Action choc de Renovate à Fribourg: les coulisses

Des militants de Renovate Switzerland ont bloqué une route à Fribourg vendredi après-midi. Plongez dans les coulisses de cette action.

Le dernier des activistes de Renovate Switzerland se fait traîner par deux policiers fribourgeois. © RadioFr

Il est 18h48, sous une légère pluie, la police fribourgeoise décolle le dernier militant de Renovate Switzerland. Avant lui, cinq de ses amis ont connu le même sort. Ces 6 militants s'étaient d'abord assis sur le passage piéton avant de se coller une main sur la route qui se trouve devant Manor et devant le Temple, au centre-ville de Fribourg. 

L'action a débuté à 16h47. 18 minutes plus tard, la police arrive sur les lieux.  L'opération aura donc duré deux heures et une minute, entre applaudissements, gestes d'encouragement, insultes, énervement et gestes (très) violents. Pourquoi si long, alors que, dans les autres villes, les activistes sont expédiés au poste de police en moins de temps qu'il ne faut pour le dire?

"La question est politique. Nous nous coordonnons avec la préfecture de la Sarine et la décision a été prise de laisser un ultimatum d'une heure aux militants", explique Bernard Vonlanthen, porte-parole de la police fribourgeoise. 

Ce qu'on serait tenté de qualifier d'offre de négociation a été donnée aux activistes car c'est la première fois qu'une action de cette envergure a eu lieu à Fribourg. "La prochaine fois, cela ne se déroulera pas comme ça", prévient Bernard Vonlanthen. 

Les coulisses

Avant cette action choc qui a marqué les esprits la veille du week-end de Noël,  une vingtaine de militants se sont retrouvés pour préparer cette opération. C'est dans une grande salle boisée qu'ils se retrouvent. 

En début d'après-midi, l'ambiance est alors décontractée entre ces militants de Renovate Switzerland qui sont venus de différentes régions de Suisse: Fribourg, Bienne, Genève, le Jura, le Valais, Berne ou encore le canton de Vaud. 

La préparation débute par un exercice de relaxation. Chaque personne est appelée à faire de grandes respirations pour relâcher son stress. Ensuite, chacun se présente, dit comment il se sent et donne son expérience dans ce genre d'action.

"Je suis un peu intimidé par la taille du groupe ici, et c'est la première fois que je participe à une action sous la pluie", lance l'un deux. 

Une impression partagée par plusieurs militants: "Même pour le Gothard, nous n'étions pas si nombreux", dit en riant une militante. 

Scarabée, fourmis, mouche ou coccinelle? 

Vient ensuite le rappel des rôles. Qui est scarabée (celles et ceux qui se collent la main au bitume), fourmis (celles et ceux qui assurent la logistique), mouche (celles et ceux qui assurent un contact média), ou coccinelle (celles et ceux qui sont chargés de faire baisser la tension au moment de l'action, d'assurer une médiation avec les passants)?

Certains et certaines sont aussi désignés pour distribuer des tracts de couleur orange. L'ordre est le suivant: "Si les gens sont intéressés, n'hésitez pas à leur dire qu'ils et elles peuvent nous rejoindre." Chaque militant tient un rôle bien précis.

Ils lisent ensuite à tour de rôle les différents points du "consensus d'action". Un document qui rappelle ce qui doit être fait, pour quelles raisons et comment: action non violente, minimum de risque physique, laisser passer les ambulances, la police ou les pompiers, ne pas participer à une action sous l'influence de la drogue ou de l'alcool, etc. 

Le groupe écoute religieusement. "On n'est pas là pour faire une blague, il faut en être conscient", rappelle un des activistes à ses pairs. 

Après une bonne heure d'échange, l'annonce tombe enfin. Les militants doivent déposer leur téléphone à l'écart du groupe. La raison pour laquelle ils et elles se sont réunis est sur le point d'être révélée. 

"Nous allons bloquer la circulation au rond-point qui se trouve devant la rue de Romont, en face du théâtre Equilibre, près de Manor, et l'autre à côté du Temple. Tout le centre-ville va être bloqué."

Se coller une main, mode d'emploi

Un des militants qui a déjà participé à plusieurs actions de ce type sort un petit tube blanc. La fameuse colle. Il montre ensuite au reste du groupe comment il faut répartir le liquide gluant sur la paume pour qu'il soit efficace. 

Les scarabées, autrement dit les militants qui vont bloquer la circulation, simulent ensuite leur action. C'est une sorte de répétition générale. Avant l'action, des guetteurs seront envoyés sur la zone pour s'assurer que tout est normal, les groupes se séparent, un signal est donné, il faut sortir les gilets, remercier les automobilistes, s'asseoir, et brandir des banderoles. 

Les petits couacs, comme le sens dans lequel doivent être déroulées les banderoles, sont corrigés. Quelques conseils juridiques sont donnés aux militants. "La police se sert du fait que les gens ne connaissent pas leur droit pour les outrepasser", rappelle une des membres de Renovate Switzerland. 

Les risques que prennent les personnes qui vont se faire arrêter sont rappelés: "Vous risquez une condamnation pour contrainte ou entrave à la circulation. Principalement des jours-amendes avec sursis, si c'est votre première arrestation." Pour détendre l'atmosphère un des militants rassure le groupe: " La police à Fribourg est plutôt cool."

Que demande Renovate Switzerland? 

Renovate Switzerland est un groupe d'activistes de défense du climat créé en mars 2022. Sa revendication? Que le gouvernement suisse déclare l'urgence climatique et mette en place un plan pour l'isolation rapide des bâtiments d'ici à 2030. 

RadioFr. - Vincent Dousse
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