Vuisternens-devant-Romont: les éoliennes de la discorde

Le projet de parc éolien a poussé des citoyens à se présenter sur une liste concurrente à celle du Conseil communal sortant.

"Nous ne voulons pas avoir des éoliennes à 300 mètres de nos habitations! Il y a trop d'effets négatifs: le bruit, l'impact sur la santé ou encore sur la biodiversité", lance Carole Luxenburger, 57 ans, factrice à Lieffrens, village de la commune de Vuisternens-devant-Romont, dans la Glâne. C'est le projet de parc éolien qui l'a poussée à se présenter aux élections communales du 7 mars sur la liste "Union citoyenne", une liste concurrente à celle de l'exécutif sortant.

Cette liste compte six membres, âgés de 19 à 57 ans, et qui viennent d'horizons divers. Ils reprochent notamment au Conseil communal actuel d'avoir soutenu, discrètement, un projet de parc éolien, porté par la fililale de Groupe E, Greenwatt.

En cause notamment: une lettre d'intention, signée par le Conseil communal de Vuisternens-devant-Romont en 2017, dans laquelle la commune s'engage à « favoriser l’adhésion de la population impactée par le projet et des propriétaires fonciers ». Des documents confidentiels notamment révélés par des députés fribourgeois - Romain Collaud et Antoinette de Weck - fin 2020.

Manque de transparence

"Le Conseil communal nous a caché des informations importantes. Il n'a pas été assez transparent. Il a signé des documents sans consulter les habitants", pointe Gilles Morand, consultant informatique de 40 ans, habitant à Sommentier, et aussi membre de la liste "Union citoyenne", opposée au projet éolien.

Le Conseil communal se défend : "Ce n'est pas un projet communal, mais bien un projet porté par Groupe E. Nous ne savons pas encore nous-même quelle sera notre position. Cela dépendra de différentes facteurs : combien d'éoliennes exactement seront implantées, ou quelle sera le hauteur", indique ainsi Jean-Bernard Chassot, syndic depuis 2003 et qui se représente sur la liste "Entente communale", avec huit autres candidats.

Quant à la question de savoir pourquoi il a signé cette lettre sans en informer les citoyens, il répond que c'était une question de timing: "en 2017, des énergéticiens ont commencé à courtiser des propriétaires fonciers de la commune, en leur proposant des sommes alléchantes en échange de leur parcelle. Nous voulions avoir un interlocuteur unique. Nous nous sommes donc rapprochés de Groupe E. Et si nous avons communiqué tardivement - fin 2020 - c'est parce que nous souhaitions attendre que le Plan directeur cantonal soit validé, pour ne pas créer de polémique pour rien. Nous avons alors communiqué sur ces éoliennes lors de la première assemblée communale qui a suivi."

Promesse de consultation

Le syndic Jean-Bernard Chassot promet aussi que les habitants seront consultés, et que le projet de parc éolien sera abandonné si les citoyens le refusent en assemblée communale. Ces arguments ne convainquent pas les membres de la liste "Union citoyenne". "Les élus sont peut-être de bonne foi. Mais légalement, l'avis des citoyens n'est que consultatif. Au final, c'est à l'exécutif de trancher. Et nous avons peur que le Conseil communal soit attiré par les potentielles retombées financières, quitte à saccager une partie du territoire", expliquent ainsi ensemble Carole Luxenburger et Gilles Morand.

Et le climat dans tout cela ? "C'est un enjeu important, dans notre commune 58% de la population avait voté pour la transition énergétique 2050. On a vu aussi les jeunes s'engager lors des manifestaitons pour le climat", lance le syndic, Jean-Bernard Chassot. Mais pour ses adversaires politiques, l'éolien n'est pas la bonne idée. Il vaudrait mieux se tourner vers l'énergie solaire, plus adaptée: "l'hiver nous nous trouvons au-dessus du stratus, il y a un véritable potentiel d'ensoleillement. Et les panneaux solaires ne dérangent personne, contrairement aux éoliennes", avancent-ils.

Vu les restrictions sanitaires, les deux camps s’opposent surtout sur internet et les réseaux sociaux. Le Conseil communal a même créé une propre page sur Facebook, en réaction à la page créée par la liste "Union citoyenne".  Ils ne sont pas les seul : il y a une troisième liste en jeu, à ces élections à Vuisternens-devant-Romont, avec un seul et unique candidat: Dominique Butty, l’ancien syndic de Romont.

Verdict le 7 mars prochain. Il y a neuf sièges à pourvoir.

RadioFr. - Maëlle Robert / sc