Bob Sinclar: "Je suis très dépendant de mes enfants"
Figure incontournable de la French Touch depuis 30 ans, Bob Sinclar n’a jamais perdu son amour de la fête. Rencontre à l’Estivale.
Bob, j’ai fait la fête avec toi au MAD, au début des années 2000 …
Ah mais Le MAD, c’est une institution. On fait un petit coucou à Igor [NDLR: Igor Blaska, co-patron du MAD] évidemment, qui m’invite depuis plus de 20 ans maintenant. C’est fabuleux. Le MAD, c’est vraiment un endroit pour les DJ. Il y avait notamment un super DJ résident à l’époque, Mandrax, que j’aimais beaucoup. Un excellent producteur qui est d’ailleurs toujours là. Je pense que c’est un peu grâce à lui que j’y suis allé. À l’époque, je n’étais pas aussi connu, les disques mettaient du temps à s’installer. Il fallait passer à la radio, faire de la presse pour devenir identifiable et pouvoir ensuite jouer dans les clubs.
Ce que j’admire chez toi, au-delà de ta musique et de ta longévité, c’est aussi la transmission. Paloma, ta fille, se produit aujourd’hui seule aux platines. Raphaël, qui mixe également, a créé “About Dreams”, autour du vintage, du recyclage et de la customisation. Qu’est-ce que ça te fait de voir tes enfants s’approprier chacun une de tes passions?
C’est assez fabuleux (sourire). J’avoue que c’est fabuleux, mais c’est aussi très égoïste, parce que je suis très dépendant de mes enfants. Je me suis toujours demandé comment j’allais pouvoir garder un lien avec eux sans qu’ils s’en aperçoivent.
Mais c’est de la manipulation! (rires)
Totalement! (rires) Ça n’a pas toujours été facile. À 16 ou 17 ans, mon fils était plutôt attiré par toutes les grandes marques. Quand je ramenais mes vieilleries à la maison, que ce soit des meubles ou des vêtements, il me disait: “Mais ces trucs sont sales, ils ont déjà été portés! Pourquoi tu nous ramènes ça?” Puis, petit à petit, il a compris que ces vêtements étaient uniques, qu’il n’y avait que lui qui les avait. C’est comme ça que je l’ai initié au vintage.
Ma fille, elle, manquait beaucoup d’assurance par rapport à la musique. Pourtant, son corps transpirait la musique. Elle a fait de la danse, du piano, et je voyais la façon dont son corps répondait à la musique. Je l’emmenais évidemment très tôt en club… Quand on a commencé à faire des choses ensemble sur les réseaux sociaux, j’ai vu l’impact que pouvait avoir cette relation père-fille auprès du public. Je trouvais ça fabuleux. Elle a ensuite commencé à mixer un petit peu, mais elle me disait: “Je ne veux pas faire ça.” Je lui répondais: “Viens quand même au studio de temps en temps. Quand t’iras en soirée et que le DJ sera mauvais, tu auras toujours un petit disque dur sur toi … Je l’ai fait un peu en douce, de manière vicieuse!
Manipulateur encore! (rires)
Totalement! (rires) Puis un jour, on a mixé ensemble une fois, deux fois, trois fois… Elle a fini par me dire: “Ça me provoque trop d’anxiété de mixer avec toi, parce que je n’ai pas mérité cette notoriété. Je vais mixer un peu toute seule et je reviendrai te voir plus tard.” Évidemment, ça m’a brisé le cœur. Mais aujourd’hui, elle fait son truc et c’est génial. Elle mixe seule et enchaîne les festivals. Elle y va, elle est impeccable. Ça danse, ça s’éclate… Et on a besoin de filles!
À l’autre bout de cette transmission, il y a justement ta maman, Chantal. Celle qui t’a offert tes premières platines, qui t’accompagne depuis le début et qui gère les coulisses de ta carrière…
Oui, bien sûr. C’est important. Elle est là et je l’aime d’amour. Rien que d’en parler, ça me donne la chair de poule. On lui doit beaucoup de choses.
À 19 ou 20 ans, je lui ai dit:” Écoute maman, avec mon pote, on veut organiser des soirées. Je veux devenir DJ et peut-être faire un peu de production.” Elle n’a pas commencé à me dire: “Mais tu n’es pas musicien, tu vas te mettre à boire, à te droguer et finir comme ci ou comme ça…” Elle m’a simplement répondu: “Vas-y, j’ai confiance en toi. Peut-être qu’à 25 ou 26 ans, si tu sens que ça ne décolle pas, on trouvera autre chose. Mais vas-y.” Alors, avec DJ Yellow, on s’est retroussé les manches. On a pressé un disque, puis deux, puis trois. Elle a vu que ça avançait et elle nous a aidés. Elle était là au départ et elle est toujours là aujourd’hui. (sourire)
Finalement Bob, la Suisse, tu la connais bien. Il y a Roger Federer, que tu connais, Stan Wawrinka, que tu as rencontré lors du tournage de "Hello "de Martin Solveig à Roland-Garros, et tu as aussi une belle complicité avec Mosimann. Est-ce que tu aurais une petite anecdote avec l’un des trois que l’on n’aurait encore jamais entendue?
Stan, tout le monde le connaît, c'est pas un fêtard. On lui souhaite évidemment plein de belles choses pour sa dernière année. Il va nous manquer.
Mosimann, je ne le connais pas encore énormément, parce que je le vois depuis peu. Je l’ai croisé plusieurs fois, notamment depuis le "Dream Track" que l’on a fait ensemble. Il explose et il cartonne, c’est son année! On lui souhaite évidemment beaucoup de succès.
Et Roger, c’est spécial! Il y a une quinzaine d’années, avant ses 30 ans, j’étais à Roland-Garros. Je suis passionné de tennis, je connais beaucoup de joueurs et j’ai un petit badge qui me permet d’entrer dans certains espaces. Pas dans les vestiaires, mais dans la cafétéria, du côté VIP, là où les joueurs viennent manger et se retrouvent au bar. Je suis allé voir Mirka au culot. Je lui ai dit: “Pardonnez-moi de vous déranger. Je suis un grand fan de Roger, comme beaucoup de gens. Si un jour vous célébrez quelque chose pour lui, je vous offre mes services, où vous voulez et quand vous voulez.”
Elle connaissait ma musique et m’a dit qu’ils m’adoraient aussi. Je lui ai laissé mon numéro, sans vraiment penser qu’elle me rappellerait. Puis, six mois avant les 30 ans de Roger, elle m’a appelé: “On prépare un petit anniversaire surprise à Zurich, dans le sous-sol d’un hôtel. Il y aura toute la famille et les proches, nous serons 80 ou 90, avec sa grand-mère…” J’y suis donc allé tranquillement et on a fait une petite fête. C’était fabuleux. Roger m’a remercié et m’a dit: “Grâce à toi, je peux faire la fête!” Il ne pouvait évidemment pas beaucoup sortir à l’époque, cela aurait été assez mal vu. Et puis ce n’est pas un gros fêtard, il est très sérieux. C’était un moment assez magique. Je l’ai revu plusieurs fois depuis et c’est le genre de personne qui se souvient du prénom de tes enfants, même s’il ne t’a pas vu pendant trois ou quatre ans.
Il est même venu dans mon studio pour tourner une petite vidéo pour “Uniqlo” [NDLR: Roger Feder est ambassadeur mondial de la marque]. Il choisissait trois artistes dans différentes villes du monde et il m’a choisi, moi. Il aurait très bien pu aller voir beaucoup d’autres personnes, donc c’était vraiment sympathique. On a enregistré quelque chose ensemble et c’était génial. C’est une petite anecdote qui reste fabuleuse pour moi. (sourire)
Bob Sinclar sera de retour au MAD de Lausanne le samedi 3 octobre 2026.
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