Josiane Balasko: "Les Bronzés 3: On jubilait de se revoir!"
Actrice, réalisatrice et scénariste, à bientôt 75 ans, Josiane Balasko, c’est 50 ans de carrière au cinéma et au théâtre. Rencontre.
Radio Fr: Je précise que l'on se rencontre à l'occasion de votre venue aux "Rencontres 7e Art Lausanne", avec la projection de “Gazon Maudit”, un film que vous avez réalisé, sorti en 1995. C'était un petit peu osé de traiter l'homosexualité à cette époque là, non?
Josiane Balasko: C'était osé de traiter l'homosexualité féminine, c'est différent. Parce que des films traitant l'homosexualité masculine, il y en avait. Dans la comédie, il y a eu “La Cage aux Folles”, ou encore ”Les Garçons de la Bande”, un film américain. Enfin, il y a eu quelques films traitant l'homosexualité masculine, mais les filles, non, c'était pas drôle du tout, on rigolait pas avec ça, les filles étaient invisibles.
Vous avez réalisé une dizaine de films, dont certains qui traitent aussi des thèmes assez sensibles, assez complexes. Je pense à “Cliente”, en 2008, avec une Nathalie Baye habituée à la prostitution masculine. En 2013, il était question de handicap dans “Demi-sœur. “Demi-sœur", c'est d'ailleurs le dernier film que vous avez réalisé. Est-ce qu'on pourrait vous revoir un jour derrière la caméra?
Non, c'est trop fatigant. Et surtout, je me suis rendue compte que ça prenait énormément de temps, entre choisir un sujet, l'écrire, le tourner, le monter, le sortir, trouver l'argent pour le faire. Ça prend trois, quatre ans, et je n'ai pas les moyens de prendre autant de temps dans ma vie. Je préfère jouer, en trois ans, je peux jouer plusieurs rôles.
Vous dites aussi que avez plus de propositions intéressantes depuis quelques années, contrairement aux années 80?
J'ai des rôles différents, bien sûr. Oui, parce que l'âge est différent et parce qu'avec le temps la concurrence diminue (rire). Et donc on me propose des sujets qui sont plus divers, qui ne ressemblent pas à ceux que j'avais avant, Dieu merci. (sourire)
Vous nous avez justement fait beaucoup rire dans tous les grands classiques de votre répertoire. Mais plus récemment, on vous a aussi découverte dans des rôles un peu plus sombres. Je pense à “Captives”, qui est sorti en 2023, et au dernier film de François Ozon, “Quand vient l'automne”, sorti l'année dernière. Dans ce film, il est question de vieillesse, de solitude, d'amitié, de mensonges, de problèmes avec ses enfants aussi. Est-ce qu'après plus de 50 ans de carrière, c'était important de vous retrouver dans un cinéma avec des thèmes un peu plus délicats et de mettre un peu la comédie de côté?
Oui, tout dépend du sujet. Parce qu'il y a des comédies formidables que j'aurais toujours envie de jouer, à partir du moment où les personnages ont mon âge. Et puis François Ozon, c'est un metteur en scène que j'aime beaucoup, dont j'apprécie le travail depuis tout le temps. Un type qui ose tout, qui aborde des sujets très différents, des styles très différents. Et c'était la deuxième fois que je travaillais avec lui. Et à chaque fois, ça a été un plaisir, parce qu'il offre des personnages de femmes formidables dans ses films.
Josiane Balasko, à bientôt 75 ans et après plus de 50 ans de carrière, est-ce que vous attendez toujours un rôle en particulier? Est-ce que ça vous arrive de penser à votre dernier film ou à votre dernière pièce de théâtre?
Non, je n’y pense pas du tout. Parce qu'on ne sait pas, est-ce que Michel Blanc pouvait dire quand il a été passé son examen à la con, qu'il allait mourir en une heure, en une journée? Non. On ne prévoit pas. C'est ça qui est bien avec la mort, c'est que rarement elle vous dit exactement quand elle va frapper. Elle peut s'annoncer, mais non, je n'y pense pas.
Justement, et toujours dans le cadre de ces “Rencontres 7e Art Lausanne", vous avez rendu hommage tout à l’heure à Michel Blanc lors de la projection de son film “Grosse Fatigue”, sorti en 1994. J’aimerais qu'on termine cet interview avec un petit instant “crush”, un petit instant coup de cœur en hommage à Michel Blanc, si vous le voulez bien. J’ai choisi 3 films, “Les Bronzés font du ski”, évidemment, “Grosse Fatigue” et “Demi-soeur”, les trois, vous les avez partagés avec Michel Blanc. J'aimerais le film qui vous rappelle les plus beaux souvenirs de tournage avec lui?
“Grosse Fatigue”, on n'a pas vraiment beaucoup tourné, on lui a pourri une journée! (rires) Dans le sens où on était tous dans nos propres rôles dans le film de Michel, et on ne s'était pas revus depuis longtemps. Et ça a été un déchaînement. On n'a pas arrêté de le vanner. On n'était jamais prêts, il y avait 3 heures de retard, bref. Dans “Les bronzés font du ski”, Michel était Monsieur Duss. Et ça, il n'aimait pas. Il n'avait pas envie de laisser la trace de Monsieur Duss, or il était formidable dans ce personnage. Et puis, dans le dernier film que j'ai tourné avec lui, je l'ai écrit pour lui, enfin, en pensant à lui. C'est le personnage de mon frère. Le personnage que je joue est une petite fille de 60 ans qui a 8 ans d'âge mental et qui décide de partir à la recherche de son demi-frère qui n'a pas du tout envie de se retrouver avec ce genre de sœur. Donc, on a bien ri sur ce tournage. Il y avait une grande complicité. Alors je dirai “Demi-soeur”.

Toute la troupe du “Splendid” a été réunie en avril 2004 pour fêter les 75 ans de “Paris Match”. Michel Blanc a dit à cette occasion, “On ne se voit pas souvent, mais qu'est-ce qu'on dit comme connerie”. J’aimerais un souvenir de l’un vos plus gros fou rire avec lui?
Il y en a tellement. Lui, il était le génie de la formule. Il disait une connerie, tout le monde partait en rire. Mais je n'ai pas de souvenirs comme ça. C'est impossible pour moi de me rappeler exactement ce qui s'était passé, pourquoi on avait ri. Mais on riait. Moi-même, à l'idée de penser qu'on avait ri, je ris. Parce que je vois Michel avec son œil qui frise. À la fois très sérieux, mais qui frisait et je savais qu’il allait dire une connerie. Donc, c'était un plaisir toujours renouvelé. Avec des amitiés comme ça, on n'a même plus besoin de forcément parler. On était heureux d'être ensemble. (sourire)