Logiciels: quand la facture pour nos villes explose

+142% à Fribourg, +50% à Bulle: les coûts d'achat et de maintenance des logiciels s'envolent. Mais les édiles cherchent des solutions.

Fribourg doit changer ses logiciels, devenus obselètes. L'achat et la maintenance va coûter plus de 2,3 millions de francs à la Ville. (En médaillon: Isabelle Sob et Maxime Pasquier). © Envato/Keystone/Ville de Bulle

Plus de 2,3 millions de francs à Fribourg pour remplacer les logiciels qui font tourner son administration. Mais après l'acquisition de nouveaux outils, une autre facture inquiète les communes: celle des licences annuelles et la maintenance des logiciels. Plusieurs édiles du canton vont jusqu'à parler de "prise d'otage" par les fournisseurs de logiciels.

Le Conseil général de Fribourg devra se prononcer le 2 novembre sur un crédit d'engagement pour remplacer les logiciels qui gèrent la comptabilité, les salaires ou encore le contrôle des habitants. La Ville entend notamment abandonner des outils datant des années 1990 au profit d’Abacus et d’Innosolv, utilisés aussi à Marly, Romont ou Châtel-St-Denis.

Pour la conseillère communale Isabelle Sob, responsable des finances et de l’informatique, le remplacement des logiciels actuels, devenus obsolètes, est impératif. "Les employés de la Ville attendent les nouveaux outils", affirme l’élue qui annonce que ces achats vont faciliter le quotidien et dégager du temps pour d’autres tâches.

Revers de la médaille: la facture d’exploitation sera plus élevée. Selon les chiffres du Conseil communal, les redevances devraient augmenter de 142%, passant d’environ 150’000 francs à 362’600 francs par an dès 2029. Un surcoût qu’Isabelle Sob assume: "Je suis tout à fait à l’aise de défendre ces coûts qui sont alignés avec les prix du marché pour avoir une bonne solution pour les employés".

Un mal nécessaire

À Bulle, ces dernières années, les dépenses pour l’achat et la maintenance des logiciels ont aussi pris l'ascenseur. Une hausse de 80’000 francs entre les budgets 2024 et 2025, et de plus de 100’000 francs entre 2025 et 2026. Une autre augmentation est déjà anticipée avec l'achat d'un nouveau logiciel en 2028. Selon les premières estimations du syndic de Bulle, son acquisition coûtera environ 200’000 francs, et la maintenance annuelle sera de 150'000 francs, contre 100'000 francs avec l'outil actuel.

Des fois, on est un peu pris en otage. Avant, on achetait une licence utilisable plusieurs années. Désormais, on paie un abonnement annuel, voire mensuel.

Le syndic du chef-lieu de la Gruyère, Maxime Pasquier, décrit une relation de dépendance avec les fournisseurs, car changer de logiciel suppose de migrer les données, de former le personnel et d’adapter les processus. "Des fois, on est un peu pris en otage", reconnaît-il. Il cite aussi le problème de la perte de propriété dans le numérique: "Auparavant, pour certains logiciels, on achetait une licence utilisable plusieurs années. Désormais, on paie un abonnement mensuel ou annuel, avec des coûts récurrents et des augmentations régulières."

À Châtel-St-Denis, les dépenses effectives consacrées aux logiciels et licences sont passées de 120'000 francs en 2024 à près de 150'000 francs en 2025. La cheffe des finances châteloises, Chantal Vasta, insiste sur le fait que ces dépenses aident les employés de la ville, mais aussi les administrés. "Il ne s'agit pas d'investissements de confort, mais d'outils indispensables au fonctionnement de l'administration et à la sécurité informatique."

Il ne faut pas lésiner sur les moyens en termes de cybersécurité.

Tous les élus contactés partagent le même constat: la sécurité est le premier facteur de ces hausses. Mais c'est indispensable, donc peu négociable. "Pour tout ce qui concerne la cybersécurité, on a aujourd’hui des exigences de protection des données et de sécurisation des accès, avance Maxime Pasquier. Des standards qui font que les prix augmentent considérablement." À Fribourg, Isabelle Sob ajoute: "Il ne faut pas lésiner sur les moyens en termes de cybersécurité."

Des solutions pour reprendre la main

Un levier d’action des communes est de distinguer les hausses justifiées des augmentations plus discutables. À Châtel-St-Denis, on mise désormais sur un informaticien employé directement par la commune. Selon Chantal Vasta, cette présence permet d’évaluer les propositions des fournisseurs et de déterminer quelles fonctionnalités des logiciels sont réellement utiles. Un garde-fou interne, capable de conseiller les autorités avant d’accepter une hausse pour des options superflues.

Même solution choisie à Marly. La Ville s’est aussi dotée d’un masterplan informatique en 2023. Une feuille de route qui vise à moderniser les outils, renforcer la protection des données et planifier les projets sur plusieurs années. Et ça marche: la commune indiquait dans son budget 2025 une baisse globale de 170’000 francs des charges informatiques, conformément aux objectifs fixés par ce masterplan. Engager des compétences à l’interne et cette organisation permet, selon Nicolas Gex, secrétaire général de Marly, "de mieux organiser les travaux dans le temps et de choisir plus précisément les prestations à confier à l’extérieur".

Grouper les commandes

Retour à Bulle où Maxime Pasquier évoque une autre piste: coordonner les achats de licences à l’échelle régionale. Des commandes groupées pourraient, selon lui, renforcer le pouvoir de négociation des communes. Mais le syndic reste prudent: les besoins, les calendriers et la taille des administrations diffèrent. "S’il y a deux ou trois communes qui s’ajoutent aux commandes de celles de Bulle, il y aura peut-être une petite influence sur le prix."

En cas d'accord du Conseil général fribourgeois, la mise en service des nouveaux modules à Fribourg est prévue début 2028. Du côté de l'Exécutif, Isabelle Sob reconnaît que le prix n’est pas le plus important: l'élue centriste veut avant tout éviter un bug comparable à celui qui a touché le Secrétariat d'État à l’économie (SECO) et qui a provoqué des retards dans les versements des indemnités de chômage en début d’année.

Frapp / RadioFr. - Thibaut Clémence
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