"Cassandre": quand le cinéma brise le silence sur l'inceste
Fondée l'an dernier, l'association intercantonale Stop Inceste a présenté vendredi à Fribourg, en présence de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, un film bouleversant inspiré de l'histoire de la réalisatrice.

Pour sa première journée de rencontre nationale, l'association Stop Inceste a investi le cinéma Korso de Fribourg pour projeter un film rare et nécessaire. "Cassandre", sorti en avril dernier, nous plonge dans le quotidien d'une jeune fille de 14 ans, victime d'inceste de la part de son frère, à l'été 1998.
Derrière ce long-métrage, la réalisatrice Hélène Merlin, présente vendredi soir à Fribourg. Son film est le fruit d'un travail entamé il y a dix ans, nourri de sa propre expérience. Car "Cassandre", c'est son histoire.
La réalisatrice a voulu déconstruire les stéréotypes qui entourent l'inceste, en particulier la figure de l'agresseur brutal et celle de la victime idéale. Pour elle, le danger réside précisément dans la banalité et le caractère insidieux du phénomène.
"J'avais vu des films qui parlaient de la relation incestuelle entre frères et sœurs d'une manière qui ne ressemblait pas du tout à ma réalité, qui parlaient d'une histoire comme l'histoire d'amour impossible. J'ai eu besoin, par manque de représentation, de raconter cette histoire, de rétablir une sorte de vérité. Pour que les gens cessent de croire que ça se passe seulement chez les pauvres ou de façon extrêmement brutale. Ça peut être un glissement qu'on ne voit pas venir."
Baume-Schneider: "Ce n'est pas elles qui doivent avoir honte"
La projection s'est tenue en présence de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, venue à Fribourg pour l'occasion. Elle a rappelé les engagements de la Confédération: la Suisse s'est engagée à mener une enquête nationale sur les violences sexuelles intrafamiliales envers les enfants et à renforcer les mesures de protection. Elle a notamment évoqué la démarche du conseiller national Christophe Clivaz (Les Vert-e-s), qui demande une étude systématique.
"C'est notre responsabilité de dire aux personnes victimes que ce n'est pas elles qui doivent avoir honte de ce qui leur arrive, et qu'elles doivent essayer d'avoir suffisamment confiance à l'égard des institutions pour demander de l'aide", a encouragé la cheffe du Département fédéral de l'Intérieur.
Il n'existe aujourd'hui aucune donnée chiffrée sur l'inceste en Suisse. Les études menées à l'étranger, en France notamment, suggèrent pourtant qu'un enfant sur dix serait concerné.


