40 ans de plaquages et de mêlées au Guintzet
Le Rugby Club Fribourg fête son anniversaire ce samedi. Son fondateur Pierre Duffour partage ses meilleurs souvenirs et anecdotes.

Le Rugby Club Fribourg (RCF) fête ses 40 ans ce samedi 19 septembre au stade du Guintzet à Fribourg, avec une exposition d'archives et de maillots d’époque, un match contre Lausanne et des animations. L'occasion de se replonger dans l'historique du club avec son fondateur, Pierre Duffour, 71 ans. Originaire de Toulouse, en France, où il pratiquait le rugby, il est arrivé à Fribourg dans les années 80 car sa femme était étudiante à l'Université.
Pierre Duffour: Je me suis tout de suite senti très bien à Fribourg. La seule chose qui me manquait, c'était le rugby. J'ai publié une petite annonce dans les pages jaunes de La Liberté pour trouver des copains pour jouer. J'ai organisé une première réunion au Britannia Club, qui se trouvait au début du boulevard de Pérolles, à Fribourg et, à ma surprise, il y a tout de suite eu une quinzaine de personnes intéressées, donc c'est parti très fort!
D'où venaient vos premiers coéquipiers sur Fribourg?
Beaucoup étaient étudiants, donc ils venaient du monde entier. Je me rappelle des premières feuilles de matchs que je remplissais: il y avait un tas de passeports des Etats-Unis, de Nouvelle-Zélande, d'Irlande, de Turquie, du Portugal, de l'Uruguay... C'était vraiment une équipe très hétéroclite. Mais petit à petit, des joueurs locaux sont arrivés. Il y a eu un engouement que je ne soupçonnais pas du tout pour ce sport et cette discipline de vie.
Première victoire: vous trouvez des joueurs. Mais il fallait encore dégoter un terrain...
Et ça, ça a été très compliqué! On a commencé au Palatinat, puis on a été dans le quartier du Jura, ensuite à la porte de Morat. A chaque fois, les habitants étaient surpris de voir débarquer des gars avec des ballons ovales qui couraient sur des terrains pas très propres... On était chassés d'un endroit à l'autre, mais ces péripéties dans notre recherche de terrain n'ont pas douché notre enthousiasme!
Comment avez-vous eu finalement le droit de vous entraîner au Guintzet?
On a dû patienter un an. On s'était inscrit en ligue B. On a fait tous nos déplacements la première partie du championnat, puisqu'on était la seule équipe sans terrain. Les autorités de l'époque pensaient: "Oh ce sont des marginaux, ça va leur passer. Le rugby à Fribourg, ça ne marchera jamais!" Mais notre persévérance a fini par payer et après quelques négociations avec la ville de Fribourg, on a obtenu le droit de s'entraîner au Guintzet. Quel bonheur!
Et pourtant, ce terrain n'était de loin pas parfait!
C'était un terrain que même les footballeurs n'aimaient pas! Il y avait des taupinières et en plus, il était en pente! Donc moi j'aimais bien commencer la première partie de notre match dans la montée et ensuite dans la deuxième partie, nos ailiers étaient beaucoup plus rapides qu'au début... Mais aujourd'hui la ville a fait le nécessaire et nous avons un terrain magnifique.
Avec de beaux poteaux! Ce n'était pas le cas au départ?
Quand on a commencé au Guintzet, on nous a dit: "Faites comme vous voulez pour vos poteaux, mais il faut qu'on puisse remettre rapidement ceux de foot!" On a donc bricolé des poteaux démontables en bois de sapin. Mais apparemment, cela n'a pas tellement plu à certains promeneurs au Guintzet, qui ont protesté auprès du Conseil communal en disant que ce n'était pas digne d'une ville comme Fribourg. Un jour, on est arrivé au terrain et on avait des poteaux flambant neufs!
Sportivement, ce terrain et le soutien local vous portent. Vous rappelez-vous de vos premiers résultats?
Il y a eu un déclic lors de notre première sortie dans un tournoi à Neuchâtel au rugby à 7. On a gagné face à deux équipes sur six, et pas des moindres: les Bernois et les Zurichois! Et puis, nous avons remporté tous les matchs de la fin de ce championnat de ligue B, donc on était très satisfait de notre évolution.
Il y a une victoire particulièrement savoureuse en 2010, qui restera à tout jamais dans l'histoire du club...
118 à 0! Premiers de la ligue B, nous étions clairement en train de monter en puissance. On ne faisait pas de cadeaux et si en face de nous, il y avait des clubs avec des difficultés, que ce soit à cause du nombre de joueurs ou du niveau de jeu, ça se payait cash! Nos amis de La Chaux-de-Fonds ont pris cher... ça nous est aussi arrivé de prendre cher, mais on a préféré oublier ces défaites!
C'est une trajectoire qu'on avait toujours en tête, mais qui est difficile à réaliser. On a pu le faire grâce à des jeunes très compétents, dont certains enfants de joueurs, qui se sont formés, ont fait partie d'équipes nationales, ont réussi à aller dans les championnats d'Europe des moins de 18 ou 20. Des joueurs extraordinaires, comme par exemple Serge ou Olivier Mabboux, qui auraient pu être des joueurs importants dans d'autres clubs, mais qui ont décidé de faire toute leur carrière ici à Fribourg.
Le Rugby Club Fribourg évolue aujourd'hui en ligue B.
Dans tous les clubs, il y a des hauts, des bas. On a connu des moments très forts et des moments plus compliqués, qui nous ont amenés à l'époque à faire un club mixte avec les Bernois. Les Coupes du monde de rugby sont très médiatisées. La prochaine a lieu en Australie en 2027. Nous espérons donc qu'il y aura un intérêt nouveau pour notre sport tout bientôt!
Si en 1986, on vous avait dit qu'en 2026, vous alliez faire une fête pour les 40 ans de votre club. Vous l'auriez cru?
Non! J'aurais eu du mal à le croire, parce que j'ai toujours été parfaitement conscient que le rugby ne fait pas partie du terroir fribourgeois, contrairement au hockey ou au basket. Mais il y a une très belle dynamique ici qui permet de faire coexister ces grands clubs qui réussissent avec des petits comme nous. C'est ça aussi le charme de Fribourg et de la Suisse, en général.
Je pense que si le club est toujours là aujourd'hui, c'est grâce à une merveilleuse chaîne humaine. Ce qui me réjouit, c'est de voir qu'il y a des équipes féminines, une école de rugby qui marche très bien, beaucoup de volontaires engagés comme entraîneurs, plus d'une quarantaine de joueurs. Pour moi, c'est tout à fait incroyable et je suis très heureux de ce dénouement.


