Péréquation: plus d'argent, (pas) une bonne nouvelle?
Pour le directeur des finances Jean-Pierre Siggen, les 592 millions attendus de la péréquation fédérale en 2027 sont une bonne nouvelle, mais pas suffisants pour équilibrer le budget fribourgeois. Interview.

RadioFr: La Confédération a annoncé la répartition de la péréquation financière pour 2027. Pour Fribourg, ça représente une hausse de 3% par rapport à l'année passée. C'est une bonne nouvelle?
Jean-Pierre Siggen: Oui, ça fait une hausse d'à peu près 16 millions par rapport à cette année. C'est une très bonne nouvelle. En revanche, on est largement en dessous de ce que la Confédération nous avait annoncé et ce qu'on avait mis dans notre plan financier 2026-2028. On était à 620 millions, on passe à 592. C'est mieux que cette année pour l'année prochaine, mais c'est 26 millions en dessous de ce qu'on espérait il y a encore une année. Donc c'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle.
Et ça aura quelle incidence pour le canton?
Ça va rendre encore plus difficile l'équilibre budgétaire. Le plan financier avec 620 millions de péréquation aboutissait déjà à des mesures d'assainissement. Maintenant, ces mesures ont été refusées et parallèlement, les montants qu'on reçoit sont encore en dessous. Donc ça ne fait que compliquer la tâche pour trouver l'équilibre. C'est mieux que cette année pour l'année prochaine, mais ça ne va pas faciliter l'équilibre du budget 2027 sur lequel on travaille actuellement.
Comment expliquer ces prévisions finalement plus mauvaises que projetées?
On a eu une forte progression de la péréquation financière sur quelques années, il y a environ cinq ans. Depuis deux ans, elle est restée stable à un haut niveau, mais avec des variations. Parfois ça baisse, parfois ça augmente. Là, on a typiquement ce genre de variation. En revanche, cette stabilisation se situe en dessous de ce qui nous avait été annoncé. C'est très difficile à estimer. La Confédération mandate des instituts spécialisés et fait ses propres calculs. Le chiffre de 592 millions qui nous a été transmis aujourd'hui est soumis à notre analyse — on doit répondre à la Confédération en août. Les chiffres définitifs ne seront déterminés qu'en novembre.
Cet argent, il vient d'où exactement? Ce sont les cantons riches qui donnent aux plus pauvres, basé sur les recettes fiscales?
C'est une mécanique extrêmement compliquée. Ça repose sur l'évolution des ressources dans les 26 cantons, plus toute une série de mesures. Pour Fribourg, il y a par exemple des montants de rigueur pour les cantons les plus faibles, des montants de compensation liés à la réforme fiscale des entreprises, ainsi que des compensations pour des désavantages sociaux, topographiques, etc. Il y a de nombreux critères. C'est une mécanique revue tous les quatre ans, lancée il y a bientôt 25 ans et régulièrement adaptée. C'est très complexe, on s'appuie sur la Confédération pour ces chiffres. Plus l'aide reçue est élevée, moins le canton est autonome. Si votre indice des ressources — votre capacité à créer de la richesse par vos entreprises et vos contribuables — est faible, vous dépendez davantage des autres. Nous, on s'améliore année après année, les entreprises se développent. Mais les autres cantons vont encore plus vite que nous.
Fribourg arrive quand même en 4e position parmi les cantons receveurs, c'est bien ça?
Voilà. Dans le peloton de queue, il y a le Valais, le Jura, Fribourg — proportionnellement. Ce sont les cantons les plus faibles qui ont le plus besoin du soutien des autres. Il y a les cantons donateurs, il n'y en a pas beaucoup, quatre à six. Et ensuite la Confédération contribue aussi.
On ne pourra jamais inverser ça, on ne deviendra jamais canton donateur?
C'est lié à la structure même du canton. C'est un travail de très longue haleine. On essaie de s'améliorer en attirant des entreprises, en développant les infrastructures, en étant attractifs fiscalement pour les personnes morales. C'est un ensemble qui se développe sur des années et qui rend Fribourg intéressant. On attire beaucoup de personnes — on a une démographie parmi les plus dynamiques de Suisse. Mais ce sont d'abord des charges avant d'être des recettes, même s'il y a des impôts supplémentaires. La structure de production économique évolue beaucoup plus lentement. On s'améliore, bien sûr, mais il y a encore beaucoup de travail en termes de promotion économique. Entre la rivière alémanique très dynamique et la région capitale suisse, on a deux pôles très forts autour de nous. Fribourg doit trouver des niches dans lesquelles se développer. Mais soyons honnêtes, ça ne nous permet pas de jouer dans la catégorie 1.
Vous comptiez aussi sur l'apport de la péréquation pour boucler le budget?
C'est indispensable. Le montant de la péréquation, c'est toute notre fortune. Si je ne l'ai pas, on est à sec. Ça représente entre 13 et 14% de toutes nos recettes. Le canton génère lui-même environ 35% de ses recettes — nos impôts propres, toutes catégories confondues, ça fait environ 1,5 milliard. Et on dépense 4,5 milliards. Donc la majorité de nos recettes, c'est les autres cantons et la Confédération qui nous les versent. On y a droit, c'est la péréquation, c'est la BNS, etc. Mais ça montre la fragilité du canton en termes de création de richesses. Et ça ne change pas avec un coup de baguette magique, ça prend des années.


