Y a-t-il de plus en plus d'agressions à Bulle?
Certains habitants, témoins ou victimes, s'inquiètent du climat dans le chef-lieu gruérien. Témoignage et décryptage des statistiques.

Cela fait maintenant un an qu'un jeune Gruérien de 21 ans a perdu une partie de son insouciance. On est alors un soir de juin 2025. Léo* sort faire la fête à Bulle avec ses copains, après les examens. Alors qu'il s'apprête à rentrer chez lui, au petit matin, il aperçoit une altercation entre deux groupes de jeunes, sur le trottoir d'en face, et au milieu, une de ses connaissances qui joue le médiateur.
"Je m'arrête, j'observe ce qui se passe, puis je croise un autre jeune, très énervé, se souvient-il. Je sortais d'une nuit de fête, je lui ai dit quelque chose du genre "chill, on est là pour s'amuser!". Je voulais calmer le jeu." Mais la situation s'envenime.
J'ai perdu connaissance pendant une vingtaine de secondes.
Très vite, d'autres jeunes entourent Léo, l'interpellent, le bousculent, l'intimident. Ils sont alors une dizaine autour de lui. Lui estime qu'il n'a rien fait de mal. Puis tout va très vite. Il reçoit un violent coup de poing dans le nez.
"Le coup m'a fait perdre connaissance pendant une vingtaine de secondes. Je suis tombé en arrière, mon crâne s'est ouvert, j'ai perdu du sang. J'ai été transporté en ambulance à l'HFR". Léo se retrouve avec un nez fracturé, une dent cassée, et une commotion cérébrale dont il gardera des séquelles pendant plusieurs semaines - problèmes de motricité à une main, pertes de mémoire ponctuelles, troubles de l'humeur.
Aujourd'hui, il est à nouveau en forme, mais il est désormais un peu anxieux quand il sort dans un bar ou une boîte de nuit. "Je suis plus vigilant, je me demande toujours comment je vais réagir s'il se passe à nouveau quelque chose." Et surtout, il a l'impression de ne pas être un cas isolé.
Autour de lui, après son agression, des connaissances lui parlent d'autres incidents. Sur les réseaux sociaux, certains habitants témoignent dans ce sens. Ils ont le sentiment que le climat se dégrade dans la deuxième ville du canton. Bulle ne serait-elle plus aussi sûre qu'avant?
Plus d'agressions dans la rue
RadioFr. s'est procuré les chiffres de la criminalité de ces six dernières années dans le chef-lieu de la Gruyère. Résultat: au niveau du nombre d'agressions au sens large - sont également comptés dans cette catégorie rixes, menaces, brigandages -, le nombre global d'agressions est resté stable entre 2019 et 2025, avec un peu plus de 150 cas recensés chaque année.
En revanche, le nombre d'agressions commises dans l'espace public a, lui, augmenté. Clairement. On est passé d'une vingtaine à une quarantaine d'agressions par an si on compare la moyenne sur deux périodes, 2020-2022 et 2023-2025. La hausse est bien plus forte que la croissance démographique dans l'intervalle.
Plus d'agressions ou plus de dénonciations?
Faudrait-il en conclure que la criminalité est en hausse? "Il faut prendre ces statistiques avec prudence, nuance Martial Pugin, porte-parole de la police cantonale fribourgeoise. Surtout quand les chiffres sont en dents de scie, comme ici."
Il est par exemple impossible de savoir s'il y a vraiment plus d'agressions sur le terrain, ou si ce sont les habitants qui ont davantage porté plainte, qui ont davantage signalé les faits à la police. Et puis il y a d'autres biais: une seule bagarre qui implique 15 personnes peut par exemple faire flamber le nombre de cas recensés cette année-là.
La police fribourgeoise affirme en tout cas qu'il n'y a pas de phénomène implanté à Bulle, pas de bande violente constituée, pas de zone de non-droit. "Bulle reste une ville sûre", veut rassurer le porte-parole. Il souligne aussi qu'environ 20% des agressions seulement surviennent dans l'espace public.
La ville grandit. Il se passe plus de choses.
Même si Martial Pugin le reconnaît aussi: la ville grandit, il y a automatiquement plus de monde, plus de choses qui s'y passent. Illustration: globalement, la fréquence des infractions en ville de Bulle a augmenté entre 2020 et 2025 d'environ 11%. Une hausse équivalente à la croissance démographique de la ville à cette période.
Pour faire face aux besoins grandissants, une antenne judiciaire a d'ailleurs été ouverte l'an passé dans le chef-lieu gruérien, avec cinq inspecteurs chargés de mener l'enquête sur différents types d'infractions depuis Bulle et non Fribourg. Un test pilote d'un an, dont l'avenir est incertain.
En attendant, la police encourage tous les habitants et les habitantes victimes d'infraction à porter plainte. "Plus on est informé, mieux on peut lutter contre les phénomènes émergents et garantir la sécurité."
*prénom d'emprunt


