Des motards au service des enfants harcelés ou abusés
Les Templiers redonnent confiance aux victimes de violences et les soutiennent dans la durée. Ils ont changé la vie de Mailys qui s'engage à son tour.

Ils ne passent pas inaperçus et c’est bien le but. Avec leurs motos, leur allure imposante et le bruit de leurs moteurs, les Templiers peuvent impressionner. Mais leur mission n'est pas d'intimider à tout prix. Il s'agit avant tout de venir en aide aux enfants victimes de harcèlement ou d’abus.
C’est en 2019 que POC (c’est son pseudo) a fondé l’association Les TEMPLIERS – Post Tenebras Lux, après une première expérience au sein d’une branche de l’association américaine Bikers Against Child Abuse (BACA). Sept ans plus tard, l'organisation compte une centaine de membres présents dans toute la Suisse romande. Et elle annonce un taux de réussite de 87% après une première intervention, selon ses propres statistiques. Un chiffre qui illustre, à ses yeux, l’importance de cette présence, même si toutes les situations ne trouvent pas une issue favorable.
Une présence rassurante et bienveillante
Ce sont les familles qui prennent contact avec les Templiers. "Elles sont souvent en bout de course, elles ont épuisé tous les autres recours", précise VIDAR, responsable de la gestion des demandes d’aide. Il nous faut donc agir vite et de manière efficace." Mais sans précipitation. Elle suit une procédure précise pour bien comprendre la situation et déterminer, avec l’enfant, l’aide dont il a besoin. L’association intervient ensuite à ses côtés, en lien avec sa famille, et assure un accompagnement dans la durée. Après une intervention, l’enfant peut choisir un parrain ou une marraine parmi les membres de l’association. Ces personnes restent disponibles et assurent un suivi régulier. Si les difficultés persistent ou réapparaissent, les Templiers peuvent intervenir à nouveau.
Il ne s’agit pas de menacer les harceleurs ou les abuseurs. "Nous sommes là pour rassurer l’enfant, pour former une protection bienveillante autour de lui et lui montrer que nous serons toujours là s’il a besoin de nous", souligne POC.
Entièrement bénévoles, les membres financent leurs activités grâce aux dons et aux soutiens de particuliers et d’associations. Le recrutement est également très encadré. Les postulants fournissent un dossier de candidature avec lettre de motivation manuscrite, CV et permis de conduire. Ils doivent aussi présenter un extrait de leur casier judiciaire ordinaire et spécial (réservé aux activités impliquant des contacts réguliers avec des mineurs ou des personnes vulnérables). Les candidats participent ensuite à plusieurs réunions et poursuivent leur formation sur une période de douze à dix-huit mois.
Mailys, de l’accompagnement à l’engagement
Victime d’agressions sexuelles et de menaces, Mailys, 18 ans, n’osait plus sortir de chez elle quand elle a fait appel à l’association en 2020, sur conseil de son psychologue. Déjà passionnée de motos, la jeune fille accepte une première rencontre à son domicile. Les motards commencent à l’accompagner dans ses déplacements, notamment pour lui permettre de reprendre ses entraînements sportifs. "Ils m’ont redonné confiance en moi, confiance dans le fait que je peux sortir sans avoir peur", témoigne-t-elle. Aujourd’hui encore, elle peut compter sur eux dans ses moments d’angoisse. Les liens tissés au fil des années sont devenus une véritable source de soutien.
C’était super touchant de pouvoir aider un autre jeune et de voir les Templiers agir de la même manière avec chaque enfant
Désormais majeure, Mailys souhaite franchir une nouvelle étape: devenir Templière à son tour. Une démarche qui touche particulièrement l’association. "Dans sa lettre manuscrite, elle dit qu’elle veut redonner ce qu’on lui a donné aussi", raconte POC. Pour le président fondateur, son engagement représente une belle reconnaissance du chemin parcouru ensemble.
La jeune femme a déjà participé à une première intervention auprès d’un enfant, aux côtés des Templiers. Trente et une motos étaient réunies pour lui offrir un moment de joie et de réconfort. "C’était super touchant de pouvoir aider un autre jeune et de voir les Templiers agir de la même manière avec chaque enfant", confie-t-elle. Une expérience qui lui a donné encore davantage envie de poursuivre sur cette voie. Prochain objectif: passer son permis moto mais aussi se former dans le domaine de la petite enfance et pourquoi pas devenir ambulancière.
Son histoire illustre ce que l’association cherche à transmettre. Au-delà de l’intervention, l’essentiel est de permettre à chaque enfant de retrouver confiance en lui et de se sentir soutenu pour ensuite pouvoir grandir et évoluer sereinement.


