Riaz: quand la mémoire s'efface des cimetières fribourgeois
La tombe de l'artiste fribourgeois Netton Bosson à Riaz a été retirée, relançant le débat sur la préservation des sépultures de personnalités.
La tombe de l’artiste fribourgeois Netton Bosson, enterré à Riaz, a été désaffectée à la fin de l’année dernière. Une décision qui a suscité de nombreuses réactions et qui relance une question sensible: comment préserver la mémoire des personnalités qui ont marqué l’histoire et la culture du canton?
Sous la neige, difficile aujourd’hui d’imaginer qu’il y avait encore récemment plusieurs sépultures dans ce coin du cimetière de Riaz. Et pourtant, il y a quelques mois à peine, neuf tombes occupaient cet espace. Parmi elles, celle de Netton Bosson, artiste emblématique de la région, connu notamment pour ses écrits et ses fresques, dont une Poya de 27 mètres de long.
La disparition de sa tombe a profondément touché certains habitants. L’historien Alain-Jacques Tornare fait partie de ceux pour qui cette suppression est difficilement acceptable. "J’ai été extrêmement affecté par la disparition de cette très belle tombe", confie-t-il. Selon lui, Netton Bosson aurait mérité un traitement particulier. "Il a marqué le canton, il aurait dû être choyé dans sa mort", affirme-t-il encore, rappelant qu’ "une tombe, c’est un jalon de l’histoire d’un village".
Règlement de la commune
Du côté de la commune, la décision s’inscrit dans l’application du règlement. Après vingt ans, les tombes peuvent être retirées. Un délai largement dépassé, puisque Netton Bosson est décédé en 1991. L’un de ses fils a été averti, mais sans réaction de sa part, la tombe a été traitée comme les autres et retirée. Contactée, la commune de Riaz précise toutefois qu’il n’est pas exclu d’ériger un autre monument en souvenir de l’artiste.
Bernard Romanens, "le chantre de la Gruyère"
La situation n’est pas unique. À quelques kilomètres de là, dans le cimetière de Vuippens, tout un secteur va également être désaffecté. "On le fait régulièrement pour éviter d’avoir des tombes qui ne sont plus du tout entretenues", explique la conseillère communale Hélène d’Alessandro.
Dans ce secteur repose une autre figure fribourgeoise bien connue: Bernard Romanens, surnommé le "chantre de la Gruyère". Pour lui, la commune se dit prête à faire une exception et à conserver la tombe, mais à une condition: que la famille accepte d’en assurer l’entretien. "Ça ne servirait à rien de laisser une tombe abandonnée", souligne Hélène d’Alessandro.
Contactée par la commune, la famille de Bernard Romanens se montre ouverte à l’idée de maintenir la sépulture, même si la forme que cela pourrait prendre reste à définir.
L'avis du Musée gruérien
Pour Serge Rossier, directeur du Musée gruérien, ces situations doivent inciter les communes à une réflexion plus large. Il appelle à une prise de conscience de leur responsabilité en matière de mémoire collective, notamment lorsqu’il s’agit de personnalités qui ont marqué durablement l’histoire et la culture du canton de Fribourg.


