centre) demande au canton de dresser un état des lieux urgent des ressources et des risques de pénurie dans chaque commune, puis de proposer un plan d’action. Cet été, une commune fribourgeoise sur deux est concernée par des recommandations ou des restrictions d’eau.
Dans le sud, l’approvisionnement reste assuré
Dans le sud du canton, EauSud assure que l’approvisionnement reste sous contrôle. Son eau provient principalement de deux captages dans des nappes phréatiques, à Charmey et Grandvillard. Là aussi, la sécheresse se fait sentir: les nappes se rechargent avec la pluie et la fonte des neiges et peuvent avoir besoin de plusieurs semaines pour retrouver leur niveau après une période sèche.
EauSud compte sur le projet Pont du Roc, à Charmey, devisé à 42 millions de francs, pour sécuriser l’approvisionnement du sud fribourgeois à long terme. Mais le chantier n’a pas encore démarré. "Le projet est toujours en attente de plusieurs permis de construire", indique Claude Thürler, directeur ad intérim et administrateur d’EauSud SA. L'opération doit sécuriser l’approvisionnement de 48 communes, soit 50'000 habitants aujourd’hui et 75'000 à l’horizon 2100.


