Cheyres: "On a tout donné durant 32 ans pour cette Lagune"
Une page se tourne pour Philippe et Marie-Jo Gendre qui ont géré ce restaurant durant 3 décennies. Buffets et concerts ont fait son succès.
C’est un restaurant emblématique, un lieu haut en couleurs, qui va fermer ses portes après 32 ans. La Lagune située au bord du lac de Neuchâtel à Cheyres dans la Broye fribourgeoise vient de vivre son dernier été. Au printemps prochain, le bâtiment sera rasé et laissera place à un projet immobilier de 22 logements, qui est contesté par plusieurs riverains.
Le propriétaire a cherché un repreneur durant une année, en vain. Ses fils Nicolas et Raphaël ne sont pas intéressés. C’est que l’établissement de 1500 mètres carré au sol coûte très cher à l’entretien, (plus 7000 mètres carré de terrain) et personne ne veut reprendre un si gros bateau. Philippe Gendre : "C'est extrêmement lourd à chauffer, c'est cher en électricité, surtout en hiver. Le problème c'est que personne n'a le financement".
Le Broyard de 67 ans s'est ensuite renseigné et a appris que le terrain se trouvait en zone touristique, et était donc constructible. Il a donc confié la gestion du projet au bureau d'architecte Prisme, pour ne pas à avoir à faire aux oppositions. Les gabarits sont déjà visibles sur le parking et autour du restaurant. Les promoteurs immobiliers espèrent obtenir prochainement le permis de construire ces nouveaux logements.
Ils vivent un dernier été comme à l'époque
Ce dernier été, ils l’ont vécu en famille, car leur deux fils étaient en salle et en cuisine. Marie-Jo Gendre, la patronne d'origine Martiniquaise, était aux commandes: "On a tout donné, même notre âme, dans cet établissement. Mais il faut que ça se termine, car mon mari est fatigué et moi aussi. La jeune génération ne veut pas reprendre un truc aussi lourd, car ce n'est pas un petit café". Aujourd'hui âgée de 64 ans, la restauratrice évoque une différence générationnelle, car avec son mari ils se sont "sacrifiés" pour le boulot, alors que les jeunes veulent profiter de leur vie.
Qu'à cela ne tienne! La famille Gendre a voulu revivre une saison comme dans les grandes années. Des concerts de musique antillaise, quelques anciens en cuisine, ainsi que des buffets à gogo ont rythmé l'été. La recette fonctionne toujours car tous les soirs ont affiché complets, avec 350 couverts. La Lagune va même jouer les prolongations avec la Bénichon en ce premier weekend de septembre. Il y aura ensuite une fermeture automnal, avant de réouvrir pour les fêtes de fin d’année, ainsi qu’en janvier et février avec le 50%. Au mois de mars, il y aura une grande vente aux enchères pour le mobilier et la vaisselle, puis le bâtiment sera démoli pour laisser place à des logements.
On était des pionniers
L'endroit attire des clients depuis 1967. La structure est un ancien restaurant récupéré de l'Expo 64. "C'était l'un des premiers restaurants au bord du lac depuis la régulation des eaux, puisqu'avant c'était des marais, qui ont été séchés" précise Philippe Gendre. Cela s'appelait le Safari à l'époque avec une ambiance de lodge africain, un self-service et un orchestre tous les soirs.
Françoise est une habituée qui vient de la Chaux-de-Fonds: "on y venait à l'époque avec mes parents, avec le bateau qu'on pouvait amarrer devant le restaurant. Ca n'a pas énormément changé!". Cette cliente déplore cependant que le restaurant disparaisse, même si elle comprend les enjeux, car "on y mangeait si bien".
C'est en 1994 que naît la Lagune dans un décor inspiré des îles. Le jeune patron Philippe Gendre revient d'un voyage aux Antilles et il est plein d'ambition. Il lance carrément une chaîne de restaurant "La Lagune" qui comptera jusqu'à 7 établissements (Neuchâtel, le Landeron, Le Bouveret, Founex et Lutry). "On était les premiers à chanter les anniversaires, à faire des cocktails fous, à servir des viandes exotiques comme le crocodile ou le kangourou". L'entrepreneur avoue qu'ils se sont inspirés du modèle "Club Med", qui a très bien fonctionné.
Avec sa femme, ils évoquent aussi les fêtes jusqu'au petit matin avec le personnel, ou encore une soirée déguisée mémorable. Le restaurateur évoque également une anecdote: "lorsqu'on a lancé le filet de perroquet, on a eu des plaintes, croyant qu'on servait de la viande du volatile, alors que c'était un poisson!" Mais au moment de regarder dans le rétroviseur, ça pique un peu pour Philippe et Marie-Jo.Le couple va maintenant profiter d’une retraite bien méritée en passant plusieurs mois dans les Antilles.






